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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Du débat politico-diplomatique au Tchad :

quelles limites entre l’individu et la fonction qu’il assume ?

Réponse à mon frère Abakar Alboughary

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

 

C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons lu votre intervention en guise d’un petit conseil dans ce qu’on peut qualifier du dossier Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève.

 

Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à nos écrits constructifs comme vous le dites et de votre appui, ce qui augure une prise de conscience prometteuse pour le Tchad.  Vous avez fait une observation tout à fait légitime, et c’est avec un grand plaisir et guidé par la raison et le bon sens qui nous ont toujours animé que je vous apporte quelques précisions.

 

Nous nous réjouissons du fait que vous avez mis en évidence le caractère constructif et utile de nos articles. Ce qui vous gène, c’est le fait que nous puissions continuer à écrire sur l’ambassade du Tchad à Genève. Comme vous le remarquez, nous avons bien dit ambassade et non pas ambassadeur. En effet, tout être humain a deux dimensions : la dimension privée et la dimension publique. Et jusqu’ici, malgré les tentatives de certains de nous amener dans la sphère privée, nous ne nous sommes intéressé qu’à la dimension publique symbolisée par la fonction exercée dans l’espace publique qu’est l’ambassade.

 

Le fait de continuer à écrire sur les dysfonctionnements de cette institution publique  est lié à la persistance de l’inaction face à ces derniers ; on n’arrête pas le traitement tant que la maladie n’est pas guérie, et les mêmes causes produisent les mêmes effets.  Ceux qui perçoivent ou tentent de ramener nos articles sur le terrain personnel sont ceux  qui confondent l’individu et l’institution publique. Cette confusion émane d’une vieille habitude de gérer une institution publique comme une entreprise familiale et de faire disparaître cette institution derrière la personne. Alors, nous comprenons que le fait de relever les défaillances de l’institution puisse heurter certaines personnes qui se confondent avec les institutions. Il y a une différence entre l’individu en tant que tel et la manière dont une institution publique doit être gérer sans oublier les exigences que requiert l’efficacité de cette dernière.

 

Comme vous l’avez dit vous même, l’objectivité est primordiale. De ce fait, il ne serait pas objectif de parler de tout le système diplomatique tchadien à travers le monde, alors que nous ne disposons pas des données portant sur les faits concernant toutes les ambassades tchadiennes au monde.  Il incombe à ceux qui sont au contact des faits dans ces autres ambassades d’en parler, et nous pourrons donner notre point de vue au regard de ce qui se passe à Genève de manière à faire émerger une vision globale de notre système diplomatique. Précisons, en passant, qu’un pêcheur vérifie régulièrement ses filets. Quand il y a des mailles qui se sont déchirées, il s’atèle à les réparer pour que son filet puisse mieux fonctionner jusqu’à ce qu’il est les moyens d’acheter un nouveau. De notre côté, nous nous efforçons à chercher la réparation de la  "maille" de Genève. Notre bras n’est pas suffisamment long pour chercher à atteindre la réparation des mailles qui se trouvent à l’autre côté du "filet diplomatique".

Notre intime conviction est que c’est la bonne démarche, au regard du contexte actuel et de la fidélité au principe de l’objectivité. Cela est confirmé par les témoignages de la part de nombreux tchadiens de l’intérieur que de la diaspora pour nous encourager à poursuivre dans la même direction ; et nous tenons ici à réitérer toute notre profonde reconnaissance à ces compatriotes qui s’intéressent de plus en plus à l’état et l’avenir de notre pays.

 

Nous réaffirmons ici que l’engouement citoyen, visible à travers ces témoignages et les nombreux écrits sur le Tchad, exprime une avancée significative d’une conscience collective, solidaire et responsable ainsi qu’une bonne connaissance des réalités du moment aussi bien politico-économiques que socioculturelles et diplomatiques. L’heure n’est plus à l’époque où la population était maintenue volontairement dans l’ombre par ceux qui profitaient du système. Et, mon cher Abakar, cela dérange ; et souvent ceux qui se sentent visés n’ont d’autre argumentaire que la réduction du débat d’idées à une dimension personnelle, simpliste voire sentimentale et de faire tout pour ramener la réflexion à un objet non essentiel. On peut appeler cela de la distraction stratégique à la manière des magiciens spécialistes de l’illusion , qui vous amènent à fixer votre attention ailleurs où rien ne se passe pour ne pas regarder là où il faut et où les choses se passent réellement. Nos "magiciens" de la politique sont embêtés par le fait que de nombreux tchadiens ont compris cette tactique et tombent de moins en moins dans leur piège. Alors, n’attendez pas de moi d’y tomber.

 

Lorsqu’une défaillance est mise en évidence et qu’il n’y a pas de suite donnée, on a tendance à ne plus en parler. Ce qui permet à ceux qui ne veulent pas que les choses changent de continuer à agir comme d’habitude. Réduire le débat à la dimension personnelle et  faire semblant de ne rien voir ni rien entendre malgré les interpellations est une stratégie sournoise pour décourager et réduire au silence l’autre. Ce piège a merveilleusement fonctionné depuis des années et qui risque de persister si nous continuons à l’alimenter.

 

Cette mise au point étant faite, nous vous rappelons que nous avions déjà commencé à écrire en étant toujours en fonction à l’ambassade face au refus de dialogue et de recherche de solutions aux dysfonctionnements mis en évidence à travers la concertation. De ce point de vue, ce n’est pas la fin de nos fonctions qui a motivé nos articles. Et nous nous sommes toujours intéressé au contenu qu’au contenant, à la fonction et ses exigences face à l’évolution du contexte, des enjeux et des défis à relever qu’à l’individu en tant que tel.

 

Si vous relisez tous mes articles du premier "quelles réformes pour une diplomatie de développement au Tchad ?" jusqu'au dernier  "dysfonctionnements de l’ambassade du Tchad à Genève. Quels enseignements tirer de la démarche suisse face aux défaillances de son bureau de coopération à N’djamena ?",  vous vous rendrez compte que nous nous sommes efforcés de garder une approche objective, méthodique et cohérente, voire pédagogique, en montrant où se situaient les défaillances et quelles étaient les pistes pour y remédier. Nous nous inspirons de plus en plus de l’actualité sur le Tchad que nous essayons de replacer dans le contexte de l’ambassade. C’est dans cet esprit que s’inscrit notre dernier article sur les mesures prises par la Suisse face aux défaillances de son bureau de coopération au Tchad ; des mesures de bon sens qui nous a toujours guidé dans nos réflexions.

 

Cher Abakar, soyez rassuré. S’il y a certaines personnes qui se sentent visées à titre personnel, ce n’est pas notre intention, car notre éthique spirituelle musulmane à la quelle nous sommes fortement attaché ne nous l’autorise pas et notre éducation de base non plus. Nos valeurs reposent entre autres sur le respect de l’autre et cela ne signifie pas accepter n’importe quoi.

Nous nous sommes toujours efforcé de garder une certaine hauteur et une éthique professionnelle dépassant le cadre personnel.

 

Nous profitons de l’occasion pour attirer l’attention de nos lecteurs qu’on a de plus en plus tendance à nous attribuer des articles que nous n’avons pas écrits. Précisons que nous avons toujours signé nos articles et mentionné nos coordonnées. Pour clore, cher Abakar, quelles sont les limites entre la fonction républicaine et la personne privée qui l’assume ? Est-ce que s’en prendre aux défaillances d’une institution publique, c’est s’en prendre à une personne ? S’en prendre à la politique du chef de l’Etat, est-ce cela signifie s’en prendre à la personne du président Deby ? Dénoncer la conduite de l’Etat par le premier Ministre du Tchad, est-ce s’attaquer à la personne de Monsieur Nadingar ? Dénoncer certaines pratiques d’un ambassadeur dans sa fonction, est-ce s’en prendre à la personne de l’ambassadeur ? Nous vous laissons le choix d’en débattre ; et vous remercions encore une fois de votre interpellation. Si on s’en tient au fond d’un sujet, on aura avancé et le pays aura gagné …

 

Nous faisons nôtre la démarche souhaitée par la rédaction du site Ambenatna dans son article Intitulé « une diplomatie d’investissement requiert un environnement saint et sécurisé » à savoir :

 

si chacun d’entre nous apporte son analyse critique pour une meilleure gestion dans son domaine d'activité. Ce serait tout simplement bénéfique pour toute la nation. Le débat d'idées, il n'y a pas mieux car on arrive toujours, après synthèse, à retenir la meilleure pour l'intérêt général. Ainsi donc, les Médecins, les Enseignants, les Etudiants, les Travailleurs (fonctionnaires, privée), les Avocats, les Transporteurs, les Sportifs, les handicapés et mutilés de guerres, les Commerçants et chefs d'entreprises, les Transitaires, les Associations féminines, les Associations religieuses, les Associations des droits de l'homme, les Environnementalistes, les diplomates, les Médias, .... doivent s'y mettre pour apporter leurs contributions. Le développement d'un pays nécessite l'implication de tous et tout le monde aujourd'hui peut prendre la parole sans attendre pour donner son avis. Il revient ensuite à ceux qui ont la responsabilité étatique de trouver les voies et moyens pour recueillir ces avis, les trier, les optimiser et les proposer à qui de droit.

 

Il est évident que les chantiers sont nombreux. Il importe à chaque tchadien et tchadienne de s’engager dans sa sphère de compétence, avec détermination et cohérence, et  permettre ainsi l’accélération et l’accompagnement du processus de transformation socio-économique et politique du pays. C’est avec des femmes et des hommes conscients et engagés qu’il faut construire l’avenir du Tchad, sans naïveté, ni manipulation, mais avec confiance et détermination.

   

Talha Mahamat Allim