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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Par Talha Mahamat Allim, Genève, Suisse

 

Le Tchad vient encore de perdre un de ses illustres fils. Toïngar Keyba Natar, né en 1954 dans la région de La Tandjilé, est décédé à Lille en France. Il était l’un des grands artistes tchadiens de sa génération. Keyba était un conteur professionnel et à la fois comédien, danseur, joueur de balafon, percussionniste, chansonnier… ; il fabriquait lui-même son matériel. Il s’est déplacé dans de nombreux pays, dans le cadre de son métier, où il a montré ses multiples talents. Il est aussi venu en Suisse plusieurs fois, où il agrémenté de nombreuses soirées, sur invitation de la communauté tchadienne. Une anecdote révèle l’immensité de son talent et l’estime de ses compatriotes à son égard : lors d’une soirée organisée par l’association solidarité tchado-suisse, un de ses amis conteur camerounais l’avait remplacé pendant son absence. Il avait épaté l’assistance.

 

Dans ce contexte, nous avons dit en guise de boutade à notre compatriote Noël Ndjekery de concourir pour le Tchad face à notre invité camerounais ; il nous a répondu que le talent de ce dernier le dépassait et qu’il fallait Keyba pour ce défi. En conteur professionnel, Keyba faisait appel aux contes et dialectes de nombreuses régions du Tchad. Il se servait symboliquement de la description des rapports entre les animaux pour en réalité décrire et analyser les rapports entre les humains. Prenons le cas illustratif du lion assenant un puissant coup de patte au chien. A travers cette image du lion, le roi des animaux, il dénonce en réalité l’arbitraire et les abus du pouvoir chez les dirigeants. Dans ce conte, il met en exergue la violence aveugle du "roi" réfractaire à la répartition équitable de la richesse et du pouvoir, en d’autres termes à la justice sociale. Keyba avait un immense talent et il était un porte-flambeau de la culture tchadienne à travers le monde. Les enfants tchadiens de l’étranger aimaient ses contes qui par ailleurs leur permettaient d’entrer en contact avec la culture et les valeurs de leur pays. Suite à cette disparition, nous ne pouvons que souhaiter que nous tous tchadiens puissions nous replonger dans ses contes pour y puiser la morale nécessaire au changement de nos comportements et à l’avancement de notre pays.

 

A ce titre, son livre "Les Contes du Koun’Ndou" nous est d’une grande utilité. Nous adressons toutes nos condoléances à ses parents, proches, amis et connaissances. Que l’âme du défunt repose en paix.

 

 

Talha Mahamat Allim