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Publié par Mak

LE PROBLÈME AU TCHAD  N'EST NI LA FORME DE L'ETAT,  NI SES INSTITUTIONS

LE PROBLEME N'EST NI LA FORME DE L'ETAT,

NI SES INSTITUTIONS,

MAIS LUI-MEME : SA NATURE PROFONDE, SA POLITIQUE,

LES INTERÊTS A LUI ASSIGNES, QU'IL DEFEND !          

 

            « Forum national » ou « dialogue inclusif » ? Telle était la question que beaucoup se posaient, se demandant si  Idriss Déby Itno allait accepter la proposition que lui avait faite le FONAC, le Front National pour le Changement, d’organiser ensemble les discussions sur l’Etat et d’autres problèmes dans un cadre élargi dénommé « dialogue inclusif ». Mais, finalement, comme il fallait s’y attendre, celui que ses partisans appellent « le président fondateur » a balayé d’un dédaigneux revers de la main l’offre à lui faite. Il a décidé d’organiser, à partir du lundi 19 mars dernier, son forum, avec les siens et une audience triée sur le volet, sans la participation des principales organisations de son opposition politique, ni celles de la société civile. Presque donc à huis clos, pourrait-on dire ! 

 

Mais, quel qu'en soit le cadre, il y a fort à parier que, de ce type d’initiative, il ne sortira rien de bon qui puisse changer de façon notable les conditions de vie des couches opprimées. Et pour cause !

 

D'abord, il y a, en effet, le fait que, depuis les années 80 jusqu'aujourd'hui, l'histoire politique du pays est jalonnée de rencontres de ce genre entre les différents éléments de la classe dirigeante sans que cela n'ait en rien modifié un tant soit peu le sort des masses populaires. Même la conférence nationale, considérée par certains comme la mère de toutes les discussions par excellence, n'a essentiellement servi qu'à une recomposition du paysage politique d'alors, d'où est née la dictature actuelle, qui ne se donne même plus la peine de se cacher derrière les oripeaux pseudo démocratiques dont elle s'est drapée des années durant! Pourquoi alors devrait-on croire qu’une autre discussion de ce genre, qui, de surcroît, se déroule sous la houlette exclusive du MPS, puisse produire un résultat contraire, prenant en compte les profondes aspirations des couches populaires aux libertés essentielles et à des conditions de vie dignes de notre époque?

 

            Ensuite,- c’est l’essentiel -, si les autres discussions antérieures n'ont résolu aucun des problèmes majeurs auxquels les couches populaires sont confrontées, c'est surtout parce que le vrai problème, justement, ce n’est pas la forme de l’Etat, ni ses institutions, mais lui-même !

 

Nos politiciens, tout bord confondu, veulent nous faire croire que l'Etat actuel, dont ils sont tous les fidèles serviteurs, présents, passés ou potentiels, serait un appareil en lévitation au-dessus des classes sociales, au service de tous les Tchadiens, sans distinction aucune, qu’ils soient riches ou pauvres. Mais, cela est un grossier mensonge ! En effet, dans l’histoire des hommes, l’Etat n’a pas toujours existé. Les sociétés primitives, où les hommes dépendaient de la nature, vivaient de chasse, de cueillette et de pêche, n’ont pas ressenti le besoin d’en avoir un sur de longues périodes historiques. L’Etat n’a émergé que longtemps plus tard, dans une période récente, à l’échelle de l’histoire : après la découverte de l’agriculture, la naissance de la propriété privée et la division de la société en classes, celle des oppresseurs, d’un côté, celle des opprimés, de l’autre. Mais, dès le début, il est apparu comme un instrument conçu pour maintenir la domination d’une classe sur une autre. C’est ainsi qu’on peut constater que, pendant la période esclavagiste, l’Etat était une machine organisée pour imposer la domination des maîtres sur les esclaves. Pendant la période féodale, il servait à imposer l’ordre des seigneurs féodaux et du clergé sur l’ensemble de la population constituée de serfs, d’artisans, de compagnons, de commerçants, etc. Quand la bourgeoisie a détruit le pouvoir de la féodalité, chassé définitivement celle-ci de la scène de l’histoire et jeté les bases du capitalisme, elle a, à son tour, imposé son Etat, un instrument destiné à défendre ses propres intérêts contre ceux de l’ensemble des masses opprimées, que sont les prolétaires et les paysans pauvres notamment. Voilà ce que nous enseigne l’évolution de l’histoire des hommes !

 

            C’est aussi cette même histoire qui nous apprend quelles sont les origines historiques de l’Etat actuel, quelle est sa nature profonde, quels sont les intérêts qu’il défend ! Le Tchad, en tant que pays, comme l’Etat sous la férule duquel il est placé, sont, en effet, issus du morcellement du continent africain, quand, à la fin du 19e siècle, la France et l'Angleterre notamment ont, en 1885, à la conférence de Berlin, mis à l'ordre du jour la colonisation de l’Afrique. Puissances économiques les plus fortes de l’époque, grâce à la traite des Nègres pratiquée trois siècles durant auparavant, avec une économie dynamique, dominée par des trusts et de gigantesques banques, le but recherché par ces deux pays était triple : trouver des débouchés pour les marchandises de leurs bourgeoisies, des matières premières pour leurs industries, des champs d'investissement pour leurs capitaux. Ainsi, en à peine vingt ans, comme le raconte si merveilleusement l'historien Joseph Kizerbo, dans son livre culte, Histoire de l'Afrique Noire, la France et l’Angleterre se sont partagé toute l'Afrique, en dehors de l'Ethiopie et du Libéria, s’offrant, au final, de véritables empires coloniaux. Elles n’ont laissé que des miettes à l'Allemagne, à la Belgique, à l'Espagne et au Portugal, pays impérialistes de seconde zone, qui s’étaient lancés aussi derrière elles pour avoir leur part dans cette vaste entreprise de rapine.

 

            C'est dans ce contexte de dépeçage du continent africain qu'est né le Tchad, construction artificielle, faite de toutes pièces, en fonction des intérêts du colonialisme français. C'est de là également que tire ses origines l'Etat actuel ! L'acte de naissance du pays est le 22 avril 1900. Placé d’abord sous un régime militaire, ce n'est qu'en 1938 que celui-ci a été mis sous l'autorité d'un gouverneur civil, Félix Eboué, un français d'origine guyanaise.

 

            Mais, quel que soit le régime en vigueur, militaire ou civil, l'ordre imposé était à tout point de vue dictatorial. Les populations autochtones n'y avaient aucun droit ! Pour gouverner, l'administration coloniale, qui symbolisait l'Etat de l'époque, s'appuyait sur les chefs traditionnels, ralliés à son système et réduits au rang d'agents subalternes de ce dernier. Certains de ceux-ci étaient même des pures créatures de l'Etat colonial. Devenus des larbins au service de ce dernier, les chefs avaient pour mission d'appliquer ses directives, servant ainsi de courroie de transmission entre lui et les populations : ils encadraient celles-ci, levaient les impôts, rendaient la justice, jouaient le rôle de délateurs et organisaient aussi les travaux forcés auxquels étaient astreintes les populations désignées par eux et utilisées comme une main d’oeuvre gratuite.

 

            Quoiqu’intégré dans l'empire colonial placé sous l'autorité de l'Etat français, comme dans la plupart des colonies, le régime en vigueur au Tchad reposait sur une division de la population entre colonisateurs et colonisés : il y avait, d'un côté, des citoyens français et, de l'autre, des sujets, appelés couramment indigènes. Constituant la majorité de la population, ceux-ci n'avaient aucun droit, mais, des devoirs. Tous les indigènes adultes devaient participer aux travaux forcés obligatoires. Pour aller d'un coin à un autre, ils devaient demander un laisser-passer, exactement comme en Afrique du sud sous l'apartheid. Ils n'avaient, évidemment, aucune liberté, ni de réunion, ni de presse, ni syndicale. Même la culture du coton, introduite en 1925, était imposée : c'était souvent sous la chicotte que les paysans étaient contraints de cultiver ce produit dont avait besoin l'industrie française, au détriment des cultures vivrières nécessaires à leur subsistance. Par bien d’aspects, l'Etat colonial en vigueur était donc dictatorial, mais aussi ségrégationniste, une sorte d'apartheid local qui refusait de dire son nom.

 

            Cette situation a duré jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, de 39-45, au cours de laquelle elle s’est même aggravée. Mais, quand a pris fin cette boucherie que les différentes puissances impérialistes avaient imposée au monde entier, juste pour le partage des marchés, a émergé un phénomène nouveau et puissant : la naissance du nationalisme des peuples colonisés et semi-colonisés, qui a ébranlé les empires coloniaux notamment, exprimant ainsi une colère profonde des populations contre leur sort d’opprimés, maltraités, méprisés, dominés dans leurs propres pays. Déclenché en Asie et au Moyen Orient, ce fort mouvement international de contestation et de révoltes, porté par le désir des colonisés de s'émanciper, a eu aussi de larges échos et de profondes répercussions sur le continent africain, sous forme de grèves, d’émeutes, de révoltes et d’insurrections : en Algérie, en 1945, à Madagascar, en 1947, au Cameroun avec l'UPC, l'Union des Populations du Cameroun, qui revendiquait déjà l'indépendance en 1948, etc... Dans tout le continent, les combats politiques d'alors s'accompagnaient généralement de grandes luttes sociales initiées et dirigées par des syndicats, comme, par exemple, la grève des cheminots du Dakar-Bamako en 1947, immortalisée par Sembène Ousmane dans son roman Les Bouts de Bois de Dieu. Souvent, les deux formes de luttes, politiques et syndicales, se combinaient, se nourrissaient les unes les autres. Ainsi beaucoup de dirigeants politiques sont-ils nés du mouvement syndical : Sékou Touré, en Guinée, Ruben Um Nyobé, au Cameroun, Houphouët Boigny, à la tête du syndicat des planteurs en Côte d'Ivoire, François Tombalbaye, au Tchad, Djibo Bakary, au Niger, etc...

 

            C'est ainsi que, pour désamorcer la colère populaire afin de continuer à avoir sa mainmise sur ses colonies, de 1945 à 1958, l'impérialisme français a initié un certain nombre de réformes dans ses territoires africains. Juste à la fin de la guerre, il a accepté la formation d'une  Assemblée constituante, avec un double collège, où n'étaient autorisés à voter que  « les notables évolués ». Par contre, des  élections, étaient exclus les paysans pauvres, les ouvriers, les femmes des milieux populaires et leurs enfants. L'indigénat a été aussi supprimé et remplacé par le code civil français : les « indigènes » sont devenus des citoyens de « Union française ». Le travail forcé a été aussi aboli, les libertés d'association, de réunion et d'expression, accordées. C'est dans ce contexte que sont nés les premières organisations politiques, symbolisés notamment par le RDA, le Rassemblement Démocratique Africain, créé en 1947, à Bamako, et ses différentes sections nationales, comme le PPT, le Parti Progressiste Tchadien. De nombreux syndicats libres aussi ont vu le jour. Le point culminant de toutes ces réformes a été la « loi-cadre », concoctée en 1956, par Gaston Defferre, alors à la tête du ministère de la France d’Outre-mer : elle a décidé d’instituer le suffrage universel, de mettre fin au double collège, de créer des exécutifs locaux, qui offriraient d’importantes responsabilités aux élites africaines.

 

            Le but de toutes ces réformes était d’associer de plus en plus les notables africains à la gestion des affaires pour, d’une part, endiguer la colère populaire, et, d’autre part, le moment venu, mettre à la tête des différentes colonies des valets locaux qui auraient pour rôle de continuer à défendre les intérêts de l’impérialisme français sous de nouvelles formes. Le Cameroun a été le laboratoire où la France a échafaudé et poussé cette politique jusqu’à ses ultimes conséquences : après avoir écarté l’UPC de la scène politique en le détruisant militairement, elle a hissé au pouvoir un pantin local, en la personne d’Ahmadou Ahidjo, à qui elle a fait porter les revendications du mouvement insurrectionnel -, la souveraineté nationale et la réunification du pays -, mais vidées de leur contenu nationaliste, dans la perspective d’une indépendance de façade, accordée le 1er janvier 1960, qui renforçait plutôt la mainmise de l’impérialisme français sur le pays dans tous les domaines, économiques, politiques, militaires, diplomatiques notamment ! Cette expérience a été, ensuite, généralisée et appliquée dans toutes les colonies françaises qui allaient accéder à l’indépendance, les unes après les autres, tout au long de l’année 1960, jetant ainsi les bases de ce qu’on appelle de nos jours « la françafrique ».

 

            Maillon important du dispositif colonial français en Afrique, le Tchad a, lui aussi, suivi la même trajectoire politique qui a, finalement, abouti à l’Etat actuel. En effet, dès la fin de la guerre, le pays a été également le berceau d’un nationalisme militant qui s’exprimait contre les aspects les plus répugnants de l’ordre colonial. Contrainte, ici aussi,  l’administration française a donc initié un certain nombre de réformes, comme la fin des travaux forcés, la liberté d’association, d’expression, de réunion, etc. De 1947 à 1952, ont été ainsi créés plusieurs partis politiques : le PPT RDA, le Parti Progressiste Tchadien, section locale du Rassemblement Démocratique Africain, l’UDT, l’Union des Démocrates Tchadiens, le PSI, Parti Socialiste Indépendant, l’AST, l’Action Socialiste Tchadienne, le MSA, le Mouvement Socialiste Africain, l’UNT, l’Union Nationale Tchadienne, etc. Des syndicats ont également vu le jour, de 1947 à 49, notamment dans le bâtiment, le commerce, chez les employés ou les gens de maison. En 1956, « la loi-cadre » de Gaston Defferre a également offert aux élites locales l’opportunité d’être associées à la gestion des affaires et intégrées dans l’ordre social en vigueur comme députés, maires, conseillers, fonctionnaires, cadres de l’armée, de la police, etc. De quelque bord qu’ils soient, tous ces notables aspiraient à offrir leur service pour être les larbins de l’impérialisme français, y compris le PPT RDA, suivant l’exemple d’Houphouët Boigny qui, en 1950, avait changé de veste et fait le choix de défendre les intérêts de la France coloniale : lors des élections de 1958, ils ont tous voté  « Oui » pour la communauté française. Seule l’UNT, une jeune organisation créée par Ibrahim Abatcha et Mamat Aba, a fait le choix contraire, en votant « Non ».

 

C’est ainsi que, à l’instar de ce qui s’était passé au Cameroun, le 11 août 1960, les dirigeants du PPT RDA, sous l’égide de François Tombalbaye, devenu premier président du pays, ont été portés au pouvoir  à la tête d’un Etat conçu par l’impérialisme français pour défendre ses intérêts et ceux de ses valets locaux. Ce choix n’était pas fortuit, cependant ! Avant la volteface Houphouët Boïgny, des années durant, le PPT RDA avait, en effet, mené un véritable combat contre les exactions et les abus de l’administration coloniale, comme, par exemple, les travaux forcés. Nombre de ses militants avaient été persécutés, emprisonnés. Aussi, ce combat avait-t-il  permis à cette organisation de gagner la sympathie des masses populaires sur toute l’étendue du territoire : à l’orée de l’indépendance, c’était le seul parti qui ait une véritable assise nationale, mais aussi des militants aguerris, formés dans les années antérieures des luttes anticolonialistes. Par conséquent, ce n’est pas surprenant que l’impérialisme français ait puisé, en son sein, les politiciens dont ils avaient besoin pour continuer à maintenir sa domination sur le pays, sous de nouvelles formes, dans le cadre d’une indépendance factice, parce que c’était la seule organisation capable d’assurer cet ordre-là.

 

Voilà donc comment est né l’Etat actuel : dès ses origines, c’est un instrument conçu par la France, qu’elle a ensuite légué à la classe dirigeante locale afin de continuer l’œuvre de domination et d’exploitation du pays, au profit de ses trusts, ceux de la bourgeoisie mondiale et de leurs différents larbins nationaux! Telle est donc sa nature profonde ! Telle est sa politique ! Tels sont les intérêts à lui assignés, qu’il défend ! C’est cela qui explique le fait que, de sa naissance jusqu’aujourd’hui, les masses populaires n’ont jamais participé aux différents changements opérés au sein de cet Etat. De Tombalbaye à Idriss Déby Itno, en passant par Maloum, Goukouni, Habré, c’est l’impérialisme français qui en a pris l’initiative, changeant, tels des pions sur un échiquier, les hommes et les régimes, en fonction de ses intérêts du moment. Mais, quels que soient ces changements et les larbins locaux chargés de les incarner, - civils, militaires, pseudo révolutionnaires, parti unique, multipartisme -, derrière eux, se terre toujours le même Etat, dont, au fil du temps, les métamorphoses n’ont pas altéré la nature profondément dictatoriale, comme on le voit de nos jours avec le règne du MPS.

 

Sous le règne de la bourgeoisie, lorsqu’on veut apprécier les rapports entre les populations d’un pays et les institutions en vigueur, ce qui compte, ce n’est pas tant la forme de l’Etat ou ses institutions que les intérêts de classe qu’il défend. En effet, l’Etat bourgeois peut prendre plusieurs formes : il peut être unitaire, comme en France, au Tchad, fédéral, comme aux Etats-Unis, au Nigéria, ou à caractère féodal, comme en Arabie saoudite ou au Maroc. Mais, quelle que soit la forme qu’il prend, il est partout un instrument au service de la bourgeoisie, de cette minorité de riches, tant nationale que mondiale, dont il défend les intérêts. C’est cela qui fait que, partout également, y compris dans les pays riches, cet Etat-là est une dictature pour les masses opprimées, car ni la voix, ni les intérêts de celles-ci ne sont pris en compte dans les sphères où se décident les choix essentiels qui conditionnent la vie de la cité.

 

C’est cela donc qui explique pourquoi, de Tombalbaye jusqu’aujourd’hui, c’est cet Etat qui, malgré les changements d’hommes et de régimes, est le principal organisateur de la société actuelle, un monde profondément inégalitaire, injuste, où une petite minorité de bourgeois, parasites, et les trusts, dont ils sont les valets locaux, exploitent, pillent, à ciel ouvert, les ressources tant humaines que naturelles du pays et condamnent l’écrasante majorité de la population à la misère, aux maladies, que l’on peut souvent soigner rien qu’avec de l’eau potable ! Voilà qui explique aussi pourquoi les responsables de l’administration de cet Etat, les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les chefs traditionnels, se comportent exactement comme les fameux « Dieux de brousse » de naguère sous l’ère coloniale, en vivant sur le dos des populations comme des sangsues, leur faisant subir divers abus et exactions, en toute impunité ! Voilà qui explique également pourquoi la justice de cet Etat est discriminatoire : elle protège les plus riches, les nantis, y compris les voleurs, que tout le monde connaît, dont même Idriss Déby Itno lui-même parle, mais elle est féroce envers les pauvres et leurs enfants, que l’on exhibe à la télévision comme un butin de guerre contre l’insécurité, même s’ils volent un pain tout simplement parce qu’ils ont faim !  Voilà qui explique, enfin, pourquoi, pour maintenir cet ordre inique, cet Etat est et a toujours été une horrible dictature, dont  l’armée -, formée initialement autour des tirailleurs ayant participé à la guerre d’Indochine ou de l’Algérie pour le compte de l’impérialisme français -, mais aussi la police et autres appareils de répression sont responsables des nombreux massacres, crimes, meurtres, assassinats, emprisonnements arbitraires, qui émaillent l’histoire politique du pays, comme, par exemple, les 40 000 morts perpétrés rien que sous le pouvoir d’Hissein Habré, sans oublier ceux commis sous les quinze ans de la dictature de Tombalbaye ou les bientôt vingt-huit ans de celle du MPS !

    

Tout cela démontre à suffisance que le forum actuel sur la forme de l’Etat et ses institutions  ressemble fort bien à une opération de diversion ! Ne posant pas la question des intérêts de classe que l’Etat défend, il a toutes les allures d’une habile manœuvre qui cherche à couvrir la dictature de nouvelles parures sans en changer la nature profonde. Par conséquent, les travailleurs et l’ensemble des opprimés ne devraient pas se laisser illusionner par ce qui s’y passe. Car, quels que soient les résolutions qui auront été prises et le toilettage dont l’Etat aura été l’objet, cela ne modifiera en rien sa nature profonde. Les riches continueront à piller, à s’enrichir de plus en plus.  Par contre, pour les masses populaires, ce sera toujours la misère, les maladies, les privations de toutes sortes et, au-dessus de tout cela, le talon de fer de la dictature ! Dans ces conditions, si celles-ci veulent accéder à de meilleures conditions de vie, dignes de notre époque, mais aussi aux libertés essentielles, elles n’ont pas d’autre choix que de se mobiliser, de se battre pour leurs propres intérêts, comme viennent de le faire les travailleurs en grève, qui ont obligé le pouvoir à reculer. Par ailleurs, le jour où les masses populaires auront l’ambition se débarrasser définitivement de l’exploitation, de la misère et de la dictature, elles devront agir comme l’a fait la bourgeoisie elle-même contre le pouvoir féodal, quand, révolutionnaire, elle voulait transformer le monde en fonction de ses intérêts : il leur faudra alors en finir avec cet Etat-là, détruire son armée, sa police, son administration, sa justice, exproprier les riches, dans le but d’imposer un pouvoir qui leur soit propre, fondé sur la mise en commun des richesses, la démocratie la plus large qui soit, avec autant de partis, de syndicats, d’associations qu’on voudra, dont le moteur ne sera plus la loi de l’argent, mais, la satisfaction des besoins collectifs de tous ! Car, telle est la logique implacable de l’évolution de l’histoire des hommes à l’ère de la domination du monde par le capitalisme.

                                                           Ali Mohamed Abali Marangabi