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Alerte Info: Tchad: dénommée marche du peuple pour exiger l'alternance au Tchad, plusieurs organisations de la société civile, des mouvements citoyens et partis politiques vont descendre dans la rue le 06-02-2021 en vue de protester contre le pouvoir actuel d'Idriss Deby //

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Publié par Mak

Tchad: le député Salibou Garba et leader de l'AND décortique le discours du nouvel an 2021

COMMENTAIRES SUR LE MESSAGE DE NOUVEL AN DU PRÉSIDENT DEBY.
 

Le Président de la République, a dans son message de vœux a abordé de nombreux sujets ; j’en ai retenu 7 

  1. On ne peut pas parler de solidarité nationale et de cohésion fraternelle quand toute la politique, toutes les décisions sont marquées par des discriminations :
  • regardez les nominations dans l’administration civile et militaires, ainsi que dans les postes dits juteux :
  • que dire du serment confessionnel imposé malgré que des religieux les ont alertés ? ; tiens, tiens, la Ministre SGG, après avoir défendu bec et ongle son imposition découvre que sa suppression améliorera le vivre-ensemble. De qui se moque-t-on ? Pas sérieux en tout cas.

On peut multiplier les exemples.

  1. Assistance aux populations et aux entrepreneurs suite aux mesures Covid-19

Demandez-le aux couches vulnérables ; elles n’ont rien vu, ou pas grand-chose.

Je n’ai rien senti ; j’ai vu dans les réseaux sociaux des V8 et des Hilux charger des vivres et autres produits destinés aux couches vulnérables. Je ne sais pas si on peut considérer ceux qui possèdent des V8 et Hilux comme vulnérables.

J’ai vu derrière chez moi ici, des agents chargés de la distribution des vivres et autres produits, procéder à leurs ventes.

  1. Civisme

Peut-on parler de civisme quand les lois de la République sont violées allégrement, quand les droits des citoyens sont confisqués, accordés à la tête du client ? Regardez les discriminations notoires dans l’autorisation de se réunir et d’exprimer dans des manifestations pacifiques ses sentiments et opinions. On est à des années-lumière.

 

  1. Conflits intercommunautaires

 

Que n’a-t-on pas dit, crié, hurlé. Que n’entendons-nous pas, ne voyons-nous pas ? Des incidents de « Sans Fil », à ces conflits qui endeuillent toutes les régions du pays, sans exception : le Batha, le Sila, le Wadi Fira, le Guéra, le Lac, le Chari-Baguirmi, le Mayo-Kebbi, la Tandjilé, les 2 Logone, le grand Moyen-Chari, le Salamat ?

 

Les mesures prescrites (fouilles en vue de la récupération des armes de guerre, arrestations,…) ont déjà été expérimentées avec les résultats que vous voyez.

Les racines de ces fléaux résident dans l’absence de l’État, les dysfonctionnements de ses institutions du fait du népotisme, du clientélisme politique, des passe-droits, de la corruption.

 

Cela se trouve aggravé par les prises de lois iniques telles que cette Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique autour du principe selon lequel les terres, y compris les terres rurales qui sont des terres ancestrales où vivent plus de 80% de nos populations, appartiennent à l’Etat. Ce qui conduit les représentants à des interprétations incendiaires.

 

Des pistes de solution à ces fléaux n’existent ni dans la tête de nos gouvernants, ni dans les discours.

 

  1. Recrutement de 20 000 diplômés sans emplois

 

Le discours informe que 6 596 jeunes diplômés ont été recrutés. Non seulement nous sommes très loin des 20 000 promis, si on tend les oreilles vers ces jeunes, on constate qu’il y a ici également le népotisme, le clientélisme politique et la corruption.

 

  1. Lutte contre le terrorisme

 

Notre pays, notre Président passent pour les champions de la lutte anti-terroriste. Mais on rigole ! Non seulement nous envoyons nos enfants mourir sans efficientes prises en charge, notre pays est parfois chahuté, indexé comme étant le pyromane.

 

Regardez ce qui se passe en République Centrafricaine sœur, qu’est-ce que nos compatriotes responsabilisés dans les organes dirigeants de l’Union Africaine à la Paix et à la Sécurité n’entendent pas comme griefs ou accusations contre notre pays ?

 

Si notre contribution à la paix dans la sous-région est un devoir, nous ne devons pas avoir un comportement qui fait de nous des pyromanes-pompiers. Un pyromane ne peut pas être un bon pompier.

   

  1. Élections dans la sérénité et climat apaisé

 

Ici encore nous ratons le coche :

 

  • le processus se fonde sur des lois liberticides (charte des partis, découpage électoral), préparant des holdups électoraux (Code électoral, rôles éminemment partisans des organes de l’État impliqués dans le processus,) ;

   

  • ce processus se déroule sur fond de violation des lois (loi relative à la CENI, statut de l’opposition notamment) ;

 

  • et pour couronner le tout les entraves physiques faites aux partis politiques de l’opposition. Mon frère Félix Romadoumngar en a fait les frais, qualifié de codos lors d’un séjour à Koumra.

 

Conclusion : Ce message à la Nation n’apporte rien de rassurant pour les populations tchadiennes. Le pouvoir, essoufflé, se lance dans une fuite en avant suicidaire. Nous avons commencé à goûter cela avec l’application de ce récent décret de confinement et isolement national et international de N’Djamena. Les Tchadiennes et Tchadiens ne peuvent plus se contenter des effets d’annonce.

Pour conjurer ce chaos annoncé,

  1. les tchadiennes et les tchadiens doivent davantage élever leur niveau de conscience et d’organisation pour mieux orienter leurs actions en vue du mieux vivre et d’un meilleur avenir ;
  2. les acteurs politiques devraient rompre avec la course effrénée vers les strapontins et l’enrichissement illicite au détriment du progrès économique et social pour tous ;
  3. les partenaires de la communauté internationale devraient changer de paradigme en renonçant à leur stratégie de recherche de l’homme providentiel qui garantirait leurs intérêts économiques et géostratégiques, sans se préoccuper des conditions de vie et de travail de l’ensemble des populations.

Ce qui se déroule en ce moment sous nos yeux, dans notre voisinage immédiat nous interpelle tous.    

Par le député Salibou GARBA, Président de l’AND
Propos  recueillis par Hamit pour Electron TV, le 05 janvier 2021