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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Pendant le séjour du Président de la République du Tchad à Léré, votre blog était présent à travers Vourboubé Pierre, son envoyé spécial. Il nous livre ici quelques informations glanées pendant son séjour dans cette ville.

 

Par Vourboubé Pierre, envoyé spécial

 

La visite du chef de l’Etat à Léré a pris fin le 29 mars 2012. Tous les acteurs sont rentrés chez eux avec, dans l’esprit, la beauté du lac et les belles collines qui l’entourent. Avec aussi l’étendue de la plaine que chaque matin, prennent d’assaut des troupeaux et de troupeaux de bœufs et de moutons à la recherche du pâturage. Avec encore le palais royal, des maisons à l’architecture typiquement moundang, un palais qui nécessite un entretien et une inscription sur la liste des sites historiques et de tourisme. Léré est, signalons-le, l’une des rares villes à n’avoir pas vécu les affrontements de 1979. Après le séjour du président de la République, cette ville a retrouvé le calme et la pâleur de ses jours ordinaires. Ses habitants vaquent normalement à leurs occupations, partageant la « bilibili », la bière locale, à base de mil, qui, sans avoir mis quelque chose sous la dent, qui après avoir mangé les carpes braisées. Mais, tout le monde jase encore sur cette visite survenue quinze ans après la dernière, à l’occasion de la présidentielle de 1996.

 

Les Lérois (appellation des habitants de Léré) disent qu’ils ont bien noté les nombreuses promesses du Président de la République. Cependant, ils ont encore en tête celles faites au peuple tchadien tout entier en 1990, de loin la plus importante : la liberté, rien que la liberté, sans or, ni argent. Puis, celles de 1996, lors de la campagne pour la présidentielle. Partant, aujourd’hui, les Lérois, en majorité, connaissent cet homme : « S’il respectait la parole, il ne serait pas revenu ici entant que chef de l’Etat, nous a dit un habitant de Léré. En effet, après son deuxième mandat, il a modifié la constitution sans état d’âme pour faire du Tchad son sultanat. Alors qu’il avait promis de la respecter. » Un autre habitant a déclaré : « Nous connaissons ce qui s’est passé entre 1996 et 2012 : Léré est restée à la marge des préoccupations de Déby. Ses partisans disent que c’est parce que nous votons massivement pour l’UNDR que Déby ne veut pas faire des réalisations ici ! Mais, cela me surprend de sa part car nous faisons toujours partie intégrante du Tchad. Alors nous devons bénéficier des actions de développement au même titre qu’Am Djarass. Que les résultats des municipalités ne trompent personne : nous sommes témoins des tripatouillages de Me Padaré et ses hommes. »

 

Altercation entre un ministre et une députée !

 

Selon des sources proches du MPS, l’altercation entre Me Padaré, Ministre des affaires foncières et du domaine, et Mme Habiba Sahoulba, députée de Léré, s’est déroulée à la préfecture de léré, au cours d’une réunion, en présence du Gouverneur du Mayo Kebbi Ouest, M. Mahamat Ahamat Choukou. Me Padaré, bien connu pour son attitude belliqueuse et ses injures enfantines (souvenez-vous ses échanges malsains avec Ibet, un internaute, en février dernier), Me Padaré donc, a insulté l’élue en disant qu’elle était une « bordel ». Mme Habiba Sahoulbé a répliqué en caractérisant Me Padaré de « bâtard » et sa mère de « pute » aussi. Pour les témoins, il a fallu la vigilance du Gouverneur pour que Mme Kadidja Sahoulba ne ramasse pas un violent coup de poing du ministre des affaires foncières et du domaine, qui s’enorgueillissait aussi du titre de président de la commission d’organisation. Cette scène a indigné tous les acteurs présents. « C’est avec ce comportement qu’on entend confier la primature à ce gamin ! a regretté un militant du MPS de Léré. Que le président de la République sache qui nommer au gouvernement. Avec ces gens sans référence, c’est l’image du Tchad qui est dégradé. Imaginez que Me Padaré soit premier Ministre. Je suis sûr qu’il ira tenir notre image lors des rencontres internationales, en s’en prenant violemment à ceux qui s’opposent à ses opinions. D’ailleurs nous le connaissons tous : il est un militant de l’UNDR. Et puis, il est versatile : avocat du PLD dans l’affaire Ibni, il a accepté de défendre la famille Déby dans l’affaire de l’assassinat de son fils. Aujourd’hui, il est dans le gouvernement d’IDI ! Voici un homme sans conviction, qui se marie au gré de ses intérêts. » Un autre nous a dit : « Me Padaré a voulu faire de cette visite une affaire personnelle, pensant récolter seul ses dividendes. Maintenant, il est surpris. Je ne comprends pas ce qui se passe dans le MPS. Chaque fois, nous faisons preuve de légèreté dans la gestion ! Pendant les municipalités, il a aussi géré ainsi, dans l’opacité la plus totale. »

 

Division de longue entre les deux acteurs du spectacle désolant ci-dessus narré

 

Mme Sahoulba et Me Padaré, nous apprend-on, étaient déjà opposées par la désignation du maire de Léré après la publication des municipales qui donne la liste de la Renaissance gagnante à Léré. La première nommée se pencherait sur son demi-frère, M. Hinkiba Sahoulba, un transfuge de l’UNDR. Tandis que le second serait favorable à Mme Monique Payanfou, la première femme de Gontchomé, chef suprême des Moundang. Entre les deux, les noms de Taïnon Pakouaré, d’Ali Wassalet et d’un certain Backit (un zagawa) reviennent souvent. Wait and see.

 

200 000 000 F CFA pour accueillir le chef de l’Etat à Léré

 

D’après nos informations, le budget de cette visite était de 200.000.000 F CFA. C’est à Garoua, au Cameroun, que Me Padaré a envoyé acheter les matelas, une cinquantaine environ, en recommandant que les personnes en charge de cette mission contactent, à leur arrivée, un habitant de la ville ci-dessus cité. Quand les envoyés sont revenus dire au président de la commission d’organisation qu’un matelas a coûté 25 000 F CFA, le doute a traversé son esprit. Autrement dit, il a trouvé que les matelas étaient plus chers. Mais, il ne s’est pas interrogé pourquoi envoyer en chercher au Cameroun alors qu’il pouvait en avoir localement, à Pala, Léré, Bongor, Moundou ou N’Djaména.

 

Regrettable séjour des invités

 

Certains invités de marque, dont des députés, ont passé leur nuit chez Hinkiba (un militant du MPS, transfuge de l’UNDR, demi-frère de Me Habiba Sahoulba), ensemble avec… les sacs d’oignon ! D’autres étaient chez Me Padaré, sur des matelas à même le sol. Beaucoup d’invités n’ont pas mangé à leur faim. Les policiers chargés du maintien de l’ordre sont dans ce cas. Au moment où nous écrivons, les quarante bœufs achetés pour les repas étaient chez Iyazianki Patchanné, ex-maire de Léré, celui-là même qui a prononcé le mot de bienvenue aussitôt après l’arrivée du président de la République.

 

Ouvrira-t-on une enquête en vue de situer les responsabilités ? Cette mauvaise gestion a aussi été observée à Moundou, lors de la festivité de la journée de Liberté et de la démocratie, le 1er décembre dernier. Des acteurs ont été arrêtés et remis à la justice.

 

Kebzabo et Déby

 

S’agissant du « rapprochement » entre Kebzabo et Déby, surtout le symbole de l’UNDR que le premier a offert au dernier, un militant de ce parti s’est prononcé en soutenant : « Me Padaré et ses acolytes sont venus dans le souci de démontrer que l’UNDR est définitivement rayée de Léré. Ils ont même apprêté une calebasse trouée remplie de denrées alimentaires qu’ils devaient soulever pour démontrer que nous ne représentons rien ici, ayant tout noyauté pour que nous soyons absents. C’était sans compter avec notre vigilance. Ils ont été surpris en constatant que nous étions présents. Le président de la République s’est aussi étonné de voir que la calebasse trône toujours dans Léré, notre fief. Alors Kebzabo leur a asséné le coup de grâce en offrant notre symbole au chef de l’Etat pour dire que nous demeurons très populaires à Léré et que notre calebasse n’est pas trouée. Aussi, ce symbole intervient au moment où le Tchad a lancé un appel à la communauté internationale en ce qui concerne sa situation alimentaire. En remettant ce symbole au chef de l’Etat, nous avons attiré son attention sur la signification cet emblème : le peuple a besoin de la nourriture et non d’une kalachnikov et de l’oriflamme guerrière. »

 

Ce qui est sûr c’est qu’en moins de 24 heures, Déby et Kebzabo se sont vus plus de trois fois ! Une de leur rencontre, un tête-à-tête, a duré plus de deux heures ! Mais, rien n’a filtré de leur conversation. Idriss Déby Itno a exprimé sa surprise que la commission de Me Padaré ait écarté certains acteurs de la préparation de cette visite à Léré. « Quand j’ai reçu le programme de ma visite, j’ai appelé Kebzabo au téléphone pour qu’il se mette de la partie. Malheureusement, son appareil était fermé. Après, j’ai laissé des consignes. Quelques jours plus tard, j’ai été surpris d’apprendre à la radio qu’il passait un communiqué demandant à la population de sortir massivement pour m’accueillir », a déclaré le chef de l’Etat. Il a rappelé à tous qu’il était à Léré entant que président de tous les Tchadiens, prouvant par là que son séjour dans ville n’était pas une réponse à l’invitation du MPS. Si Idriss Déby Itno a bien en tête cette disposition de la constitution, il demeure malheureusement le Sultan d’AmDjarass.

 

Quelques réactions à propos du climat détendu entre Kebzabo et Déby

 

« La politique-là est bizarre ! s’est écriée une militante du MPS pendant Kebzabo et Déby dansaient le gouna, avant d’ajouter. « On nous a faits croire que Déby et Kebzabo ne se parlaient pas, qu’ils étaient à couteaux tirés. Ici, ils dansent le gourna ensemble ! Qu’allons-nous dire à nos militants ? J’ai vraiment honte du mensonge que nous avons raconté à nos militants. Entre eux, Me Padaré ressemble à une vermine. D’ailleurs on ne le voit même pas ! Je vois combien des gens comme Me Padaré viennent nous raconter le mensonge ! En fin de compte, ce sont les nôtres qui fomentent des choses contre notre frère Kebzabo ! »

 

Pour le militant de l’UNDR que nous avons contacté à propos, il n’est pas question que leur leader entre encore dans un gouvernement ou devienne premier Ministre sous ce régime. « Une telle aventure donnera l’occasion à Idriss Déby Itno de griller à jamais le président de l’UNDR, a déclaré ce militant. D’ailleurs le problème actuel du Tchad n’est pas à la primature. Nous savons tous qu’aucun premier Ministre n’a pu réellement assumer ses fonctions : tout est entre les mains du président de la République. Idriss Déby Itno n’a jamais mis les moyens à la disposition d’un premier Ministre pour remplir sa mission. On dit que le premier Ministre met en œuvre la politique du gouvernement. Mais, Déby peut appeler un individu et lui donner beaucoup d’argent pour des actions en dehors du gouvernement ! C’est le cas avec Me Padaré. De l’autre côté, Déby a une direction des programmes et projets présidentiels ! Alors pourquoi accepter un poste dépouillé de ses prérogatives ? a-t-il martelé. »

 

Affaire Matta-Léré

 

A-t-on parlé de l’affaire de Matta-Léré ? Notre interlocuteur a répondu : « Ici, cette affaire est notre dernier souci. Tout le monde sait qu’elle a été montée de toute pièce dans le souci de salir Kebzabo. Mais, elle est un vent : ceux qui l’ont semé doivent s’apprêter à récolter la tempête. Le grand défi est d’arrivé à des élections libres et transparentes au Tchad. Le Nord est pris en otage par le président de la République. La cour suprême est à ses ordres. La CENI qu’on a souhaité neutre a fait ses preuves. Les Tchadiens souffrent vraiment. D’ailleurs ces gens ont enterré le MPS lors des évènements de février 2008. Oui, ils étaient tous dans les rues, ovationnant les rebelles, les guidant ou leur servant à manger et à boire. Ils s’étaient tous cachés, au lieu de mourir pour le salut, leur slogan. »

 

Matta-Léré est le village dont le chef a été lâchement assassiné par une frange de sa population, parce qu’ils l’accusaient d’être derrière les affaires d’enlèvement des enfants avec demande de forte somme d’argent en guise de rançon. Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre, une des veuves de la victime ayant porté plainte contre Kebzabo pour diffamation. Le parlement est attendu sur la question de la levée de l’immunité parlementaire de l’élue de Léré.

 

Idriss Déby Itno donneur de leçon de démocratie ?

 

Mais, Idriss Déby Itno a fait une révélation : il a dit qu’il a été contacté par Obasanjo et Yayi Boni pour qu’il s’associe à eux pour aller donner des conseils à Wade du Sénégal. Idriss Déby Itno a affirmé qu’il a refusé parce que Wade « a perdu la raison » ! Il a ajouté que quelques jours plus tard, c’était au tour de Yayi Boni de l’appeler pour lui passer Macky Sall. Là, Déby a avoué qu’il a conseillé à l’opposant sénégalais le boycott la présidentielle s’il sentait que le camp adverse n’offrait pas de garantie sur la transparence de la présidentielle. « Idriss Déby Itno, conseiller des Sénégalais en matière de démocratie ? J’avoue que le président de la République m’a bien amusé en nous faisant cette révélation. Maintenant qu’il connaît ce qui s’est passé au Sénégal, pourra-t-il s’en inspirer pour les élections à venir ? »

 

Et les femmes ?

 

Les militantes des partis de l’opposition se sont plaintes du fait qu’elles soient écartées des crédits de l’Etat du fait de leur appartenance à l’opposition. Elles ont été reçues par la première dame qui a déclaré que son époux a pris en compte les doléances des femmes de Léré dans son discours lors du meeting.

 

Les lendemains de cette visite

 

De quoi seront fait les lendemains de cette visite ? « Qu’on ne se trompe pas : Idriss Déby Itno est venu préparer la présidentielle de 2016 », a soutenu un observateur. « Les travaux de construction des écoles se sont stoppés pendant longtemps avant de reprendre. Le château d’eau continue de nous jouer de sales tours, selon la programmation de son constructeur. Ce sont là des signes évidents qu’on va encore vers l’improvisation, l’amateurisme, le folklore… » a martelé un autre.      

 

Nous regrettons que toutes les personnes interrogées aient requis l’anonymat.