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Alerte Info: Tchad: dénommée marche du peuple pour exiger l'alternance au Tchad, plusieurs organisations de la société civile, des mouvements citoyens et partis politiques vont descendre dans la rue le 06-02-2021 en vue de protester contre le pouvoir actuel d'Idriss Deby //

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Publié par Mak

Interview avec Bertrand Solloh Ngandjei « nous proposons une Coalition de Salut Populaire (CSP), pour virer Idriss Deby du pouvoir au Tchad »

Depuis, une capitale africaine où il se trouve cela fait quelques mois aujourd’hui, l’activiste tchadien, Bertrand Solloh Ngandjei, rapporteur du mouvement citoyen, IYINA, suit avec une attention particulière les manifestations violentes qui agitent le pays.

en dépit des mauvais traitements qu’il a subis lors de son arrestation et sa détention pendant plusieurs semaines au secret en compagnie de Nadjo Kaina, Bertrand Solloh ne renonce pas à la lutte sociale pour faire partir le régime d’Idriss Deby qui est arrivé au bout du souffle et dont les Tchadiens n’en veulent plus. Il répond aux questions de makaila.fr dans une interview relative à la dégradation de la situation politique et la persistance de la crise sociale au Tchad.

 

Makaila.fr : bonjour Bertrand ! Vous suivez depuis l’étranger la crise sociale au Tchad. Quelle lecture faites-vous de la dégradation de la situation ?

Bertrand Solloh Ngandjei : Bonjour ! Permettez-moi tout d'abord de vous féliciter pour le travail énorme que vous faites pour informer nos concitoyens à travers votre blog.

Je suis vraiment au regret de constater la détérioration du climat social au Tchad. La loi criminelle de finance 2018 montre clairement la volonté du gouvernement de compromettre la paix sociale dans notre pays, sinon comment comprendre que les fonctionnaires ont payé le prix fort en renonçant à leurs primes et indemnités d'une part, et les étudiants qui ont vu aussi leurs bourses suspendues d'autres part. C'est comme si cela ne suffisait pas, il faut abattre les salaires, augmenter les prix de carburant, les frais d'inscription universitaires ce n’est pas normal.

Makaila.fr : comment qualifiez-vous la répression des manifestants par les forces de l’ordre ?

Bertrand Solloh Ngandjei : la répression des manifestants à mains nues par les forces de l'ordre, à mon avis, n'est pas étonnant. Vous comprendrez avec moi que nous n'avons pas les forces républicaines au service du peuple et de la nation mais une milice au service d'un homme et d'un système. Cela nous renvoie à une question profonde de la nécessité impérieuse de réformer un jour dans la profondeur nos forces de défense et de sécurité pour en faire un outil de préservation de la paix pour favoriser notre développement.

Makaila.fr : quel est votre sentiment face au refus des manifestations au Tchad par le régime d’Idriss Deby ?

Bertrand Solloh Ngandjei : les manifestations actuelles au Tchad n'est pas une surprise. C'est une preuve irréfutable de l'échec de gouvernance financière économique et humaine du Tchad par le régime actuel. Le peuple a besoin du pain, de la paix le tout dans la justice sociale. Si le gouvernement ne peut l'offrir, c'est son droit de revendiquer par les manifestations pacifiques son bien- être.

Makaila.fr : Selon vous pourquoi les organisateurs des marches pacifiques et des manifestations ne parviennent-ils pas à mobiliser la foule malgré la cause noble qu’ils défendent ?

Bertrand Solloh Ngandjei : vous savez, l'échec de la mobilisation populaire réside dans une guerre interminable de personnes. Le manque de coordination unique des énergies est nécessaire ce qui fait que les choses vont d'une manière très dispersée malgré la volonté de la population d’aller de l'avant. Mais pour ça, je suis optimiste, on va dépasser très bientôt ces ego stériles pour trouver une meilleure procédure de travail pour plus de résultats.

Makaila.fr :croyez-vous à la victoire de la rue tchadienne sur un régime militarisé qui bénéficie des soutiens multiformes à l’étranger ?

Bertrand Solloh Ngandjei : Je suis très optimiste sur cette question pour deux raisons. Premièrement, ce régime militarisé n'est pas habitué à l'exercice de manifestation pacifique et va utiliser les moyens excessifs de violence et va causer sa perte. Deuxièmement, quand la frustration atteint son paroxysme, aucune politique de répression ne vaille et aujourd'hui, au Tchad, la frustration est à son comble. Le gouvernement est plus que jamais isolé. Le peuple se considère en otage et cherche par tous les moyens à se libérer et va se libérer par la rue bien sûr.

Makaila.fr : comment interprétez-vous la guerre de leadership qui mine la société civile et l’opposition au Tchad ?

Bertrand Solloh Ngandjei : La guerre de leadership d'aujourd'hui c'est vrai, elle est déplorable. Dans la société civile, malheureusement, les organisations, les personnes pensent qu'elles seules sont crédibles et peuvent sortir le pays de l'ornière chose impossible à l'image des défis actuels. Les hommes politiques entre eux, c'est encore grave, nous assistons à une guerre de génération et de positionnement Tacite. Malgré ça, le courant ne passe pas très bien entre les hommes politiques de l'opposition et la société civile hors il faut absolument que tout le monde revienne sur terre dans humilité spectaculaire pour mettre en avant l'intérêt supérieur de la nation. La bonne nouvelle est que tout est encore possible et faisable vu les défis actuels. Ils ont intérêt pour éviter une situation de non chef car à un moment donné, le peuple pourra décider de n'écouter personne et ça sera dommage.

Makaila.fr : selon vous comment réconcilier les différentes positions des uns et des autres qui luttent pour un même but : virer Idriss DEBY du pouvoir au Tchad ?

Bertrand Solloh Ngandjei : Pour la réconciliation, nous avons un plan simple qui a, d'ailleurs, marché dans d'autres pays africains. Dans la société civile, il faut mettre sur pied une coordination générale de la société civile Tchadienne avec une coordination rotative à chaque deux semaines ou un mois, cela dépend des personnes intéressées. Ça veut dire quoi, toutes les structures se regroupent dans une Coalition de Salut Populaire (CSP) et disent que ce mois, ou ces deux semaines, le chef, c'est la CTDDH, le mois prochain ou les deux semaines prochaines, c'est l'UST, en suite IYINA, trop c'est trop..... Cela va faire en sorte que la situation de leadership trouve solution par ce que tout le monde va être chef à une période. Il y aura ni perdant, ni gagnant. Le seul gagnant, sera le peuple.

Makaila.fr : comment voyez-vous le silence de la France, de l’Union européenne et de l’Union africaine face au drame tchadien ?

Bertrand Solloh Ngandjei : Je commence par l'Union Africaine, personnellement, je n'attends pas grand-chose d'elle. C'est un syndicat des chefs d'États prêt à tout pour se soutenir donc le silence actuel de l'UA n'est pas étonnant. Rares sont les chefs d'États Africains qui ont le courage de parler dans des situations pareilles. Et n'oubliez pas que la présidence de la commission de l'UA est assurée par le Tchad. La France quant à elle, a les mains liées systématiquement. La guerre contre le terrorisme dans le sahel et en Afrique, c'est le président Deby le commandant en chef donc la France est dans une situation complexe entre le respect des droits de l'homme et la guerre contre le terrorisme c'est qui est sur, elle ne pourra pas empêcher une volonté populaire Tchadienne. L'UE, fait des progrès quand même.

Makaila.fr : selon vous quelle sera l’issue de la crise actuelle au Tchad ?


Bertrand Solloh Ngandjei : nous nous dirigeons inéluctablement vers un changement politique. Le système actuel n'a plus rien à proposer au peuple donc ce qui nous reste c'est l'imagination de l'avenir.

Makaila.fr : quel est votre dernier mot à la jeunesse tchadienne qui attend impatiemment le changement intervenir ?

Bertrand Solloh Ngandjei : Mon mot de fin, c'est il faut que les jeunes pensent à la préservation de la paix et du vivre ensemble. Il y a des gens qui pensent aujourd'hui que les zakawa sont les seules responsables de la situation actuelle mais c'est faux. Les Tchadiens de tous bords ont contribué à la gestion catastrophique du pays donc aucune communauté ne doit être taxée de responsable. Nous sommes tous coupable et nous devons tous assumer en refondant un ordre politique nouvel où seul la justice doit être notre guide. Nous ne devons pas avoir une attitude de règlement de compte cela pourrait compromettre la paix dans notre pays. Je lance un appel à tous les jeunes de se mobiliser pour le salut de notre pays.

Propos recueillis par Makaila Nguebla