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Alerte Info: Tchad: dénommée marche du peuple pour exiger l'alternance au Tchad, plusieurs organisations de la société civile, des mouvements citoyens et partis politiques vont descendre dans la rue le 06-02-2021 en vue de protester contre le pouvoir actuel d'Idriss Deby //

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Publié par Mak

 Mahamat Nour Ahmed Ibedou présente une économie tchadienne désastreuse

L’économie Tchadienne

1°- Le Système Economique tchadienne

 

Il n’existe pas au Tchad de véritable économie telle que perçue et mise en œuvre de part le monde, par ce qu’il n’existe pas de politique économiques :aucune statistique crédible n’est perceptible ; les chiffres publiés dans les rapports des bailleurs sont anecdotiques et ne reflètent aucune réalité ; l’avant dernier rapport du FMI publié le 19 Septembre2013 était tout simplement  scandaleux et  avait provoqué l’indignation de toute l’intelligentsia tchadienne, jetant un discrédit sérieux sur la moralité des membres des  missions de cette prestigieuse institution ; connaissant les méthodes de nos dirigeants, l’hypothèse  d’un « arrosage » est plus que vraisemblable.

La croissance à deux chiffres claironnée par les responsables tchadiens et les différentes missions est tout simplement imaginaire par ce qu’elle est basée sur des statistiques tronquées avec des chiffres fabriqués.

Le fait que notre économie soit informelle à 80% a considérablement favorisé  son caractère artisanal.

Les deux mamelles de l’économie tchadiennes depuis des décennies à savoir l’agriculture et l’élevage ont vu leur impact sur l’économie nationale diminuer d’années en années et se réduire comme peau de chagrin.

  • Pour ce qui concerne l’agriculture

L’absence chronique d’une véritable politique agricole nationale  ajoutée aux échecs répétés des projets de développements dont les fonds sont régulièrement pillés par des membres du clan au pouvoir placés à la tète de ces projets ont eu raison de la performance de notre agriculture.

  La  cotontchad qui constituait une des unités économiques les plus rentables avait d’abord été amputée de l’huilerie savonnerie dont la gestion avait été confiée à un soudanais qui n’avait pas hésité à l’exploiter pendant trois ans sans avoir payé le moindre franc pour l’acquérir dans le cadre d’une anecdotique privatisation.

Quand à la cotontchad elle-même, ses performances ont été considérablement amoindries par une gestion clanique de ses opérations.

L’ex sonasut société nationale sucrière devenue CST à force de bradages successifs n’est plus à présent que l’ombre d’elle-même ; ses performances avaient été considérablement anéanties par une concurrence féroce effectuée par les parents proches du chef de l’état qui importent frauduleusement plusieurs centaines de tonnes de sucre soudanais.

 Les tracteurs qui avaient été achetés pour camoufler à l’époque l’achat massif d’armes de guerre ont été  soit ‟reformés” au bénéfice des parents du chef de l’état, soit abandonnés par manque de pièces détachées, soit tout simplement détournés et vendus à des agriculteurs dans les pays limitrophes.

  • Pour ce qui concerne l’elevage

Le Tchad a toujours été étiqueté comme un pays d’élevage par excellence en termes de nombre de têtes de bétail ; malheureusement, le volume considérable de fraude massive de bétails organisé par les parents du chef de l’état placés dans les secteurs douanier a anéanti l’efficacité et la rentabilité de l’exportation du bétail vers l’étranger.

La mauvaise politique sanitaire pratiquée par le gouvernement à l’encontre du cheptel tchadien (fourniture des vaccins périmés et détournement des milliards affectés aux marchés destinés à l’achat de ces vaccins par des membres du clan au pouvoir); détournements massifs des fonds versés par les bailleurs dans le cadre des projets de développements destinés au secteur de l’élevage ainsi que le secteur de l’eau etc., ont eu raison des performances de ce secteur  de l’elevage qui a à présent un impact tres faible sur l’économie nationale.

 

  • Pour ce qui est du monde des affaires

 

La charte des Investissements qui a remplacé le code des Investissements en vigueur sous l’ancien régime transforme quasiment le Tchad en une zone franche faisant la part belle aux investisseurs étrangers qui réalisent du coup des bénéfices exorbitants au détriment de l’intérêt du pays en corrompant les hauts responsables ; cette charte des investissements taillée sur mesure aurait pu pourtant, dans un système économique maitrisé, redynamiser l’economie du pays, ce secteur important de la gouvernance ;  hélas, la privatisation à été utilisées par nos  dirigeants pour permettre aux membres de la famille du Président et de son clan d’accumuler simplement des richesses en se distribuant ces unités économiques. Les richesses ainsi générées par ces entreprises sont soit thésaurisées soit investies à l’étranger ; de toute façon, elles ne sont jamais réinvesties au bénéfice de l’économie nationale.

 L’exemple le plus patent est celui de la cimenterie de BAORE, longtemps considérée comme un bien familial du clan présidentiel n’a jusqu’aujourd’hui jamais été inaugurée. Ce qui fait qu’aucune rentrée même fiscale au bénéfice du trésor public n’avait jamais été effectuée.

  • Pour ce qui concerne le chômage

Etant donné que le taux de chômage dans un pays préfigure une bonne ou mauvaise santé économique, au Tchad, le Gouvernement  n’a tout simplement aucune politique d’emploi et le nombre de chômeurs, s’il y’avait eu de statistiques fiables aurait été catalogué comme l’un des plus élevés au monde ; les enfants après le Bac sont dans la rue. (Vendeurs à la criée ou conducteurs de moto taxi).

  • Pour ce qui concerne le surendettement du pays

 

En Mars 2020, l’encours de la dette publique s’élève à 2722,5 Milliards de Francs CFA ; des données statistiques issues du bulletin statistique de la dette publique du 1er trimestre 2020 publiés par l’Observatoire Tchadien des Finances Publiques (OTFIP). Dans cette publication, le taux d’endettement public du pays est de 46, 6%  du PIB (du Produit Intérieur brut).

 Ce taux est naturellement inferieur au critère de convergence defini dans le cadre de la CEMAC qui exige des états membres que le taux d’endettement ne doit pas franchir le seuil de 70% de leur Produit Interieur Brut.

Ces chiffres qui donnent une situation à peu près normale est extrêmement trompeur , ne refletent aucune réalité et cachent mal une gestion catastrophique de la dette ; en effet la dette de Glencore qui est un cercle vicieux dans lequel nous a introduit Mr  Deby et les remboursements des simples intérêts de cette dette absorbe systématiquement les ressources générées par  le petrole.

De plus la dette vis-à-vis des chinois culminait déjà en 2010 à vingt mille milliards de franc CFA est la plus aliénante du continent.

Ces deux dettes qui n’avaient jamais été comptabilisées dans le portefeuille global du pays peuvent amener le Tchad  à un taux gigantesque de 250% du PIB ; ce qui signifierait une absence totale d’économie dans le sens académique du terme.

Il est significatif de faire remarquer à cet egard qu’en 2018 ; le pays s’est endetté pour payer ses fonctionnaires ; un pays qui s’endette pour honorer ses travailleurs est en soit une catastrophe économique.

De la corruption

La corruption au Tchad est endémique et structurelle ; Transparency  International pour son indice de perception de la corruption (2018) classe le Tchad à la 174e place sur 177 pays devant la Somalie, la Libye ou le Soudan du Sud  pays ou la notion d’Etat prend une allure toute relative ; ces pays sont en guerre et objectivement ne sont pas à blâmer.

La corruption sévit à tous les niveaux de l’Etat et gangrène presque tous les secteurs à l’image de plusieurs projets de construction abandonnés : nous citerons au hasard, (un exemple parmi des dizaines, voire des centaines) le pipe line de Sédigui  qui en est une des plus belles illustrations : trois milliards partis en fumée.

2°- Le Système Financier Tchadien

Le système financier tchadien est le domaine qui à connu  et qui continue de connaitre les  dégâts les plus importants : le budget Général de l’Etat une fois voté et promulgué est tout simplement abandonné : les engagements  sont rapidement suspendus et les dépenses sont effectuées directement au trésor  par DAO (dépenses avant ordonnancement)  qui sont en fait des prélèvements de fonds directement operés au trésor, essentiellement effectuées par la Présidence et accessoirement par la Primature ; ce qui fait que les crédits budgétaires ne servent qu’à régulariser les détournements opérés par ces autorités ; la gabegie financière est telle que les montants  des dépenses à régulariser s’ étaient élevés à près de 300 Milliards en 2010 ; avec cette gestion «  épicière » et unique dans le monde, de nos Finances publiques, nous étions la risée des institutions financières internationales à l’époque où leurs différentes missions produisaient des rapports à peu près objectifs ; il existe pourtant une cour de discipline budgétaire chargée de réprimer les manquements aux règles budgétaires ; mais depuis 2005, elle n’a jamais été installée.

Les ressources pétrolières sensées servir au bien être des tchadiens sont la propriété exclusive du Président et de sa famille et sont régulièrement drainées vers un compte  bancaire ouvert à la BCC au nom de la Direction des grands travaux présidentiels ; c’est de là que sont financées toutes les «  Réalisations » dont la qualité est bien connue et dont le coût est dix fois supérieur à la normale : personne ne peut affirmer à l’heure actuelle combien ont couté réellement toutes ces « infrastructures ».

Les recettes douanière qui constituent  70% des ressources hors pétrole du pays sont, au mépris de la réglementation financière en vigueur au Tchad, logées depuis 2012 dans un compte ouvert à la CBT et sont devenues pratiquement, une caisse noire pour la famille Deby.

3°- La gouvernance des entreprises 

 les entreprises publiques sont presque toutes  sous le couvert de la privatisation, bradées par le pouvoir au profit des membres de la famille du Chef de l’Etat : le cas de la SNER est le plus patent : cette société d’Etat est désormais devenue société anonyme  et est la propriété exclusive du grand frère du Président ; avec près d’une vingtaine de filiales toutes contrôlées par les membres de leur famille, cette unité économique et toutes ses filiales à la faveur de deux conventions d’établissement signées  avec le gouvernement  sont exonérées d’impôt pendant 15 ans ; cette convention qui occasionne des manques à gagner considérables à l’Etat en matière de recettes fiscales est entérinée par un décret pris en conseil de Ministre .

La Sotel-Tchad dont les députés dans un sursaut patriotique inhabituel avaient repoussé la privatisation est devenue grâce à Daoussa Deby l’ombre d’elle-même à cause de ses morcellements en plusieurs sous sociétés dont les bénéfices sont drainés vers des comptes privés. 

Les bénéfices engrangés par ces unités économique ne servent donc plus à l’érection d’autres entreprises susceptibles de créer des emplois et surtout de générer des ressources fiscales importantes nécessaires au développement économique du pays : ces entreprises nationales dont les membres de la famille du Président se sont illégitimement accaparées produisent des bénéfices qui sont tout simplement  thésaurisés  et ne sont jamais réinvestis  ; de plus,  des proches du Président, désormais propriétaires de ces sociétés ne payent plus d’impôt contribuant grandement à l’anéantissement des capacités financières de l’Etat  provoquant ainsi des tensions récurrentes de trésorerie.

La famille présidentielle en plus des entreprises d’état a fait également main basse sur les régies financières les plus rentables : les services de recettes gérés en régie par le trésor public en l’occurrence les régies  des pièces d’identité et passeport ainsi que celles des cartes grises, permis de conduire, licences etc. sont octroyées par des contrats de concession qui permettent à un membre de cette famille de s’adjuger 90% des redevances perçues sur les usagers tchadiens. ce neveu du chef de l’etat avait exploité ces regies en utilisant les moyens de l’etat : électricité, matériel, personnel etc.

c’est sous la pression des actions de la société civile qu’il céda  et après plus de deux ans d’exploitation, la régie financière des documents biométrique fut remise à la gestion par l’etat c'est-à-dire le trésor public.

Les marchés financés par les ressources pétrolières sont toujours attribués de gré à gré aux membres du clan au pouvoir (qui, pour la circonstance possèdent chacun sa propre entreprise) comme ils sont publics tous bénéficiaires exclusifs de ces contrats de gré à gré à plusieurs milliards au mépris des règles édictées par le code des marchés publics, ils en font évidemment à leur tête ; ce qui fait que les surfacturations constatées pour leurs exécutions sont devenues célèbres en Afrique

   1°- Le développement socio-économique ?

C’est le domaine  où se rencontrent les formes les plus graves de violations des droits Humains : les violations des droits économiques des tchadiens  au regard de l’Article 11 du Pacte International relatif aux Droits  économiques sociaux et culturel, pacte ratifié par notre pays.  Le Tchad est l’un des pays au monde où les inégalités sociales sont les plus accentuées : une seule composante de la société tchadienne possède toutes les richesses de ce pays ; une infime minorité de milliardaires détentrice de toutes ces richesses cohabite avec une majorité de citoyens incapable d’assurer le repas quotidien ; (milliardaires à 17 ans)

Dans le cadre d’un classement de l’indice de développement humain 2019, évoqué dans le rapport d’une mission de l’organisation  ACF Tchad (Action contre la faim) le Tchad est 184e sur 186 pays de la bande sahélienne ; le Tchad est donc un des pays les plus pauvres de la planète en ce qui concerne la lutte contre la malnutrition et l’accès à l’eau des populations( au Burkina 75% en milieu urbain contre 20.9%pour le Tchad) ; c’est la preuve que le pouvoir tchadien n’a aucune politique sociale ; plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et l'espérance de vie n'y est que de 45 ans.

22% des enfants tchadiens naissent chaque année avec un retard de croissance et en 2018, plus de 45 .000 décès sont reliés à la malnutrition et à l’insécurité alimentaire.

Avec (1 100 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes) et un faible taux de prévalence contraceptive (4,8%), le Tchad reste très en retard en termes de soins de santé maternelle et néonatale (source MEDECIN DU  MONDE).

Par sa façon d’imposer unilatéralement des prix dont il sait qu’ils ne seront pas respectées, le gouvernement tchadien est le principal responsable de la cherté de vie qu’il programme minutieusement pour mieux asservir les tchadiens ;

Le taux de couverture en électricité est de 3%  et l’accès de la population en eau potable est de moins de 20% en 2019.

 

Le ministère de micro crédit est une institution destinée comme à l’accoutumé à divertir l’opinion internationale, faisant croire à celle-ci que le gouvernement tchadien pense aux plus pauvres ; cette institution permet essentiellement aux responsables  généralement proches du pouvoir de s’enrichir ( le DAF étant toujours issu du sérail), elle sert donc  à la campagne du président en période électorale ;  ces maigres crédits sont généralement octroyés à des groupements à quelque heures de la visite du président dans leurs zones.

 

Conclusion

Classé 140e sur 140 pays, par le FORUM ECONOMIQUE MONDIAL, le Tchad est dernier de tous les pays du monde en matière d’indice mondial de la compétitivité en 2018, cette performance catastrophique suscite la méfiance des investisseurs qui préfèrent se tourner vers d’autres cieux ;

Le Tchad est 50e au monde sur 52 pays en matière de performances économiques et en 2019, il est le 4e pays le plus corrompu au monde dans les dernières statistiques.

PROPOSITIONS

Compte tenu des immenses dégâts provoqués par le système actuel depuis son avènement il ya 30 ans sur tous les secteurs de l’état et surtout sur les Finances et l’économie nationale, un véritable bouleversement est nécessaire pour espérer redresser ce domaine vital pour la survie d’un pays.

Dans l’urgence et pour arrêter l’hémorragie qui existe depuis trois décennies dans le domaine des l’économie et des finances, des mesures énergiques doivent impérativement être prises :

Etant donné que tous les problèmes du pays découlent de la très mauvaise gestion des ressources humaines et de la flagrance de l’injustice, il convient d’abord de :

  • De nommer des  ministres compétents des finances et de l’économie et surtout leur laisser les mains libres afin qu’ils puissent élaborer des plans à court, moyen et long terme. Leur laisser la latitude de choisir leurs collaborateurs sur des critères de compétence et même organiser des tests de sélection afin d’exploiter et de profiter de toutes les compétences du pays.
  • En matière économique définir des projections  futures afin de booster les performances économiques  du pays . La création d’un institut de la statistique capable de servir de baromètre afin d’orienter des études économique et de produire des données fiables pouvant servir de base pour d’éventuelles  négociations avec les bailleurs et au niveau régional et sous régional.
  • Nommer des cadres compétents dans les unités économiques : cotontchad, STS, Brasseries, la cimenterie, la raffinerie etc.  et évaluer périodiquement leurs performances.
  • Réhabiliter la cour de discipline budgétaire afin d’éviter les entorses  au circuit normal des dépenses budgétaires, et en réprimer sévèrement les auteurs.
  • Exiger le vote impératif de la loi annuelle de réglementa qui doit instituer un contrôle par le parlement de l’exécution de la loi des finances.
  • Interdire et réprimer toute instauration des dépenses avant ordonnancements (DAO) et imposer une orthodoxie financière crédible
  • En matière financière  nommer des inspecteurs  spécialisés en la matière et leur  imposer des plafonds annuels de recettes ; ceci doit être valable pour toutes les régies  financières traditionnelles comme la douane, les impôts,  les domaines et toutes les régies administratives comme celles de l’élevage, de l’intérieur de la justice ainsi qu’ à toutes les autres installées dans les institutions à budget autonomes comme la radio, les eaux et forets, l’assemblée  etc.

Dans tous les cas une évaluation périodique des cadres soit dans l’administration centrale ou des administrations déconcentrée comme les régisseurs des communes est nécessaire.  Toute rentrée ou sortie de fonds doit être soumise à un contrôle avant toute validation.

  • Doter l’Inspection Générale des Finances (IGF) de moyens nécessaire à son fonctionnement et y affecter des inspecteurs du trésor, des douanes, des domaines  intègres.
  • Créer un observatoire contre la corruption qui aura pour compétences entre autre d’effectuer des contrôles périodiques et inopinés sur tous les marchés publics. es cadres honnêtes et intègres doivent y être nommés.

 

Mahamat Nour Ibedou

Secrétaire Général de la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l'Homme(CTDDH)