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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Il serait top prétentieux de vouloir  détenir à travers ces lignes les outils magiques capables de propulser à eux seuls le développement économique d’un pays classé parmi les plus instables d’Afrique. Il est plutôt ici question  de revenir sur quelques atouts naturels et artificiels qu’on devrait employer pour sortir notre cher pays de l’ornière qui n’a que trop duré.

Tout simplement, disons que la croissance économique est la variation annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB) qui lui-même est le résultat d’une combinaison transformatrice de plusieurs facteurs de production dont le travail, la terre et le capital.

 

PIB=F(K, T, L) ou K est le capital, T la terre et L le travail.

 

Passons en revue un à un ces facteurs de production dans le contexte tchadien.

 

D’abord le travail qui concerne les hommes. Du fait de plusieurs raisons, la main d’œuvre au Tchad est peu qualifiée, amorphe, peu concurrentielle, conservatrice, inefficace et peu rentable. Comme je le disais tantôt, les raisons sont multiples dont principalement le lourd héritage d’une colonisation qui n’a fait que de tort au patrimoine national, les longues guerres civiles interminables, l’absence de leadership véritablement nationaliste à même de faire la promotion du capital humain à travers des systèmes d’éducation performants et de santé adéquats.

Pourtant ce facteur en perte de croissance au Tchad est le facteur le plus important dans le processus de production. La fulgurante progression de l’économie des pays émergents et notamment ceux de l’Asie de l’Est trouve son origine dans la mobilisation qualitative et quantitative exceptionnelle de ce capital humain.

 

Ainsi donc, il faut libérer l’homme tchadien. Le tchadien n’est pas moins productif que les autres peuples. Il n’est pas non plus moins imaginatif. Il est ce qu’il est à cause de son passé et de son environnement et cela n’est guère une fatalité. Une main d’œuvre tchadienne libérée, encadrée à l’abri de toute peur injustifiée est capable de résultats extra ordinaires. Convenez avec moi qu’aucun résultat tangible ne peut être atteint avec ce capital dans un climat de peur permanente, d’injustice sociale, de domination régionaliste ou ethnique, de problèmes sociaux aigus. Dieu merci, la situation connait un début de changement aujourd’hui car il n’y a pas encore longtemps que l’ombre de zagawha traine autour de tout tchadien qui marche dans la rue. Quand on se réveillait le matin, la première question qu’on se pose est de savoir si la journée pourrait se terminer sans être arrêté, bastonné ou dépossédé de ses biens. Les choses ont franchement et positivement changé depuis l’incursion des rebelles à N’djamena en février 2008.

Le mauvais état de ce facteur humain au Tchad a produit des conséquences catastrophiques connues de tous : mauvaise gestion des projets de développement, banqueroute des société d’Etat (STEE, coton Tchad, STT, Sonasut, Pharmat, les banques publiques, etc), vente des diplômes, les hôpitaux et centres de santé vidés des médicaments et équipements, etc

 

Par ailleurs, lorsque la main d’œuvre locale est inadaptée ou insuffisante, une alternative est d’importer la main d’œuvre étrangère. Cela est pratiqué dans d’autres pays, surtout les pays du golfe persique où on note une affluence massive des asiatiques dans le corps professionnel. Pour le Tchad, l’instabilité politique constitue un handicap qui empêche l’usage de cette option. Car pour preuve, la plupart des étrangers qui travaillent au tchad le font par contrainte et non par libre choix à cause des incertitudes.

Parlant du capital humain, il y a aussi les femmes qui représentent plus de la moitié de la population tchadienne. Ces femmes devraient être fortement encouragées à exercer des activités productives car les activités ménagères auxquelles elles se consacrent majoritairement ne sont pas comptabilisé dans le PIB, même dans les pays les plus industrialisés tels que les USA, la France. Cela est dû simplement à la complexité de son évaluation.

 

Le deuxième facteur est la terre et avec elle, tout ce qu’elle contient ou elle produit. Sur ce chapitre, Dieu le créateur  n’a pas abandonné le pays de toumai : le coton, les céréales, le pétrole, le soleil, l’eau, les gommes arabiques, l’élevage, la pêche, les surfaces cultivalbles à perte de vue, la forêt.

 

Autant d’atouts qui auraient pu contribuer à la croissance économique du pays mais là encore, ce ne sont que des facteurs primaires, il faut des hommes pour les transformer en produits consommables et vendables sur le marché.

En 2006, je visitais le Sud du tchad, j’étais ébahi par l’existence d’une verdure splendide à perte de vue, non exploitée alors qu’on constate paradoxalement dans les principales villes des hommes valides qui chôment. Pire, ces pseudo chômeurs ne cherchent pas veritablement le travail mais ils tombent dans le fatalisme et perdent des journées et des journées dans les cabaret, sur les bords de route ou de leur maison à regarder les passants comme si cela leur sera d’un certain avantage. Au nom de la solidarité tchadienne, un cousin ou oncle quelconque leur donnerait à boire et à manger même s’ils ne travaillent pas. Alors là où le bas blesse, les paysans abandonnent les villages et leurs champs pour venir agrandir le nombre de chômeurs en ville. Je croyais avoir bien fait un jour pour conseiller à un de ses partisans d’exode rural de repartir au village mais la réponse a été sèche en me demandant moi-même d’aller au village cultiver car je disposerais des mêmes bras que lui.

 

La conséquence de tout cela est que l’immensité de nos richesses naturelles ne nous a servi à rien. Les pays come le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali ne disposent pas autant de ressources naturelles sont loin devant le Tchad en termes de développement humain. Le Tchad est aujourd’hui empêtre dans le syndrome hollandais ou de la malédiction de l’or noir. La chevreté de vie, l’absence d’un minima vital (eau, énergies) constituent le lot quotidien des tchadiens.

 

Il faut donc une gestion rigoureuse et responsable de ces ressources naturelles que Dieu nous a données sans aucun mérite de notre part et lesquelles ressources ne sont pas inépuisables.

 

J’ai longtemps décrié et beaucoup de tchadiens avec moi le fait que des postes stratégiques dont dépend l’économie du pays soient confiés à des gens peu qualifiés mais simplement du fait de leur appartenance régionale, familiale et partisane. Il aurait été moins désastreux de laisser ces incompétents loin de ces postes moyennant des  rémunérations sans contre partie et faire travailler plutôt les plus compétents. A ce titre, il faut dénoncer vigoureusement et infatigablement la présence pléthorique des ITNO et des HINDA à des positions stratégiques des régies financières (DAAF, SHT, TPG, DOUANES, IMPOTS, FISCALITES PETROLIERES).

A l’instar du Sénégal et de certains pays africains, il faut que les fonctions administratives importantes fassent l’objet d’un appel à candidature en vue de recruter des cadres compétents. Car en confiant des postes stratégiques à des parents  incompétents, on est doublement exposé aux détournements et à la cessation d’activité de l’entreprise compromettant l’avenir de toute une société. Pour des raisons de mauvaise gestion de la coton Tchad, environ 3 millions de tchadiens dont la vie dépend de la culture de coton se trouvent aujourd’hui coincés et désespérés.

 

Le troisième facteur de production est l’investissement. De tous les temps et de tous les espaces, l’investissement est la pierre angulaire de tout développement économique. Point de développement économique sans investissement mais peut on investir durablement dans un pays à forte instabilité politique chronique ?

J’ai encore en mémoire ce qui a failli arriver à l’hôtel kempinski construit à plus de 40 milliards de FCFA inauguré en janvier 2006 et dont le portail a été mitraillé en mars 2006 lors de l’incursion des troupes de Mahamat Nour, soit après trois mois seulement d’activité.

Voila les genres de risques auxquels sont exposés tous les investisseurs au Tchad.

A cela, il faut aussi ajouter la loyauté des hautes autorités aux textes signés par eux même. Combien de fois le régime de deby est revenu sur les termes de contrat signé soit avec la Banque mondiale, soit avec le consortium pétrolier (Esso, Petronas, chevron). Ce que les autorités appellent « kat kat sakid »  littéralement « simple papier » est une bombe qui décourage tous les investisseurs étrangers et jettent de discrédit sur nos dirigeants.

 

L’absence d’une électricité continue et permanente au Tchad constitue aussi un cancer terrible pour les efforts de lutte pour le développement au Tchad. L’énergie est au cœur de toutes les activités et sa non disponibilité dissuade beaucoup d’investisseurs nationaux comme étrangers. Il est temps que le nouveau gouvernement d’Emannuel Nadingar concentre pour ses deux premières années si Deby lui permet de faire 2 ans tous les efforts nécessaires pour résorber une fois pour toutes cette crise énergétique. Youssouf Saleh Abbas a promis à son arrivée de trouver une solution définitive mais à son départ, non seulement, le problème énergétique n’est résolu mais il s’est empiré. L’énergie étant un besoin transversal, il est important que touts les départements ministériels fassent une pause dans leurs activités non essentielles pour aider leur collègue de l’énergie à remédier à cette situation qui a autant duré que le régime de Deby.

 

Le système judicaire au Tchad est des plus partiaux devenu ainsi un facteur peu incitatif pour les investissements étrangers au Tchad. Le droit se rend à la qualité du client et non selon le droit. Beaucoup de sociétés étrangères au Tchad se plaignent du fait au moindre différend avec leurs employés, le jugement se rend systématiquement en faveur des employés car la justice sanctionne le plus financièrement crédible, capable de faire sortir des fonds. Un employé qui gagne 200.000 FCFA par mois peut se retrouver du jour au lendemain avec 5 à 30 millions de FCFA de pénalités de licenciement pourtant souvent justifiées.

Face à cette situation, seule la bonne gouvernance politique et économique constitue le remède adéquat.

 

Le système financier sans être un facteur de développement économique direct joue un rôle intermédiaire irremplaçable. Il consiste à drainer les fonds des agents économiques excédentaires vers ceux déficitaires.

Or au Tchad, les banques commerciales donnent l’impression d’exercer exclusivement des activités de collecte de dépôts.

Je me souviens dans un passé récent, malgré mon statut de salarié et d’ancienneté, l’effectivité des mouvements réguliers dans mon compte bancaire, je n’ai pas pu convaincre ma banque au bout de trois semaines à mettre à ma disposition 50 000 FCFA pour répondre à des besoins urgents. du moment C’est aussi malheureusement le cas de la majorité des clients des banques commerciales au Tchad.

Les banques commerciales au Tchad ne jouent pas effectivement leur rôle et la banque centrale BEAC qui devrait les encadrer ne s’occupe que des intérêts des hommes politiques. Les mesures de diminution des taux d’intérêt directeur prises régulièrement par la BEAC n’ont aucun effectif sur les flux de financement des activités économiques. Cela ne préoccupe guère la BEAC.

Il faut donc que les banques commerciales soient proches des agents économiques, capables de les aider à faire tourner l’économie. C’est ce qu’essaie de faire la micro finance dans des conditions un peu difficiles avec des acteurs peu professionnels et mal préparés. Savez vous qu’aux Etats Unis, le fait d’être salarié donne les même accès aux crédit de consommation, crédit habitat comme tout autre américain, indépendamment de vos rangs sociaux ?

 

Le dernier élément capable de garantir une bonne gouvernance économique est le type d’intervention de l’Etat. Officiellement, le Tchad a une économie libérale c'est-à-dire le libre jeu économique avec la fameuse loi de l’offre et de la demande qui détermine les prix. Mais dans les pratiques, notre économie n’est ni libérale, ni sociale car l’ombre de l’Etat plane partout. L’Etat classifie les agents économiques, change les règles et statuts de marché de manière régulière et impose des activités économiques.

Aujourd’hui n’est pas importateur de produits pétroliers ou de matériaux de construction au Tchad qui veut ? L’Etat a le monopole tacite ou explicite  sur plusieurs activités. Or dans une activité libérale, point de barrière.

Il semble même que le président de la république a placé dans chaque banque commerciale des antennes  et à la BEAC pour contrôler  et l’informer des montants et mouvements de fonds que disposent tous les operateurs économiques (du moins, les gros agents économiques) au Tchad. Cela n’a rien de libéral.

L’Etat doit disparaitre de tout le circuit économique pour n’assurer que sa mission régalienne de régulateur ; bref l’économie à la keynesienne.

 

Voila quelques éléments qui prouvent à suffisance que le développement économique du Tchad est dans les mains des tchadiens et il leur appartient de jouer francchement le jeu.


Daniel hongramngaye

BP 69742, Ndjamena Tchad

hongramngaye@yahoo.fr