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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Droit de réponse de Senior Mbary à l’article intitulé 11 aout 1960 – 11 aout 2014 : Ngarta, réveille-toi, ils sont devenus nuls !

Je viens de lire sur la toile de Mr Evariste Djeteke, l’article titré ci-dessus mais dont l’auteur n’a pas jugé utile de le signer. Peu importe l’identité de l’auteur, c’est son contenu qui nous intéresse et qui a suscité ces quelques lignes d’analyse et de commentaires que nous voulons partager avec les lecteurs du Blog de Makaila.

Honnêtement, j’ai apprécié l’article parce qu’il relate une part de ce je crois être aussi vrai : les réalisations du régime de feu président, en termes de création des unités industrielles, l’initiative pour la recherche du pétrole alors que la France déclarait le sous-sol tchadien pauvre, la bonne gestion et le respect de la chose publique, la justice dans l’accès à des bourses, etc. Les résultats positifs du régime de Ngarta relevés par l’article ont été obtenus, pour la plupart dans les 10 premières années de son régime.

C’est aussi vrai, à mon avis, lorsqu’il relève que le régime de Deby excelle dans la culture de la médiocrité qui a atteint le summum. Entre le régime de Ngarta et celui de Deby, en matière de bonne gestion et du respect de la chose publique, par exemple, c’est le jour et la nuit.

Mais ce qui choque et qui a suscité ma réaction, c’est le fait que l’auteur de l’article semble minimiser les erreurs de Mr Ngarta Tombalmbaye, erreurs qui nous ont amené dans cette situation aujourd’hui. Je crois l’avoir dit déjà dans un de mes précédents articles et c’est important de les rappeler.

L’erreur est humaine, dit-on souvent mais il y a des erreurs à ne pas commettre parce qu’elles coutent très chères. Mr Ngarta en commis trois dont les effets dévastateurs continuent toujours. Quelles sont donc ces erreurs ?


La première est l’interdiction d’avoir des partis politiques de l’opposition

Les premières violences politiques ont éclaté en 1963 à N’Djaména, soit trois ans seulement après l’indépendance en 1960 et juste un an après la prise du pouvoir de Mr Ngarta en tant le premier président de la République du Tchad. Ces violences ont cristallisé le mécontentement et semé les germes de l’instabilité qui s’est installé au Tchad jusqu’à présent marqué, par des rebellions à répétition et qui sont devenues notre sport favori.

Je demeure convaincu que si Ngarta avait très tôt laissé jouer le jeu démocratique, le Tchad ne sera pas ce qu’il est aujourd’hui et probablement cette bande de prédateurs et de criminels n’arriverait jamais au pouvoir, même si les deux pays voisins que sont le Soudan et la Lybie ont joué des rôles très nocifs dans l’histoire politique du Tchad.

La seconde erreur est le résultat de la première : le refus de l’alternance au pouvoir.

En instaurant le parti unique, qui était pratiquement à la mode à l’époque dans les ex-colonies françaises, excepté quelques pays comme le Sénégal et la Haute Volta devenue le Burkina avec la Révolution de Thomas Sankara, l’ancien président tchadien tenait à rester le seul maitre du Tchad. Comme le fait l’actuel président tchadien, c’est toujours lui et encore et encore lui qui est candidat de son parti aux élections où il n’y avait d’ailleurs pas d’opposition ni de contestation. De cette manière, il restait donc éternellement au pouvoir. En considérant qu’il dirigeait déjà le Tchad avant l’indépendant, Mr Ngarta a totalisé plus de quinze ans de pouvoir sans partage et ce qui devait arriver arriva : l’usure du pouvoir et c’est la troisième erreur.

La troisième erreur : l’usure du pouvoir

Le président Obama a récemment critiqué les dirigeants africains qui sont restés longtemps au pouvoir, en disant que dans ces conditions, ils manquaient d’idées nouvelles pour leur pays. Les présidents congolais burkinabè et congolais, qui tenaient à mourir au pouvoir afin d’éviter des poursuites judiciaires pour leurs nombreux assassinats et crimes, ont répondu en se justifiant, évoquant tantôt l’exemple de la Chancelière Allemande, tantôt la spécificité de chaque pays.

La réalité est que le pouvoir use réellement. A un certain moment, c’est souvent l’entourage qui dirige à travers des personnalités douteuses et des milieux mafieux qui tiennent coute que coute à conserver les avantages considérés comme un acquis qu’il faudrait à tout prix protéger.

Mais le système mis en place finit toujours par s’essouffler et les plus intelligents et les plus avertis quittent la barque à temps, en organisant l’alternance ou en laissant la place à un autre au sein de leur parti.

Lorsque le président Ngarta manquait de ressources (intellectuelle et politique), il a choisi le raccourci en imitant le président zaïrois, Mr Mobutu, par la révolution culturelle, le fameux MNRCS (Mouvement national pour la révolution culturelle et sociale). Tous ceux qui s’opposaient à cette révolution étaient considérés comme des gens à abattre. Les chrétiens du Moyen Chari et du Logone Orientale ont payé de leur vie. A Doba, le maire de l’époque a profité de cette révolution culturelle pour régler ses comptes avec la famille Dangmbaye. Après le coup d’état de 1975, il n’est jamais reparti à Doba jusqu’à sa mort à N’Djaména il y a moins de 10 ans.

Voilà ce que les trois erreurs de l’ancien président tchadien ont donné : instabilité chronique du pays, arrivée au pouvoir des prédateurs et sanguinaire sans foi ni loi érigeant le clanisme, la corruption et l’injustice en un système de pourvoir, la pauvreté généralisée et au finish, le retard économique et sociale du pays malgré d’immenses ressources générées par l’exploitation du pouvoir. Tous les indicateurs sociaux-économiques très mauvais en sont les témoins poignants.

Le drame aussi est que Deby est sur les mêmes traces que Ngarta en commettant les mêmes erreurs, oubliant qu’il prépare ainsi le Tchad à l’explosion qui sera inévitable à court, moyen ou à long termes parce que le système est à bout de souffle.

Finalement, tout porte à croire les que dirigeants africains ne tirent jamais les leçons de l’histoire, il faut que qu’ils soient mis à l’écart du pouvoir, de façon violente ou non, pour qu’ils se rendent compte de leurs erreurs.

11/08/14

Senior Mbaryoo