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Publié par Mak

Le Tchad fragilisé suite à l'échec des négociations avec Glencore sur la dette

Dette  :  l'échec des négociations avec Glencore fragilise le Tchad

Rien ne va plus entre l'un des pays les plus pauvres du monde et l'un de ses principaux créanciers, le suisse Glencore, leader mondial du négoce des matières premières. La négociation sur la restructuration d'une dette de 1 milliard de dollars a échoué faisant courir le risque d'un défaut de paiement.

Après cinq mois, les négociations entre le Tchad et la société suisse Glencore sont dans l'impasse. Le pays, l'un des plus pauvres de la planète, a rejeté la dernière proposition du numéro un mondial de négoce de matières premières et d'un consortium de banques parmi lesquelles Natixis, Société Générale, Citigroup, ING et Deutsche Bank pour restructurer une dette qui s'élève à 1 milliard de dollars.

Prêts gagés sur le pétrole

Glencore, qui depuis 2013 accorde des prêts gagés sur le pétrole produit par le Tchad, proposait, selon les informations de l'agence Bloomberg, d'étaler les remboursements de 5 ans à 8 ans, en incluant un délai de grâce en 2018 et des facilités de paiement pour 2019. Le Tchad, conseillé par la Banque Rotschild & Cie, réclamait un délai de grâce plus important, une extension plus large des maturités, et une révision à la baisse des taux d'intérêt.

La maison de négoce suisse accuse le Tchad de « violation flagrante » des accords et met en cause «  la façon dont ses conseillers mènent les négociations », selon le contenu d'une lettre que l'agence Bloomberg a pu consulter. Une situation qui ne va pas s'arranger, le président Idriss Deby vient de limoger son ministre des Finances Christian Diguimbaye, qui conduisait à Paris les négociations avec les créanciers. Ce dernier considérait le « rééchelonnement de la dette » comme « une absolue nécessité ».

La mise en garde du FMI

Il n'est pas le seul. En août dernier, le FMI avait plaidé en faveur d'une telle restructuration. Dans un rapport, l'institution internationale mettait en garde sur la difficulté qu'aurait le pays africain à pouvoir emprunter sans cette opération.

Cette restructuration de la dette est vitale pour le pays - ce serait la deuxième en moins de deux ans - pour éviter une crise financière imminente. Jusqu'à maintenant le Tchad a réussi à honorer ses engagements mais il consacre de plus en plus de cargaisons de pétrole au remboursement de cette dette.

Selon le FMI, le Tchad a dédié en 2016 la majeure partie de ses revenus pétroliers au remboursement des emprunts contractés auprès de Glencore. Sur les 271 millions de dollars de revenus pétroliers, le service de la dette coûte 231 millions de dollars, laissant 40 millions de dollars dans les caisses du Trésor public du pays. Et ce coût devrait encore grimper avec l'expiration du délai de grâce sur la majorité de la dette.

Hausse des cours du pétrole

Quant à la décision du Tchad de rejeter la proposition de Glencore, elle est en partie motivée par l'évolution des cours du pétrole brut. Depuis quelques mois, ils sont passés de 40 dollars le baril à plus de 60 dollars aujourd'hui sur le marché international. Cette appréciation pourrait se poursuivre, soutenue par un accord de maîtrise de l'offre des producteurs, en particulier l'Opep, et d'une reprise de la croissance économique mondiale qui favorise la demande pétrolière. Et le Tchad entend bien en profiter. Certes, la production pétrolière du pays est modeste, 73.000 barils par jour en 2016, selon le BP Statistical Review, soit à peine plus que la production de la Tunisie. Mais les exportations d'or noir sont une part essentielle des revenus de l'Etat qui s'est réduite avec la baisse des prix (- 45% depuis leurs plus hauts niveaux atteints en 2013). Ainsi, ces exportations représentaient moins d'un tiers des recettes en 2016 contre près de la moitié en 2014. Obtenir un meilleur accord avec Glencore permettrait de mieux tirer profit de l'appréciation des cours.

Un arrangement mis en place en 2013

Cette situation critique entre le Tchad et Glencore ne date pas d'aujourd'hui. Même si le président Idriss Déby dénonce aujourd'hui le deal « prêt gagé sur le pétrole », c'est bien lui et son clan familial qui avaient accepté en 2013 un tel arrangement.

Cette relation entre le président, la compagnie nationale, la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) et Glencore a d'ailleurs fait l'objet de la publication en juin dernier d'un rapport critique très détaillé de l'ONG suisse Swissaid qui dénonçait notamment «le manque de transparence dans le négoce de pétrole entre Glencore et le gouvernement corrompu de ce pays d'Afrique centrale [qui] empêche la population de bénéficier des richesses des ressources naturelles de son pays» .

Source: https://www.latribune.fr/economie/international/dette-l-echec-des-negociations-avec-glencore-fragilise-le-tchad-759787.html