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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Younousmi, le complice

 

Il y a peu son nom était dans tous les esprits, sur toutes les lèvres dans les allées du pouvoir à N’Djamena . C’était l’époque où Adoum Younousmi (AY) était le pilier de la gouvernance du président tchadien Deby Itno. Depuis son éviction du gouvernement, on entend peu parler de lui. Qui est Younousmi? Que devient-il? Comment a t-il géré son puissant ministère des Infrastructures de temps de sa splendeur? Pourquoi a t-il été écarté? Reviendra t-il un jour? Enquête.

 

Né en 1962 à Fada, deuxième ville du grand désert tchadien, Adoum Younousmi (AY) est un enfant du désert.  On a tendance à oublier qu’en 2007, il a été pour 3 jours, Premier ministre par intérim suite à la mort de Pascal Yoadimnadji. Dans le gouvernement Yaodimnadji, il était déjà ministre d’État, ministre des Infrastructures depuis août 2005. Avant cette responsabilité, AY était ministre des Travaux publics et des Transports. De 2000 à 2003, cet ingénieur en Génie Civil formé à l’École nationale d’ingénieurs de Bamako, au Mali, a été représentant de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne (ASECNA) au Tchad. Il a aussi assumé la responsabilité de chef de subdivision du service Infrastructures génie civil, toujours à l’Asecna. Ensuite, il a été directeur général de la Société nationale d’entretien routier (SNER), une entreprise appartenant au frère du président. Et enfin, directeur du Génie routier tchadien. Coopté par le président Deby Itno grâce à l’entourage de l’ex-première dame Wazouna, il est très vite devenu une étoile montante. « Il était le chouchou, le complice du président», dit un ex-conseiller à la présidence.

Au puissant Ministère des Infrastructures, il restera presque 8 ans. Trop longtemps à tel point que ce département a fini par être presque son cabinet personnel. « C’est ce qui explique cette aberration: l’attribution des gros contrats de marchés publics de gré à gré. Une pratique qui n’existe qu’au Tchad», dit un haut cadre du ministère. Cette pratique, dit-on, se faisait sur le coin de la table avec l’approbation de la présidence. Sans appel d’offres ou très peu. Les détracteurs de AY disent qu’il s’est enrichi. « Il a beaucoup investit au Niger et au Mali», dit l’un d’eux. Sa toute puissance débordait le cadre de son ministère tellement que tout le monde a fini par croire qu’il était indéboulonnable de ce poste. « C’était en partie vrai mais un peu exagéré», dit un membre du gouvernement. Selon plusieurs observateurs, l’ex-ministre tirait sa puissance de la combinaison de 2 faits: un, subitement le Tchad s’est retrouvé avec beaucoup de liquidité grâce aux revenus pétroliers. Deux, le pays s’est engagé dans des grands travaux d’infrastructures. « Effectivement, l’argent du pétrole et l’obsession du président a doté le Tchad, même au prix d’infrastructures mal faites ou mal négociées, ont d’emblée donné à AY une importance démesurée», souligne un proche du président. Ceux qui ont eu a collaboré avec lui, disent qu’il est intelligent et travailleur. « Oui AY est un homme intelligent mais il a mis cette intelligence au service d’un régime pas intelligent», affirme un membre de la Société Civile.  Il rajoute comme preuve, « regardez tous ses éléphants blancs, c’est de l’argent gaspillé. Les hôpitaux sans médecins, les routes sans ingénieurs etc. Rien ou très peu a été alloué à la formation des jeunes tchadiens. Ce n’est pas le béton qui fait un pays. Il peut y contribuer mais ce sont les ressources humaines qui font un pays.», dit notre interlocuteur, furieux. Pour plusieurs acteurs publics, l’ancien ministre a géré le ministère des Infrastructures avec autisme. Il n’écoutait et n’exécutait que ce que le président Deby Itno voulait. Il ne faisait rien pour raisonner son chef. Certains projets routiers relevaient du fantasme du président. Il sont exécutés sans aucune planification. Un membre du gouvernement raconte au Miroir cette anecdote: « Un jour on se rend pour inaugurer un tronçon d’une route reliant 2 villes. A la fin de la cérémonie, le président demande: pourquoi la route s’arrête ici. Et il rajoute, séance tenante,…continuez les travaux pour relier la ville suivante. Ce qui n’était pas prévu au départ. Et on l’a fait sans broncher».

D’après plusieurs spécialistes cette propension à improviser des nouvelles infrastructures avec des délais irréalistes a engendré des coûts faramineux. Et a décuplé le phénomène de surfacturation. A notre question: qui est responsables. « Évidemment, c’est Mr Younousmi. Parce que c’est une question de responsabilité ministérielle. Cela ne se passe pas au ministère des Eaux et Forêts à ce que je sache», dit un chef de parti.  Cette carte blanche de la présidence a suscité beaucoup d’animosité du clan du président à son égard. Il se sentait tellement puissant qu’il froissait sciemment ou inconsciemment ses Premiers Ministres. C’est ce qui c’était passé avec l’ex Premier ministre Youssouf Saleh Abbas (YSA). Vers la fin du mandat de ce dernier, les deux hommes se parlaient à peine. D’ailleurs, c’est l’importance stratégique de ce ministère qui a poussé le clan du président a réclamé la tête de AY. Le ministère des infrastructures était taillé sur mesure pour lui.  C’était un pot pourri qui regroupait bien plus que les infrastructures et les transports. Personne ne comprenait ni les contours ni les prérogatives des « infrastructures ». L’ex-ministre faisait son travail avec un jouissif excès de zèle sans respecter les procédures. Cette attitude poussée à son paroxysme offensait aussi bien ses collègues ministres que les partenaires internationaux du Tchad comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) « sa complicité avec la présidence a engendré chez-lui une arrogance insolente», dit un ex-ministre.

 

Selon nos sources, le clan du président a fini par obtenir le départ de AY du gouvernement. Il a été remplacé par un des leurs. Si on s’en tient aux règles, c’est dans la normalité des choses qu’un ministre ne fasse plus partie, à un moment donné, du gouvernement. Mais pour les observateurs de la scène politique tchadienne, il ne faut pas exclure la thèse selon laquelle le clan a exigé et obtenu son départ. « Vous remarquerez que c’est le neveu du président qui a remplacé AY à ce poste. Donc la thèse selon laquelle, le clan a réclamé la tête de AY est probablement vrai», dit un observateur. Pour arrondir les choses, le ministère a été partagé entre les deux neveux et le fils du président. Les Infrastructures à l’un. Les Transports à l’autre. Et les Grands travaux rattaché à la présidence et dirigé par le fils. Ce partage clano-familiale a créé un problème au président. Les deux neveux ne cessent de se tirailler l’un empiétant sur les prérogatives de l’autre. Le tout dans une fratricide animosité. Au moment de publier cet article le ministre des Infrastructures vient d’être limogé par décret.

 

Nullement surpris par son éviction du gouvernement, les proches de l’ex-puissant ministre disent qu’il était, au début, soulagé. « Adoum était très content de partir. Il avait d’autres projets à accomplir. D’autres défis à relever», affirme un proche collaborateur. Selon ce dernier l’ex-ministre s’est octroyé quelques temps de repos et de réflexion. Par la suite, il a demandé et obtenu une audience avec le président. Lors de cette rencontre, il a signifié au président son désir de s’expatrier à Paris, en France, où il est sollicité pour un poste à l’Asecna. Il a aussi profité pour remercier le président. L’entretien a été fraternel. Le président lui a signifié sa satisfaction pour le travail accompli et lui a souhaité bonne chance. Il l’a également assuré de son soutien. Fin de l’entretien.

 

Selon nos sources, quelques jours plus tard, AY reçoit la visite des émissaires mandatés par le président. Ils ont une mission: lui retirer ses passeports (diplomatique, de service et de simple citoyen). Entre temps, l’affaire du ministre de la Moralisation et de l’Assainissement, Amadaye Al Hassane, ami d’abord et rival par la suite, de l’ancien ministre a éclaté (on reviendra dans nos prochaines enquêtes sur les dessous de cette affaire). Plusieurs proches affirment que AY a senti le piège se refermer doucement autour de lui. Sinon comment expliquer le retrait de ses passeports? « C’est une mise en résidence qui ne dit pas son nom», peste un ami. Un autre relativise « non, c’est une simple traversée du désert ». Certains disent que AY attend. Il est convaincu de son retour aux affaires. « Il est incontournable. Il a tellement a des secrets d’État entre les mains que le président n’aura pas le choix que de le ramener», dit un proche. Déjà, les pronostics l’envoient comme prochain Secrétaire Général à la Présidence. Ceux qui l’ont rencontré dernièrement disent qu’il se fait discret. Qu’il a le moral haut. Plusieurs personnes s’attendaient à se qu’il s’implique davantage à la Fédération tchadienne de football (il est un membre éminent), son autre passion. Même sur cette scène, il se fait rare. Certains le dise déprimé. D’autres affirment qu’il digère mal sa solitude. Chose sûre, il parle peu. Et lorsqu’il le fait, il lâche souvent cette phrase lapidaire « il n’y a pas de volonté politique dans ce pays».

 

 

Bello Bakary Mana
Abdramane Ousmane Ouchar

 

Source: http://lmiroir.com/?p=786