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Publié par Mak

Mensonges et réalités au Tchad -Par Ali Mohamed Abali Marangabi

 

 

                        Après vingt-huit ans de règne dictatorial, couronnés par un bilan catastrophique pour les masses populaires notamment, dont les conditions de vie ne cessent de se dégrader au fil du temps, comme jamais auparavant, Idriss Déby Itno et ses partisans, tels des charlatans enchanteurs, prétendent avoir enfin trouvé le remède susceptible de soigner toutes les maladies dont souffre le Tchad. Cette miraculeuse décoction s'appelle « la quatrième république », proclamée, à coups de trompettes et clairons, à la suite de la nouvelle constitution concoctée par « le forum national » et adoptée le 4 avril dernier par les députés de la majorité présidentielle, sans la participation de ceux de l'opposition dont les principales organisations politiques, comme celles de la société civile, n'avaient pas pris part non plus aux discussions antérieures à l'origine des réformes constitutionnelles actuelles.

 

            Depuis la clôture du « forum national » jusqu'aujourd'hui, dans le sillage d'Idriss Déby Itno qui avait présenté les résolutions de cette rencontre comme quelque chose d'extraordinaire pouvant changer radicalement le cours de l'histoire du pays, nombreux sont, en effet, les responsables du MPS et leurs affidés, - ministres, députés, gouverneurs, chefs traditionnels et autres -, qui, tels les chantres d'une nouvelle découverte pour le moins considérable, sillonnent le pays pour vanter les vertus supposées de ce qu'ils appellent « la nouvelle république ». Sur fond de tapage médiatique, ils rivalisent d'ingéniosité pour présenter cette dernière comme la potion magique, enfin découverte, capable de guérir le pays de tous ses maux : exploitation, pillage, sous-développement, misère, inégalités, détournements des deniers publics, corruption, gabegie, maladies de tout genre, faillite des secteurs publics essentiels, archaïsme, oppression de la femme, dictature, etc.   

 

            Mais tout ce raout intempestif sur les prétendues vertus de la fameuse « quatrième république » n'est, en fait, qu'un chapelet d'effets d'annonce, une kyrielle de mensonges ! « Le forum national », la nouvelle constitution, comme la « quatrième république » qui en a résulté, ne sont, en réalité, que les éléments constitutifs d'un simple ravalement de façade de la dictature, une opération politique visant, d'une part, à occulter le lourd passif du règne calamiteux des responsables du MPS et, d'autre part, à leur construire, en même temps, une nouvelle image de marque, fleurant bon l'innocence et la vertu, dans le but de faire croire qu'ils seraient brutalement devenus plus soucieux des préoccupations des couches populaires. A travers le toilettage de l'Etat, ils espèrent aussi pouvoir sortir de l'impasse plurielle dans laquelle le pays est plongé à cause de leur politique,  criminelle à tout point de vue.

 

 

           

            Cependant, il y a lieu de penser que ce tour de prestidigitation n'a pas la moindre chance de faire illusion, ni de masquer la réalité des faits ! Car, comment pourrait-on croire qu'il suffirait d'accoler l'adjectif numéral « quatrième » au substantif « république », afin d'en faire son épithète, pour que, comme par enchantement, le pouvoir change de nature et de politique ? Comment croire que les mêmes politiciens qui, depuis vingt-huit ans, ont, consciemment, creusé le gouffre de la désolation dans lequel le pays s'enfonce inexorablement, dans tous les domaines, puissent décider spontanément, sans y être forcés, d'eux-mêmes, d'enrayer cette spirale, combien cruciale pour les masses opprimées notamment, dont la vie se transforme chaque jour en un enfer sous la férule de la dictature du MPS ? Impossible ! Et pour cause !

 

            En effet, contrairement aux mensonges que distillent les responsables du MPS en chantant les vertus supposées de leur « quatrième république », en politique, aucune classe sociale ne sacrifie d'elle-même ses privilèges ni ne quitte la scène de l'histoire sans qu'elle n'y soit contrainte. Par conséquent, il n'y a aucune illusion à se faire sur « l'aube » ou « l'ère nouvelle » qu'ils annoncent. Leurs nombreuses promesses de s'attaquer cette fois-ci aux principaux maux dont souffrent les masses opprimées ne sont que de l'enfumage, une habile remise au goût du jour des vieilles antiennes abondamment ressassées, des décennies durant, sur « l'émergence », « la démocratie », « la lutte contre les détournements des biens publics » ou « la misère », etc, sans que cela n'empêche la société de sombrer de plus en plus dans la précarité et la dictature à cause de leur politique. Ce qui, en réalité, confère à leurs tapageuses proclamations un caractère mensonger, c'est surtout le fait que, derrière celles-ci, se trouve le même Etat, s'appuyant sur le même appareil militaire, administratif, judiciaire, et la même politique à l'origine de la faillite actuelle, avec, pour les principaux, les mêmes hommes et femmes, dont nul n'ignore les mœurs ! C'est cela qui permet de juger des nouvelles intentions des responsables du MPS et de démontrer qu'elles ne sont, en fait, qu’un leurre, dont le but est de masquer la seule et unique politique, à eux, assignée par la bourgeoisie mondiale, qu'ils ont consciemment appliquée jusqu’alors et qu’ils vont continuer à imposer : vider les bouches et les poches des pauvres et des affamés pour remplir celles des riches et des trop rassasiés, comme le veut la loi implacable du capitalisme dont ils sont, avec d’autres, bien sûr, les principaux serviteurs dans le pays!

 

            Dans une société comme la nôtre, divisée en classe sociales, en riches et pauvres, il ne peut y avoir ni égalité, ni justice sociale, ni même une simple solidarité pour les couches populaires dominées  par le grand capital et ses valets locaux. Idriss Déby Itno et ses partisans peuvent, certes, changer le nom de leur « république », faire toutes les promesses qu'ils veulent, mais ils ne peuvent changer la réalité sociale : ils ne pourraient être à la fois au service des exploités et de leurs exploiteurs. Car, pour changer vraiment la société, instaurer l'égalité, la justice sociale et la liberté qui va avec, il ne suffit pas de changer de président, de gouvernement ou même de république : c'est toute la société qu'il faut changer, c'est le pouvoir des riches qu'il faut renverser. Mais une telle perspectives n'est pas celle d'Idriss Déby Itno et ses partisans, ces politiciens imposés à la tête du pays par l'impérialisme, en 1990, pour y défendre ses intérêts et ceux des privilégiés locaux, tout en se sucrant au passage ! Même leur dernière trouvaille, - le serment religieux -, confectionnée avec l'aide des responsables du comité islamique, ces représentants du fatras réactionnaire local qui jouent, de tout temps, le rôle de supplétifs de nos dictatures, ne peut, bien évidemment, rien changer en cela ! D'autant moins que pour tous les larbins du pouvoir qui se sont prêtés à ce cinéma-là, les Kassiré, Padaré et autres, le fait de jurer au nom d'un dieu quelconque, quel qu'il soit, n'a 

 

 

vraiment aucune importance! Car, même si Idriss Déby Itno leur avait demandé de jurer au nom de son chien ou de son âne, ils l'auraient fait bien volontiers, pourvu que, au final, il assure leur pitance, parce que, pour tous ces gens-là, - le  « président fondateur » y compris -, le vrai dieu, celui qu'ils vénèrent de toutes leurs forces, pour lequel ils sont capables de toutes les impostures, de toutes les vilenies, c'est l'argent !

 

Alors que devrait-on attendre de cette « quatrième république », dont on nous chante tant les vertus ? Rien ! Absolument rien qui ne soit déjà connu ! ! Le changement que prétend apporter Idriss Déby Itno avec sa « nouvelle république » est juste un nouvel habillage de la même politique qu'avant, comme l'a titré et résumé si justement N'Djaména-Hebdo, dans son édition du 7 au 13 mai dernier, en ces termes : « Une aube nouvelle avec les mêmes voleurs ! ».

 

 De la fameuse « quatrième république », sortie du chapeau du magicien Idriss Déby Itno, comme hier, ne bénéficieront que ceux qui, depuis des décennies, s’empiffrent, se gavent, s’engraissent grâce à l’exploitation des ressources tant humaines que naturelles du pays : notamment les trusts et multinationales, occidentaux, asiatiques ou autres, qui ont une mainmise sur l’économie, mais aussi leurs valets, la minorité de parasites locaux, nos propres privilégiés, - les hommes d’affaires, tels les fameux opérateurs économiques du MPS, devenus des millionnaires et des milliardaires grâce à la surfacturation, mais aussi les membres du gouvernement, les principaux responsables de l’administration, de l’armée, des grandes institutions, les députés, les maires, les dignitaires du parti au pouvoir, etc -,  tous profitant, d’une façon ou d’une autre, des miettes qui tombent de la table à manger de la bourgeoisie mondiale, comme l’illustre leur train de vie insolent dans l’un des pays les plus pauvres au monde !

 

Inversement, « la nouvelle république » ne changera rien non plus dans les conditions de vie des couches populaires. Pour celles-ci, comme par le passé, ce sera toujours l’exploitation, la pauvreté, la cherté de la vie, les bas salaires, le chômage, les maladies, les privations des droits élémentaires, les arrestations arbitraires, etc, qui sont les marques de la dictature actuelle !

 

L'actualité brûlante du pays étaye elle-même cette thèse et en fait une éclatante démonstration à travers deux événements majeurs survenus ces derniers jours. Il y a d'abord la nouvelle grève que les travailleurs de la fonction publique ont déclenchée le lundi 28 mai dernier. Elle a pour mobile le fait que, finalement, Idriss Déby Itno est revenu sur l'accord qu'il  avait été contraint de signer le 14 mars dernier avec la plate-forme revendicative, dont, par ailleurs, il s'était porté lui-même garant : au lieu de respecter le versement intégral des salaires à la fin du mois de mai et le remboursement des primes et des indemnités supprimées auparavant, comme il s'était engagé à le faire, reniant sa signature et sa propre parole, il a plutôt proposé aux organisations syndicales de continuer à faire des ponctions sur les salaires jusqu'au mois de décembre, sans rien d'autre en échange, de nature à améliorer un tant soit peu les conditions de vie de vie des travailleurs. Ce qui, à juste raison, a provoqué l'indignation de ces derniers et les a poussés à appeler à la grève actuelle afin de défendre leurs intérêts. Ensuite, il y a les récents événements de Doba, marqués par une tentative d'assassinat dont ont été victimes un avocat et ses clients de la part des forces de l'ordre locales. Cette forfaiture a, comme de juste, déclenché la colère du syndicat des avocats, qui a demandé au pouvoir de rappeler les principaux responsables administratifs et militaires de la zone et menace d'entrer aussi en grève si ses revendications ne sont pas prises en compte.

 

Ces faits démontrent  à souhait que, derrière la toge de « la quatrième république », dont le pouvoir vient de se draper, il y a surtout la froide réalité du fait qu'il s'agit du même Etat d'antan au service des riches, de la même dictature, qui n'a changé ni de nature, ni de politique !  C'est cela qui explique pourquoi, malgré le tintamarre sur « la nouvelle ère », « le changement de mentalité », au lieu de se tourner vers les coffres forts des trusts et des des bourgeois locaux, qu'il a vachement enrichis au cours de son long règne, c'est toujours dans les poches des pauvres, des travailleurs, qu'Idriss Déby Itno s'entête à chercher les moyens de satisfaire ses maîtres du FMI, qui lui exigent de faire une économie de 30 milliards sur les dépenses publiques ! C'est cela aussi qui, malgré tout le discours officiel sur la prétendue « aube nouvelle », jette, en effet, une lumière crue sur la signification profonde des derniers événements de Doba : aussi singuliers et géographiquement délimités que ces derniers soient, ils n'en sont pas moins le reflet de la situation générale du pays, qui continue toujours d'être placé sous le talon de fer de la même dictature imposée par le MPS depuis le 1er décembre 1990 !

 

Tel est donc, en réalité, le vrai visage de la fameuse « quatrième république » d'Idriss Déby Itno et ses partisans qui, malgré l'abondante publicité à moindre frais dont elle fait l'objet, a du mal à cacher aussi bien sa  nature profonde que ses principales caractéristiques, qui font qu'elle ressemble comme une jumelle à toutes les dictatures qui l'ont précédée !

 

                                               Ali Mohamed Abali Marangabi

                                               abali_icho@yahoo.fr