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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak


On en parle peu, mais c'est une réalité. Ce n'est pas un poisson d'avril. Le président de la République, son Excellence Idriss Déby Itno, a procédé au début de ce mois d'avril à la pose de la première pierre pour la construction d'une Basilique à N'Djaména. Ce geste du chef de l'Etat, hautement symbolique, en direction de la communauté catholique a été salué par l'archevêque de N'Djaména, Mgr Mathias Ngartéri, qui a déclaré à cette occasion, que le geste du chef de l'Etat est "l'expression claire de la forme de laïcité qui convient à notre pays". Personne ne comprend l'archevêque quand il évoque la laïcité de l'Etat dans ce contexte. Par définition,  dans un Etat laïc, le gouvernement ne construit pas de lieu de culte. M. Ngartéri a remercié le Président de la République au nom de toute la communauté catholique du Tchad. L'édifice en question aurait un coup d'environ 7 milliards de francs CFA. A sa finition, elle serait la 2e basilique d'Afrique, après celle de Yamoussoukro en Côte d'Ivoire. L'attitude de Mathias Ngartéri n'étonne plus personne. Mathias Ngartéri n'est plus l'homme de Dieu, mais c'est l'homme de Déby. Au retour en fanfare de Déby suite à son accident d'avion en octobre 2012, Ngartéri a déclaré : "le Tchad est sous protection divine, ainsi que son président". Par cette déclaration, Ngartéri à jeté l'opprobre sur les chrétiens du Tchad.
Revenons à la construction de la future basilique du Tchad.
A voir les choses de plus près, c'est un véritable Rubicon qui a été ainsi franchi, en matière de gestion des ressources financières essentiellement générées par le pétrole. Il y a plusieurs hic à cette aventure politico-religieuse, qui suscite plusieurs interrogations. 
Tout d'abord, les catholiques ne représentent qu'une partie des chrétiens aux Tchad. Il y a l'Eglise protestante qui est également très active au Tchad. Idriss Déby, financera-t-il la construction d'un temple aussi grandiose pour les protestants ? Et pourquoi pas, dans la même lancée, une deuxième grande mosquée pour la ville de N'djaména ?  Pourquoi les catholiques, et uniquement eux, ont droit à une très haute considération de la part du président ? En matière de religion, il ne doit avoir ni minorité ni majorité. Si on construit un lieu de culte pour les uns, il faudra le faire pour tous les autres. Que pensent les catholiques de ce "cadeau", en particulier l'UCCT, Union des cadres chrétiens du Tchad ? Qu'en pense le reste du clergé ? Telles sont les interrogations qui viennent naturellement à l'esprit.

Le Tchad reste un des pays les plus pauvres de la planète, malgré son pétrole. Plusieurs défis sont à relever. Entre autres :

- permettre aux Tchadiens de vivre dans des conditions décentes. Dans la capitale, il n'y a ni eau, ni électricité pour l'immense majorité de la population. La saison pluvieuse est vécue, avec une hantise à faire arrêter le coeur, par les populations du quartier Abéna, qui auront le privilège d'être à proximité de la Basilique. Après une grosse pluie, les habitants de ce quartier ne pourront même pas sortir de chez eux pour se rendre à la prochaine basilique. Autrement dit, N'Djaména est une ville qu'il faut construire. Pourquoi mettre autant d'argent dans un lieu de culte alors tout est à faire dans notre capitale ? 

- Permettre aux Tchadiens de voyager dans des conditions décentes. Nos routes sont mauvaises, c'est le moins qu'on puisse dire. La route bitumée N'Djamena Moundou qui a été construite il y a à peine 10 ans, a déjà commencé sa détérioration irréversible sans qu(aucune réparation sérieuse ne soit entamée. Pendant ce temps, on dégage plusieurs milliards pour la construction d'un édifice religieux.

- Permettre aux Tchadiens de se soigner dignement : il n'y a aucun hôpital public digne de ce nom au Tchad. Les hôpitaux, à commencer par ceux de N'Djaména, sont des mouroirs. En cas d'urgence, on y vient pour rendre l'âme. Les nantis vont se soigner à l'étranger, parfois seulement au Cameroun voisin, à Abidjan ou à Dakar, s'il n'y a pas moyen d'aller en Tunisie ou en France. Les examens complémentaires les plus élémentaires n'existent pas à l'Hôpital Général de Référence National. Il faut rappeler ici la définition de la santé selon l'OMS : "La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité"  Si l'on s'en tient à cette définition, tous les Tchadiens sont malades, à commencer par le président de la République. Pendant ce temps, on prend des milliards dans les caisse de l'Etat pour la construction d'une église. 

 Il est quand même surprenant que le chef de l'Etat ignore cette situation dramatique, ce calvaire que vit le peuple tchadien, au point de consacrer une partie non négligeable de l'argent du contribuable à  la construction d'un lieu de culte.

L'attitude des chrétiens qui entourent Déby est également très surprenante. Enfin, la bouche qui mange ne parle pas. Leur silence s'explique. Il ne faut surtout pas faire la moindre objection au chef de l'Etat de peur de perdre son poste ministériel. L'attitude la plus surprenante est celle de la Conférence des évêques du Tchad qui est la voix des chrétiens. La conférence des évêques a de tout temps, dénoncé les dérives du régime. La construction de la basilique est une dérive grotesque qui ne devrait pas laisser indifférents nos éminents évêques, ni l'UCCT. Ceux-ci ont le devoir de se prononcer sur cette initiative présidentielle qui les touche directement. Ils ont le devoir des faire d'autres propositions en lieu et place de cette basilique. Pourquoi pas plutôt une Université catholique de N'Djaména, confiée aux Jésuites ? Au lieu de s'inspirer de la Basilique de Yamoussoukro, Idriss Déby ferait mieux de s'inspirer de l'Université Catholique de Yaoundé ou  encore de l'Institut Catholique de l'Afrique de l'Ouest qui est justement en Côte d'Ivoire. Une université catholique  N'Djaména accueillera les étudiants de toutes confessions et formera l'élite intellectuelle de demain. 
Une certaine allusion est faite à la Basilique de Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, entreprise initiée par feu Félix Houphouet Boigny. La comparaison de la basilique du Tchad avec celle de Yamoussoukro devrait plutôt pousser à remettre en question l'utilité d'un tel édifice. La basilique de Yamoussoukro pose aujourd'hui un sérieux problème d'entretien, très coûteux, aux Ivoiriens. L'argent généré par les visites des touristes ne suffit pas à entretenir l'édifice. Dans les décennies à venir, la Basilique de Yamoussoukro tombera en ruine. Houphouet Boigny dit l'avoir offerte au Vatican, mais l'Etat du Vatican n'en a cure.
Il n'est pas encore trop tard. Il faut que les chrétiens se réveillent pour dire non à la construction de la basilique de la honte, même si l'archevêque de N'Djaména, qui est politiquement marié à Idriss Déby, a salué l'initiative présidentielle. Aux chrétiens de désavouer leur archevêque certainement atteint de démence sénile. 
La religion est l'opium du peuple. C'est Max qui a raison sur toute la ligne, au sujet de cette fameuse initiative présidentielle. Car, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a des calculs politiciens dans cette entreprise. Ce qui est grave, c'est le silence des chrétiens. C'est un silence condamnable.
BELEMGOTO Macaoura