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Publié par Mak

LA MORT D’IDRISS DEBY ITNO N’EST PAS UNE PERTE!

POUR LES MASSES POPULAIRES,

LA MORT D’IDRISS DEBY ITNO N’EST PAS UNE PERTE!

       

            L’homme, Idriss Déby Itno, dont les partisans pleurent encore la disparition, plus de deux semaines après celle-ci, n’a été, en réalité, qu’un vil valet de l’impérialisme français, comme, naguère, Tombalbaye, Malloum, Goukouni, Habré, avant lui! Mais, passés maîtres dans l’art du mensonge et de la déformation des faits historiques, les responsables du MPS le brocardent comme « un grand homme d’Etat,  « un héros national », « un défenseur du Tchad éternel » ou « un panafricaniste », etc, autant de périphrases grandiloquents qui ont pour but de lui forger une nouvelle image de marque, plus belle que nature, fleurant bon l’innocence et la vertu afin de faire oublier qu’il a eu un passé et un passif!

UN ANCIEN DIGNITAIRE DE LA DICTATURE D’HISSEIN HABRE ….

            En effet, l’histoire, seule juge de nos fait et gestes, retiendra qu’avant d’être propulsé à la tête du pays par l’impérialisme français, le 1er décembre 1990, Idriss Déby Itno aura d’abord été l’un des principaux dignitaires de la dictature la plus sanguinaire que le Tchad ait connue, sous la houlette d’Hissein Habré, son mentor ! Huit ans durant, il avait servi sous ce dernier, fidèlement, contribuant ainsi à construire, pierre après pierre, l’édifice politique de l’époque : il avait été son chef d’état-major, son conseiller militaire, chargé de la sécurité, et membre éminent de l’UNIR, le parti unique en vigueur, qui avait conçu la fameuse DDS, avec ses 40 000 morts, hommes, femmes, enfants, froidement assassinés, selon le rapport d’une commission mise sur pied par Idriss Déby Itno lui-même, à son arrivée au pouvoir. Ces crimes auraient, d’ailleurs, pu servir de base juridique pour faire condamner ce dernier, au même titre qu’Hissein Habré, lors du jugement de celui-ci par les Chambres africaines, à Dakar !  

PORTE AU POUVOIR PAR L’IMPERIALISME FRANÇAIS EN 1990…

Mieux ! Contrairement à la légende, bâtie de toutes pièces par ses thuriféraires, selon laquelle Idriss Déby Itno aurait apporté la démocratie au Tchad, somme toute, ce qui s’est réellement passé le 1er décembre 1990 n’a été qu’une classique révolution de palais :  avec la bénédiction de l’impérialisme français, Idriss Déby Itno s’est juste contenté de chasser du pouvoir son ancien mentor. Pour l’essentiel, il a conservé la politique de celui-ci et les principales caractéristiques de son régime, à la construction de laquelle il avait participé huit ans durant. Ainsi, il a pris pour son propre compte tout l’appareil d’Etat légué par Hissein Habré, associé à la gestion des affaires tous les anciens collaborateurs du dictateur déchu, - des responsables de l’armée aux tortionnaires de la DDS, en passant par les ministres, les préfets, les députés et autres -, qu’il avait connus, avec lesquels il avait travaillé des années durant.

 LA MEME POLITIQUE QUE SON ANCIEN MENTOR SOUS DE NOUVELLES FORMES …

Suivant les traces d’Hissein Habré, Idriss Déby Itno a utilisé aussi à outrance l’ethnisme, le tribalisme, le régionalisme, les poussant jusqu’ à un paroxysme jamais atteint auparavant, les érigeant en méthodes de gouvernement, transformant ainsi les affaires publiques en affaires familiales et claniques : dans les secteurs essentiels, politiques, administratifs, militaires, les principaux responsables étaient majoritairement issus de son ethnie, de la zone septentrionale ou de sa propre famille ! C’est le cas notamment, dans l’administration, des gouverneurs, des préfets, qui règnent sur les différentes régions du pays, comme « les Dieux de la brousse » de la période coloniale. Mais, c’est au niveau des forces de l’ordre que ce phénomène est le plus manifeste : tant dans l’armée, la police, la gendarmerie, le renseignement que sa propre garde prétorienne, tous les postes clés étaient entre les mains des responsables issus de son ethnie ou du Nord du pays.

 Ainsi, comme son ancien mentor, Idriss Dédy Itno a, à son tour, imposé une dictature féroce, qui, au bout de trente ans, écrasant toutes les libertés fondamentales sous sa férule, n’a toléré la moindre manifestation dans le pays, au nom du fallacieux prétexte de la défense de l’ordre, sans oublier la pléthore d’arrestations arbitraires, d’assassinats, de crimes crapuleux, perpétrés par son régime.

Cependant, c’est surtout sur le plan social que la dictature du MPS a totalement failli ! En effet, au bout de trente ans de pouvoir, la plus grande réussite du dictateur disparu, c’est, malgré la manne pétrolière, d’avoir créé dans ce pays, l’un des plus pauvres au monde, une société fracturée, stratifiée, inégalitaire, conséquence du fait que, tout au long de son règne, sa politique a consisté essentiellement à l’enrichissement des trusts, ceux du pétrole notamment, mais aussi, de l’armement : 40% du budget de l’Etat étaient consacrés à la défense et au maintien de l’ordre. Ce qui avait permis à Idriss Déby Itno de se doter de la bande armée la plus équipée de l’Afrique centrale. Le reste des recettes pétrolières engrangées avaient surtout servi à la promotion d’une minorité de bourgeois locaux, parasites, au détriment des besoins collectifs de la majorité de la nation opprimée, notamment des travailleurs, principaux oubliés du partage de l’argent tiré de l’or noir, qui, des années durant, n’ont pas reçu la moindre augmentation de leurs salaires, mais aussi, les retraités, les chômeurs, les paysans pauvres, etc…

Le point culminant de cette politique, nourrie par une volonté implacable d’enrichir davantage les plus riches, a été atteint, quand, en 2016, après la chute du prix du pétrole sur le marché mondial, sous la pression du FMI qui lui exigeait de faire des économies de 30 milliards dans les dépenses publiques, Idriss Déby Itno a décidé de faire payer les conséquences de la crise aux travailleurs et, plus largement, aux masses populaires ! Avec démagogie, mais surtout, un cynisme assumé et consommé, il a décidé d’imposer une politique d’austérité draconienne, entrée dans l’histoire sous le vocable des « 16 mesures », dont les principales étaient notamment la coupure des indemnités et des primes des travailleurs de la fonction publique. Ainsi, pendant des années, au lieu de prendre les moyens dont il avait besoin, pour satisfaire ses maîtres du Breton Wood, dans les coffres forts des trusts et de leurs valets locaux, qu’il avait abondamment enrichis, c’est dans les poches des plus pauvres qu’il était allé les chercher.

Cette politique, appliquée à la source, a ruiné des pans entiers du monde du travail, notamment la frange des plus précaires, qui vivotaient déjà avec un salaire de misère. Depuis 2016 jusqu’aujourd’hui, beaucoup de familles de travailleurs se sont disloquées sous la pression des problèmes de la vie. D’autres, qui avaient tenu, se sont trouvées dans l’incapacité de faire face aux exigences de leur quotidien : incapacité de se nourrir correctement, se soigner, se loger décemment, d’assurer l’éducation de leurs enfants, d’avoir des loisirs. Nombreux étaient les travailleurs et les membres de leurs familles qui sont morts tout simplement de pauvreté, faute de pouvoir s’acheter une simple nivaquine ou même d’accéder à de l’eau potable.

Quand on sait que d’un salaire dépendent plusieurs bouches à nourrir, plusieurs personnes à soigner, à instruire, à loger, etc, quand on sait aussi que c’est le salaire du travailleur des villes qui permet aussi à des milliers de personnes de vivre dans les villages, on mesure la profondeur de la dégradation des conditions de vie des masses populaires que cette politique a entraînée. Ses conséquences ne se sont pas limitées seulement au monde du travail : elles se sont étendues à l’ensemble de la nation opprimée. Finalement, alors qu’elle n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui, c’est toute la société qui en a été touchée, fragilisée, précarisée, appauvrie, comme jamais auparavant et sombre de plus en plus dans la déchéance, comme le montrent les retraités qui manifestent ces jours-ci juste pour réclamer leurs pensions qui ne sont pas tombées depuis trois ans et même plus pour certains.

            UNE PERTE POUR CEUX DONT IL A DEFENDU LES INTERÊTS ….

Voilà le vrai héritage que laisse le dictateur disparu, loin de la légende faite de toutes pièces par ses sous-fifres et autres larbins du CMT et du MPS, qui continuent à chanter ses supposés louanges ! Avec un tel legs, sans aucun doute, Idriss Déby Itno signe avec la postérité un bail à vie qui le classe parmi les plus grands satrapes du pays, comme son ancien mentor, Hissein Habré, dont il n’avait fait que suivre les traces, en allant plus loin dans le cynisme et l’hypocrisie !

Dans ces conditions, s’il en est dont sa mort est une perte, ce sont d’abord l’impérialisme français, les trusts et leurs différents valets locaux ou africains ! Oui, la mort d’Idriss Déby Itno est une perte pour l’impérialisme français, qui l’avait porté au pouvoir en 1990, soutenu militairement durant tout son long règne de trente ans, pour que la France perpétue sa domination sur le pays. En bon valet de celle-ci, Déby n’avait pas seulement maintenu l’ordre dont elle avait besoin, mais, il avait fait aussi ses sales guerres hors des frontières du pays, avec la peau des soldats tchadiens, comme au Mali, au Burkina Faso, au Niger, non pas pour défendre la démocratie, la liberté, mais, les intérêts des trusts français, tels Areva, Bolloré, Orange, Bouygues, Total et autres ! C’est tout cela que résument les propos tenus par Emmanuel Macron quand, rendant hommage au dictateur disparu, il a déclaré : « La France perd un ami ... un chef exemplaire, courageux. »

La mort d’Idriss Déby Itno est aussi une perte pour les nombreux trusts installés dans le pays, dont notamment ceux du secteur pétrolier, que, trente ans durant, sa politique avait extrêmement enrichis en leur permettant d’exploiter, dans les conditions les plus favorables qui soient, tant les ressources naturelles qu’humaines du Tchad, au point qu’ils ont la mainmise sur l’économie de ce dernier !

Elle est aussi une perte pour tous les privilégiés tchadiens qui, politiciens, hommes d’affaires et autres, s’étaient enrichis, gavés, sous l’ombre d’Idriss Déby, grâce aux miettes tombées de la table des trusts, mais aussi, à la surfacturation, au vol organisé, au pillage, aux détournements des fonds publics, dont le dictateur déchu rendait souvent responsable son propre entourage, sans pourtant lever le petit doigt contre lui !

Elle l’est aussi pour l’Union africaine, ce syndicat des dictateurs africains, solidaires les uns les autres, qui avaient adoubé Idriss Déby Itno, l’avaient élu même comme leur président, dont une dizaine, tels le guinéen Alpha Condé, le nigérien Mohamed Bazoum, sont venus pleurer sur sa dépouille !

Elle l’est également pour les Nations Unies ou la fameuse communauté internationale, ces conglomérats de pays impérialistes, dirigés par les plus puissants d’entre eux, tels les Etats-Unis, sans le soutien desquels aucune dictature n’existerait sur cette planète !

MAIS PAS POUR LES VICTIMES DE SA POLITIQUE …

Inversement, la mort d’Idriss Déby Itno n’est pas une perte les masses populaires tchadiennes, victimes de sa politique, à qui, tout son règne durant, il n’a imposé que misère et dictature, consciemment ! Oui, elle ne l’est pas pour les milliers de travailleurs du pays, du public comme du privé, créateurs des richesses de ce dernier, mais, dont les intérêts étaient sacrifiés sur l’autel de ceux de la bourgeoisie mondiale, de ses valets et autres parasites locaux !

Elle ne l’est pas non plus pour les milliers de retraités, de chômeurs, dont des diplômés, qui se battent, manifestent aujourd’hui, juste pour réclamer leurs pensions ou jouir de leur droit à un travail, comme pour des milliers d’étudiants, d’élèves, bénéficiant d’un enseignement au rabais, travaillant dans des conditions calamiteuses, dans des amphis et des salles de classes bondés, dont, pour certains, les parents sont saignés à blanc par les margoulins qui contrôlent les écoles et les instituts privés, suite à la démission des pouvoirs publics du secteur de l’éducation en général !

Elle ne l’est pas non plus pour les millions d’opprimés, des villes comme des campagnes, qui ont du mal à se nourrir une fois par jour, crèvent de maladies qu’on peut soigner rien qu’avec de l’eau potable, dont les enfants sont victimes d’un chômage endémique, qui les condamne à la délinquance !

Elle ne l’est pas non pour les millions de paysans pauvres et de travailleurs agricoles,  – expropriés et exploités par les dignitaires du régime -,   des provinces quasi abandonnées du pays, transformées en une mer de misère, condamnées à une malnutrition chronique, comme le Kanem ou le BET, dont les enfants, qui en ont la force, émigrent par désespoir ou cherchent à donner un sens à leur vie en rejoignant les groupes armés terroristes, comme celles des Boko Haram ou d’autres bandes rebelles, tous nés sur le terreau de la pauvreté dans laquelle ces régions s’enfoncent !

Elle ne l’est pas non plus pour les millions de paysannes de toutes les régions, qui travaillent quotidiennement la terre sans avoir le droit d’en être propriétaires ou même d’avoir la force de rêver d’une maternité digne de ce nom, qui, par ailleurs, quoique majoritaires n’en sont pas moins opprimées, exploitées, humiliées, subissant des sévices corporels, n’ayant de place nulle part dans la société ! 

L’HEURE EST A UNE RIPOSTE COLLECTIVE DES VICTIMES DE LA POLITIQUE D’IDRISS DEBY ITNO…

            Oui, pour les masses populaires, maintenues écrasées sous la férule de la dictature, trente ans durant, qui ont subi cette politique d’Idriss Déby Itno, ces inégalités, ces injustices, ces privations de toutes sortes, la disparition de ce dernier ne pourrait être une perte !  En effet, bien longtemps avant la mort de celui-ci, sa politique avait déjà créé dans le pays tout un faisceau de colères, qui avaient explosé à plusieurs occasions, notamment, de 2016 jusqu’à 2021, dans la longue série de plusieurs grèves déclenchées par les travailleurs de la fonction publique pour défendre leurs intérêts contre les attaques criminelles du pouvoir, mais aussi, dans les tentatives de manifestations des associations des droits de l’homme, des étudiants, des retraités, des diplômés chômeurs, souvent réprimées sauvagement. Elle avait été aussi à l’origine de la prolifération des bandes armées qui pullulent dans le pays.

 Ainsi, plus que les calculs des politiciens et autres considérations électorales, c’est, en réalité, cette politique, profondément injuste, qui avait été à l’origine des manifestations contre le sixième mandat du dictateur disparu. En s’érigeant contre cette perspective, les travailleurs, les retraités, les militants des organisations des droits de l’homme, des partis politiques, les chômeurs diplômés, les étudiants, les femmes, etc, qui sont, pour la première fois, descendus dans la rue, bravant crânement l’armée et la police, s’élevaient surtout contre leurs conditions d’opprimés, victimes de la politique du MPS depuis trente ans ! Il en est de même des luttes, des manifestations actuelles contre le Comité Militaire Transitoire, que celui-ci tente de juguler, mais en vain ! En effet, la colère qui couve, gronde dans le pays, explose, ces derniers temps, dans les rues et les quartiers populaires de N’Djaména et d’autres villes, comme Moundou, Doba, Sarh, Bongor, etc, n’est pas seulement l’expression du rejet du remplacement du dictateur disparu par son fils, comme certains veulent nous le faire croire. Elle symbolise quelque chose de très profond : le ras le bol général, la révolte, des masses populaires contre la politique des Déby, père et fils, au nom de leur droit à la vie.

Par conséquent, pour sortir de l’impasse actuelle, la seule perspective, c’est de fédérer toutes ces colères que la politique d’Idriss Déby Itno avait créées, sous la forme d’une riposte collective des travailleurs et de l’ensemble des opprimés, dont, des années durant, il avait sacrifié les intérêts sur l’autel des ceux des trusts et des riches locaux. C’est la seule façon d’imposer, à travers des grèves, des manifestations, des luttes multiformes, le changement conformes aux aspirations des masses populaires à une vie meilleure et aux libertés fondamentales, mais aussi, d’en finir, une fois pour toutes, avec la politique des Déby et tourner définitivement la page sombre de l’histoire de ces derniers !

 

                                                                       Ali Mohamed Abali Marangabi