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Alerte Info: Les député-es européen-nes ont condamné la junte militaire et exigent le gel des avoirs des auteurs du coup d'état// Au Tchad, la plateforme Wakit Tama" l'heure est arrivée " appelle ce jeudi 19 mai 2021 le peuple à manifester pour le retour à l'ordre constitutionnel //

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Publié par Mak

Lettre de la CGT à Jean-Yves le Drian sur le cas du Tchad
Lettre de la CGT à Jean-Yves le Drian sur le cas du Tchad

Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères 37 Quai d'Orsay 75007 PARIS

A l’attention de Monsieur Jean-Yves LE DRIAN Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

Montreuil, le 21 avril 2021

Monsieur le Ministre,

La CGT tient à vous exprimer aujourd’hui plus qu’hier encore, ses plus vives préoccupations concernant la situation au Tchad (prise du pouvoir par les militaires), concernant les atteintes aux libertés en général, et aux libertés syndicales en particulier, concernant les menaces inquiétantes et quotidiennes que subissent nos camarades tchadiens, peu habitués pourtant à nous alerter et à nous solliciter lorsqu’il s’agit de leur propre sécurité.

Nous aimerions plus particulièrement attirer votre attention concernant les dirigeants de l’Union des Syndicats du Tchad (UST) dont 3 d’entre eux sont depuis des semaines régulièrement menacés de mort, informations reprises et relayées par les réseaux sociaux et les medias.

Vos services vous ont forcément tenu informé des marches et manifestations interdites et violemment dispersées ces dernières semaines parfois à coup de fouets et de bâtons, et réprimées par des actes de tortures sur des manifestants, suite à des arrestations.

Nos camarades de l’UST ne cessent de nous alerter sur les actes de répression et d’intimidation qu’ils subissent au quotidien. Dernièrement les locaux de la Bourse du Travail à N’Djamena ont été criblés de plusieurs impacts, manifestement d’armes à feu.

Ils nous rapportent les menaces, filatures, pressions et convocations administratives menaçantes dont ils font l’objet.

En dehors de ces menaces individuelles quotidiennes et récurrentes, ils nous alertent syndicalement une nouvelle fois sur :

- L’interdiction qui leur est faite de manifester librement alors que ce droit est constitutionnellement reconnu au Tchad ;

- Du non-respect des conventions de l’OIT, en particulier la C087 sur la liberté syndicale ; et de la C098 sur le droit de négociation collective, toutes deux ratifiées depuis plus de 60 ans par le Tchad.

Alors qu’ils pouvaient espérer que ces menaces s’apaisent un peu une fois l’attendue réélection présidentielle passée, la mort brutale du Président Idriss Déby ne laisse présager aucun signe d’apaisement provenant de la junte militaire auto désignée, bien au contraire.

Vos services vous ont forcément informé que la « rue » gronde aujourd’hui de plus en plus fort contre la France qui apparait, par sa non dénonciation immédiate, comme complice de fait et de poids d’une Constitution violée.

Les intérêts économiques ainsi que les enjeux sécuritaires liés au terrorisme au Tchad sont importants aux yeux du gouvernement français, cela n’échappe à personne. Mais dans une région où les populations sont si durement touchées, violentées, agressées, assassinées, n’est-il pas du rôle de la France de rappeler aujourd’hui les principes du respect absolu de la Constitution quel que soit le pays, et quels que soient les liens que le gouvernement français puisse entretenir avec le pays concerné ? Ne pas aller dans ce sens c’est prendre le risque insensé d’ouvrir un nouveau conflit au Tchad, social celui-là.

Monsieur le Ministre, le respect de la Constitution, la paix et la justice sociale ne sont-elles pas les clés principales ouvrant sur un futur tchadien normalisé ? Autrement dit, l’injustice sociale n’est-elle pas le terreau principal, majeur du terrorisme au Tchad et dans toute la sous-région ?

 Nous savons depuis des décennies que les dirigeants tchadiens portent grande attention aux « messages » passés par la France, et il en est Monsieur le Ministre, d’universels que l’on pourrait partager, ceux portés par notre requête en ferait partie.

C’est donc avec insistance que nous vous demandons de bien vouloir porter auprès de la junte militaire tchadienne, la demande de remise immédiate du pouvoir au Parlement telle que le prévoit la Constitution tchadienne, exigence portée avec force par la société civile (dont l’Union Syndicale du Tchad fait partie intégrante).

Dans l’attente, Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre parfaite considération.

Jean-Baptiste CALLEBOUT                                          Conseiller Afrique Boris PLAZZI Membre du Bureau Confédéral CGT                                                                                               Espace International CGT