Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

 

Quand le politique intervient dans un phénomène récurrentLe drame de Matta Léré en français facile, c'est une triste scène qui s'est passé dans un petit village du Tchad frontalier avec le Cameroun voisin (Figuil et Kaélé). Dans cette bande frontalière, subsistent des bandits de grand chemin. Selon mes investigations (je suis sur le dossier depuis 2003), ces derniers se sont constitués en équipes. Chaque groupe est composé de camerounais, nigérians, centrafricains et tchadiens. Ils s’infiltrent dans les villages frontaliers grâce au soutien et la complicité de quelques autochtones [ainsi que de certaines autorités administratives, militaires et traditionnelles]. Ils ont une antenne à Pala (Tchad) et Figuil (Cameroun). Ces antennes gèrent les affaires courantes : informations et libérations des malfrats en cas d’arrestation. Leur mode opératoire consiste à cibler les enfants des parents qui ont beaucoup d’argent ou qui ont la facilité de réunir beaucoup d’argent en peu de temps. Une fois le cible choisi, ils procèdent à l’enlèvement d’où ENLEVEMENT DES ENFANTS CONTRE RANCON. Une fois l’enfant entre leurs mains, ils envoient le complice annoncer la nouvelle au village.

 

Ce qui consiste à dire aux parents que leur enfant est enlevé et que les ravisseurs demandent un ou quatre millions de nos francs CFA pour sa libération. Si les parents tardent, la pression est faite sur eux par les ravisseurs : dans la région on a déjà vécu la scène : des enfants égorgés par les ravisseurs en guise de pression pour inciter les parents à vite payer pour libérer le reste d’enfants gardés en brousse. L’opération a toujours eu du succès.Lorsque l’administration est informée, elle tarde à envoyer sur le terrain les forces de l’ordre. ON NE SAIT PAS POURQUOI. Et lorsque les forces de l’ordre se mettent en route pour affronter les bandits et récupérer les enfants pris en otage, ELLES ARRIVENT TOUJOURS TARD. Parfois, les bandits obtiennent gain de cause et disparaissent dans la brousse, parfois, ils décident de relaxer les enfants pour fuir. Ça toujours été comme ça et ça perdure encore.

 

Un jour, je veux dire une de ces dernières années, l’Etat a décidé d’envoyer là-bas des éléments anti gangs (BIRD au Cameroun), ils ont essayé de faire le boulot à leur manière, mais ça n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau. Les villageois se sont largement plaints de la pratique de ses militaires anti gangs. Pour une raison : ces derniers arrivent en conquérants dans les villages. Lorsqu’ils sont dans un village, ils sont entièrement pris en charge par les paysans et ne veulent manger que des chèvres et moutons. En novembre 2010 par exemple, je suis arrivé à Binder et Bodoro, un village non loin de MATTA. C’était quelques jours après l’enlèvement de quelques enfants. Au lieu d’être à la trousse des bandits, les éléments de défense ont plutôt arrêté quelques pères de famille qui allaient nuitamment en brousse pour « donner l’argent » exigé par les bandits pour la libération de leurs enfants. Des millions de francs CFA.

 

Ces pauvres parents ont été arrêtés, ligotés par les antis gangs qui ont simplement confisqué leur argent. Arrivé à Binder, antis gangs et gendarmes allaient se livrer la bataille, car chaque groupe voulait garder l’argent arraché des mains des parents des enfants enlevés. Heureusement pour les parents, leurs enfants ont été relaxés, parce que les bandits ont appris ce qui s’est passé. CES BANDITS SONT TRES INFORMES : ils savent qui mange quoi au village, qui voyage kan, pour où et pourquoi ? Ils SONT SUPERS ces bandits de la région. Revenons à nos militaires : c’est donc le sous-préfet qui a régler le conflit entre gendarmes et anti gangs en assurant la garde de l’argent arraché.

 

Cet argent sera envoyé à Léré au PREFET, qui a son tour le remettre au gouverneur, qui décide enfin de donner en partage à tous ces éléments armés qui ont été sur le terrain : c’est un butin de guerre a-t-il dit.Dès lors, lorsqu’il y a enlèvement d’enfants, les parents refusent d’en informer les autorités pour deux raisons : 1) informée, l’administration tarde à intervenir et les bandits tuent quelques enfants pour faire pression sur la population ; 2) les parents des enfants enlevés deviennent la cible des anti gangs qui les traquent, les martyrisent afin que ceux-ci leurs disent où se trouvent les bandits alors que les parents n’en savent rien.La situation était telle que les villageois ne savaient plus à quel sain se vouer. Ils sont entre le marteau et l’enclume comme on le dit, entre la menace des bandits et la menace des militaires réguliers. Le phénomène perdure et appauvri de nombreuses familles et villages.Et lorsque l’homme, un être humain est en situation, il réfléchit et trouve solution à son problème. C’est ainsi que ces communautés locales qui ont pris l’habitude de se mettre ensemble lorsqu’il s’agit des cultes religieux (traditionnels ou chrétiens), ou des questions de développement, ont choisi la même plate forme pour se concerter. Les concertations ont donné ce qu’ils appellent des communautés villageoises pour l’auto défense.

 

Leur travail consiste à faire des patrouilles autour des villages afin de repousser l’ENNEMI qui n’est autre que les enleveurs d’enfants contre rançon. Un regroupement d’ailleurs reconnu par les autorités administratives et militaires qui ont décidé du retrait des éléments antigangs dans la région. Ces derniers ont failli a leur mission.Et c’est lors d’une patrouille qu’une information a donné lieu à l’arrestation du chef de village de Matta-Léré et de trois de ses notables. Ils sont entraînés en brousse. Au nombre des auteurs de cette arrestation figure le petit frère de ce chef de village soupçonné d’être en connexion avec les bandits. Les paysans ont décidé de donner une correction à ces traîtres et/ou parrains des bandits. Mais la chose se termine tragiquement le 13 SEPTEMBRE 2011 : le chef et ses acolytes sont tués et brûlés vifs, l’un sera jeté dans la marre aux crocodiles.Informés, l’autorité public envoi dans le village des militaires : ceux-ci procèdent aux arrestations massives des paysans. Une cinquantaine seront déportés à Léré, enfermés dans deux petites cellules pour au moins deux heures de temps. Neuf d’entre les personnes arrêtés y trouveront la mort. 39 seront transférés, je dirai mieux déportés à N’djaména : Maison d’arrêt, brûlant ainsi toutes les procédures juridiques et judiciaires. l’un des déporté mourra à la maison d’arrêt de n’djaména. Après deux mois de détentions, quelques uns seront relaxés et 9 resteront en prison sans jugement.Pour empêcher aux victimes de porter plainte contre l’Etat pour demander explications au sujet des personnes décédées, le pouvoir central fabrique des astuces. C’est ainsi que l’une des épouses du chef de village assassiné, la nommée Lahr Idi Rachel monte sur le podium. Elle porte plainte contre le député de la région Saleh Kebzabo : parce que ce dernier est descendu sur le terrain et est revenu à N’djaména avec toute la vérité sur ce qui s’est passé et ce qui se fait dans la région depuis une dizaine d’années. Son rapport (une sorte de carte de voyage) envoyé au président de l’Assemblée a été publié dans un journal : n’djaména bi-hebdo. La plainte veut la levée de l’immunité parlementaire du député pour qu’il réponde (DE QUOI ON NE SAIT PAS) devant le juge. On cherche à mettre tout ce qui s’est passé sur son dos en utilisant la veuve de Matta. La deuxième veuve, la pauvre continue à porter son deuil au village, loin des écrans et flash des journalistes ; celle qui est manipulée, voyage comme un prince et est sous haute protection lorsqu’elle séjourne à n’djaména.

 

Selon l’hebdomadaire OBSERVATEUR, elle aurait rendu visite au Chef de l’Etat Son Excellence Idriss Déby Itno en présence du président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi. Elle accorde une interview exclusive à l’Observateur et déclare que Kebzabo est responsable de la mort de son mari parce qu’il est le premier à être informé du drame de Matta-Léré. Cette veuve, mariée depuis une vingtaine d’année, n’est jamais sortie de ce village perdu entre les pierres caillouteuses et la grande forêt : dans un Tchad en manque de messagerie pour la distribution des journaux, elle déclare qu’elle a lu des déclarations de kebzabo dans les journaux et suivi les propos diffamatoires sur les ondes des radios. Cependant, elle accorde l’interview à l’Observateur en Ngambaye parce que ne connaissant pas le français.Vous voyez donc l’allure de la chose : nous sommes parti d’un phénomène d’insécurité marqué par l’impuissance de l’Etat à protéger les populations à l’utilisation de la techno-science voire des appareils d’Etat pour des fins politiques.Pourtant, il suffit d’une marche en arrière pour cerner l’essentiel : le drame de Matta-Léré constitue une interpellation pour l’Etat tchadien qui doit résoudre le problème de l’insécurité dans la région du Mayo-kebbi Ouest.La prise d’otage des enfants contre de fortes rançons est une traite interdite par des instruments juridiques internationaux.

 

Il suffit de s’inspirer de l’expérience du Cameroun voisin pour pouvoir résoudre le problème. Par le passé, ce même phénomène avait cours au nord cameroun (dans la région de Garoua-Maroua), l’Etat Camerounais avec ses BIR a pu juguler la situation en peu de temps. Mais ici, ça perdure parce que certaines autorités traditionnelles, administratives et militaires partagent la rançon avec les bandits. C’est une sorte de vache à lait.Aussi, faut-il le dire, l’Etat Tchadien doit répondre du drame de Léré : 9 personnes sont mortes dans la chambre de concentration (cellule de la gendarmerie) de Léré par la faute des agents de l’Etat. Les résultats de l’autopsie faite par le Centre pasteur de Yaoundé sont restés dans le tiroir du ministre de la justice ; la dépouille des 9 victimes n’a pas été restituée aux parents ; ils sont enterrés comme des bandits de grands chemins alors que personne n’a établi leur responsabilité dans cette affaire de prise d’otage.

LES PARENTS DES DEFUNTS OU LE DEPARTEMENT DU LAC LERE OU ENCORE LES POPULATIONS DU MAYO KEBBI doivent demander des comptes à l’Etat pour la mort de ces innocents. Pour celui qui est décédé à N’Djaména, lui au moins, j’ai assisté au retrait de son corps à la morgue de n’djaména. Il est enterré au cimetière de n’djaména, loin des yeux de son épouse et de ses enfants.

 

Sa responsabilité dans le drame de matta n’est pas établie. Son seul tord c’est d’être au village au moment où l’événement s’est déroulée !Et puis, qu’à-t-on fait des autorités militaires à l’origine du drame de Léré : un ministre a crié haut et fort qu’ils seront mis aux arrêts et répondront de leurs actes. Mais hélas : de septembre 2011 à janvier 2012, ils ne sont ni arrêtés, ni relevés de leur poste, ni inquiétés ! Ils sont là et fiers d’avoir accompli cette horrible mission. C’est comme me le disait avant-hier un ex-prisonnier de retour de Koro Toro : “il n’y a pas de justice au Tchad“.Le sujet est vaste et ses contours sont immenses. Regardez plutôt ces mots clés et vous comprendrez qu’il reste encore beaucoup à dire à ce sujet.Mots clés : drame de Matta-Léré ; chef de village Matta Massamba Pabamé ; la veuve manipulée Lahr Idi Rachel ; Deuzoumbé Daniel passalet, président de droits de l’homme sans frontières (Dhsf) : mis aux arrêts et déportés à Moussoro avant d’être libéré pour avoir dit un mot sur la question ; N’Djaména bi-Hebdo : considéré comme complice pour avoir publié le rapport du député Saleh Kebzabo ; l’Observateur, qui a des ennuis avec le président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi et la Commission ad hoc chargé de la levée de l’immunité du député Kebzabo ; autorités traditionnelles, administratives et militaires ; phénomène du banditisme transfrontaliers ; preneurs d’otage contre rançon ; antigangs.

 

Nestor Déli Sainzoumi

Source facebook