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Alerte Info: Tchad: dénommée marche du peuple pour exiger l'alternance au Tchad, plusieurs organisations de la société civile, des mouvements citoyens et partis politiques vont descendre dans la rue le 06-02-2021 en vue de protester contre le pouvoir actuel d'Idriss Deby //

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Publié par Mak

Depuis hier jeudi 11 janvier 2018 une lettre ouverte adressée au docteur Ali Abdrahman Haggar via la page Facebook de Free Babouri signée par une certaine Alima qui use d’un ton familier enfreint de respect et d’une sincérité amicale. L’expression finale « Ta sœur Alima » est la preuve qu’elle connaît bien l’ancien militant de Tchad Non-Violence, reconverti en homme politique. Elle ne passe pas par quatre chemins pour lui dire les choses calmement et sans détour quitte à mettre les doigts sur certaines réalités gênantes pour le régime auquel il est très proche : « excuse-moi de t'égratigner un peu en public en ce début d'année, mais quand je pense aux enfants

de Babouri, mon cœur tressaille. De toutes les façons ai-je le choix pour un autre canal ? ».

Alima s’adresse au docteur Ali Abdrahman Haggar en ce terme : « Cher Docteur, je n’ai pas voulu prendre la plume en fin d’année pour t’écrire, parce qu’il s’agissait d’une période festive où il fallait aux uns et aux autres de célébrer toutes les bénédictions reçues durant l’année. Et puis, après, j'ai eu quelques ennuis de santé, l'âge commençant à peser sur mes vieux os. Mais je t’avoue que l’envie y était après l’interpellation de nos jeunes frères qui ont lancé une action humanitaire en faveur des enfants de Babouri, incarcéré depuis plus de 15 mois. Et justement, j’aimerais m’entretenir avec toi au sujet de Babouri. D’abord, j’aimerais te demander si tu es Baministe. J’imagine non. Mais étant donné ta place dans le système MPS, j’aimerais t’interpeller au nom de tous ces Baministes pour le cas de Babouri. J’aimerais t’interpeller pour le rôle de trait d’union que tu joues à merveille. Les jeunes m’ont énormément surpris quand ils ont révélé que Babouri fait partie des Baministes. Qu’il en était l’un des plus jeunes. Bien que la plupart des Baministes sont six pieds sous terre, soit de mort naturelle, soit de suite d’assassinat, l’arrestation de Babouri pour sa liberté d’expression m’interpelle. Quand le MPS rentrait au Tchad, les gens de mon milieu nous ont fait savoir que ces vaillants combattants de la liberté venaient pour nous libérer, pour nous apporter la démocratie. Nous qui avions subis toutes les affres de toutes les rebellions étions sorties avec des youyous pour les accueillir. Il se peut que j’aie pue amener l’eau et un peu de pain à Babouri et essuyer sueur et poussière de son front. Mais je ne savais pas qu’il allait être incarcéré par ce même système pour la liberté pour laquelle il a failli donner sa vie ».

En tant que citoyenne tchadienne libre d’esprit, Alima ne supporte plus les dérives du pouvoir MPS, et déclare : « Il parait que Deby négocie sa liberté contre son silence. Comment comprendre que quelqu’un qui a donné sa vie pour la liberté pour tous puisse compromettre cette liberté pour tous pour un peu de sa liberté   personnelle ? Toi qui es un leader d’opinion parmi les plus connu du pays, comment tu comprends cela ? Toi qui apparait aux yeux de certains comme une des têtes pensantes du système, toi qui a une certaine proximité avec Babouri, comment tu interprète cela ? Quel message le système est-il en train de véhiculer auprès du peuple Tchadien ? C’est vrai qu’il y a eu de nombreuses arrestations et assassinats à caractère politique au Tchad, et ceci, dans tous les milieux. Mais, le caractère arbitraire de cette arrestation, ainsi que la fermeté manifestée par le Gouvernement malgré la médiatisation de ce cas laisse interrogateur. En tout cas, moi, je suis soucieuse. Cette liberté amenée par le MPS est-elle véritablement de façade ? Si les autres Tchadiens se battent pour la conquérir, est-elle interdite aux Baministes, au cercle du pouvoir ? Y a-t-il une ligne de conduite au sein du système ? Es-tu, toi-même réduit au silence ou condamné à rester dans le silence ? je veux dire, ta présence au MPS est-elle le libre choix de ta conscience ou bien un soutien familial ou encore une imposition du système ? Dans ce cas, quelle est l’issue finale du dossier Babouri ? La mort ? La perpétuité ? La libération après une période de punition aux frais de l’Etat ? Le système peut-il rassurer les autres Tchadiens en exhibant la preuve de vie de Babouri ? » Elle n’est pas dupe, cette Alina. Elle s’adresse à un Zaghawa à la personne d’Ali Abdrahman Haggar, parent à un autre Zaghawa qui est Idriss Deby Itno et la plus étonnante des choses, elle plaide le sort d’un journaliste tchadien qui porte un nom avoisinant aux noms les plus donnés par les Zaghawas.

On ne cessera jamais de rappeler qu’elle connait parfaitement Ali Abdrahman Haggar. Pourtant, elle utilise un ton dur avec une certaine façon que même les enfants apprécient : « Que diras-tu aux enfants de Babouri aujourd’hui ? Que pourrais-tu leur dire si tu les rencontres demain, sous un autre régime ? Quelle image voudrais-tu que les enfants du système gardent de toi ? Que les autres enfants du Tchad gardent de toi ? En tout cas, le système, le clan dirais-je, ne rassure pas quant à la volonté de vivre en harmonie avec le reste du peuple, de faire l’effort d’avancer, d’approfondir la démocratie, de partager le sort réservé aux Tchadiens. Il semble à nous autres, qu’il y ait une certaine inertie, un devoir de solidarité qui pèse sur chaque fils du clan. Le clan semble s’exclure du reste du peuple…En effet, comment comprendre que les leaders du système gardent un silence assourdissant lorsque certains événements, attribués à tort ou à raison au clan, se produisent ? Comment comprendre qu’il n’y ait jamais eu dénonciation des actes de barbaries perpétrées par certains énergumènes au nom du clan : tueries de NGueli, assassinat des prisonniers sur la route de Koro Toro, etc. Ces actes, qui ont créés de l’émoi au sein de la population, qui, du coup, développe un sentiment antipathique vis-à-vis du clan, n’a, il me semble, provoqué aucune réaction de désapprobation de la part des responsables traditionnels et leaders éclairés comme vous.

La dernière vidéo du jeune du milieu appelant le peuple à retourner à l’agriculture parce que « le pétrole appartient aux Zagawa» n’a là aussi provoqué aucun émoi auprès de sa communauté. Quelles réactions Les photos des jeunes exhibant armes et fortunes provoquent-elles auprès de leurs parents ? La question que se posent les Tchadiens alors est de savoir si l’élite intellectuelle soutient ces dérives qui font craindre le pire pour le peuple Tchadien ? Les Babouri sont-ils condamnés parce qu’ils souhaitent le meilleur pour le Tchad ? ».En conclusion Alima s’interroge : « Le régime est-il finalement une secte dans lequel on est né, où on est condamné à rester au risque de périr ? Quelle nation tchadienne l’élite du clan promeut lorsque l’élite n’est pas en mesure de jouer son rôle dans son milieu ? N’est pas en mesure d’imposer un débat pour favoriser la liberté d’expression dans son propre milieu ? Comment vous croire cher Docteur, si vous ne commencez pas à jouer votre rôle dans votre propre milieu ? Notre vœu, notre devoir dirais-je, à nous autres Tchadiens, est de faire que nos enfants vivent dans un Tchad de brassage, d’unité, un Tchad où les Tchadiens, tous ensembles, contribuent à la meilleure gouvernance des ressources communes. Ce Tchad exige que Babouri soit en liberté ».

Ahmat Zéïdane Bichara/ Moussa T. Yowanga