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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Tchad : Pourquoi il ne faut pas haïr les Zaghawa.
 
Depuis 23 ans, le Tchad est malade d’une cataclysmique  mauvaise gouvernance aggravée par des maux annexes et connexes qui se nomment : corruption, népotisme, incompétence, insolence, excès de pouvoir, détournements de deniers publics, folies des grandeurs,  prévarication des caisses de l’état, sans oublier les exécutions sommaires, les détentions arbitraires dans des prisons secrètes, les assassinats politiques suivis de disparitions des dépouilles des victimes etc.
Qui en est responsable ?  Le régime MPS ou la communauté Zaghawa ? 
 
La question, il faut le dire, mérite d’être posée calmement, car à la vérité, ce n’est que depuis la prise du pouvoir pour le pouvoir par le MPS en 1990 que dans la conscience collective, les populations ont commencé à se convaincre partout au Tchad que les Bidéyat Bilié et les Bidéyat Borogat (proches des Goranes par affiliations ethniques, langue et traditions) sont des Zaghawa.
Ce qui est loin, mais alors très loin, de la réalité.
Or ceux qui ont de la mémoire – surtout pour ce qui est relatif aux spécificités sociologiques de notre pays -  savent que c’est seulement depuis 1989 que l’appellation Zaghawa avait commencé à être utilisée pour englober – de manière en tous cas impropre - tous les Béli (Béri).
 
Rafraichissons un peu la mémoire à ceux qui seraient amnésiques :
 
Autrefois, pour aller vivre où séjourner au Soudan, la première condition était d’avoir à sa disposition une personne vivant dans ce pays qui pourrait garantir votre séjour grâce à sa qualité de résident ou de national. C’est ainsi que tous les tchadiens des différentes communautés désireux d’effectuer des séjours (Ikhama) au Soudan devaient au préalable se rapprocher, et obtenir l’adoubement, des représentants des tribus Soudanaises installées à la lisière des frontières des deux pays : les arabes, les Toudjours, les Zaghawa Soudanais (etc..) afin que ces derniers leur permettent d’acquérir un séjour sous le couvert de l'une ou l’autre des communautés en question.
C'est comme cela que tous les Bidéyat en situation de séjour au Soudan étaient pris en charge par les Zaghawa Soudanais pour l'obtention d'un long séjour. De nos jours, ces transfuges d’hier se qualifient purement et simplement de Zaghawa. 
 
En tout cas les Soudanais ne s’y sont jamais trompés, car ils ont toujours su distinguer les (vrais) Zaghawa des Bidéyat. Ils ont de tous temps appelé les Bidéyat  « Bideï ».
Quand une horde des miliciens – composée essentiellement des soudanais - d'Idriss Deby était entrée, pour s’installer, en rébellion au Soudan, des esprits tortueux avaient conseillé à l’ex chef d’état major d’Hissein Habré  de se définir – et de définir les siens  pour les besoins d’une exploitation politique -  comme  « Zaghawa » (configuration générique qui engloberait tous les Beli) afin que ce soit plus facile pour lui de prendre le pouvoir au Tchad.
 
 Pour bien illustrer mon récit, revenons un peu à l'histoire du tracé  de la frontière entre le BET et le Ouaddaï géographique :
 
Lors de la définition des  frontières entre le BET et le Ouaddaï géographique, c'était le sultan du dar-Zaghawa d’Iriba Abderaman Hagar, chef du canton de Bilié d'Itou Mourrah Noussour,  le commandant Colon Français de la sous-préfecture de l'Ennedi à FADA et leur suite, qui avaient procédé à la délimitation de la frontière en commençant par Torboul – localité à environ moins d’une centaine de kilomètre à l’est de Kalaït - (parcouru à dos de dromadaires, et de chevaux pendant un mois).  Ils avaient ainsi atteint Kourboukeï et Tourdakeï (Bâhaï).
Dans la même période, ils avaient créé deux postes nomades, l'un à Ourba comme canton commandé par Fodol Kitir (attaché à la sous-préfecture d'Iriba) et l'autre à Berdoba (puits des hommes courageux) attaché au canton d'Itou Mourrah Noussour.
 
Comment cohabitaient les Zaghawa avec les autres populations du Tchad ? :
 
Les Zaghawa, les vrais du Tchad, constituent, il faut le reconnaître, une population paisible à l’exemple des autres communautés du Ouaddaï géographique. Mais ils étaient  -  et sont demeurés -  très méfiants des Bidéyat Bilié qu’ils ont toujours considérés comme belliqueux et voleurs de bétails. Ce qui explique que les Bidéyat vivaient, quelque peu rejetés dans leur coin.
Il y avait eu certes quelques brassages à travers de menus mariages entre une minorité de familles  Zaghawa et  Bidéyat Bilié.
Mais à cette époque là, on ne pourrait pas parler d’un véritable brassage de masse entre les Bidéyat Borogat et les Zaghawa.
Dans l'ensemble, les Zaghawa n'avaient pas eu de problèmes conflictuels avec les Bideyat Borogat ni avec une quelconque autre communauté du BET.
Autrefois, les Zaghawa venaient prendre livraison des natrons à Faya-Largeau et Tougo (Wadi-doum) ainsi que du sel rouge des Dyn par le biais  d’impressionnantes caravanes de dromadaires. Il faut dire que les gens de ces contrées sécurisaient, à cette époque lointaine, leurs personnes et leurs biens jusqu'à leur retour à la frontière du Tchad et du Soudan. 
 
De même les gens du BET (Borkou-Ennedi-Tibesti) transhumaient du Tchad vers le Soudan par  le biais de caravanes de dromadaires chargées de natrons, de sel rouge et de dattes pour réaliser un immense troc contre le  mil et d'autres biens de consommation courante à Biltine, Abéché, Ati (Batha) et parfois jusqu'à El Djenine (Soudan).
Des années 1991 jusqu'à nos jours, ceux qui ont arraché le pouvoir au Tchad par la force des baïonnettes ne se disent Zaghawa que la nuit.
Le jour ils diffusent de mauvaises nouvelles laissant entendre que les Zaghawa ont fait ceci ou cela. Cette campagne d'intoxication et de dénigrement menée par les cercles proches du tenant du pouvoir ont fini par susciter et alimenter une haine aveugle contre les vrais Zaghawa dans l’esprit des autres populations Tchadiennes.
Depuis l'arrivée au pouvoir du MPS, on avait réussi à faire croire aux Goranes, lors des réunions officieuses tenues la nuit par-ci et par-là, que les Zaghawa ne voulaient pas d'eux. C’était en fait une campagne initiée et entretenue par le haut sommet de l’État pour susciter scientifiquement une haine entre les Zaghawa et les Goranes. Le président Idriss Deby et sa clique savaient très bien qu'ils étaient minoritaires au sein du MPS. C’étaient hormis les soudanais,  les Zaghawa, les Hadjaraies, les Arabes et d'autres compatriotes qui les avaient aidés à prendre le pouvoir.  
 
L’ingratitude d'Idriss Deby est connue de tout le monde au Tchad. Personne n’a oublié ce qui s'est passé par la suite avec les Hadjeraies, les Zaghawa, les Arabes et les Ouaddaiens qui avaient été massacré à ciel ouvert.
 
Bon Dieu ! A la lumière de ces indiscutables évidences, pourquoi les Zaghawa ont-ils pu se laisser manipuler et intoxiquer durant 23 ans par Idriss Deby et les siens ? 
 
A l’occasion de certaines de ses interviews, le président Idriss Deby Itno n’a pas usé de circonlocutions pour faire croire à l’opinion nationale et internationale que « ses parents Zaghawa ne lui laissaient pas les mains libres de changer la situation ».
A travers ce genre de petites phrases assassines, le chef de l’Etat Tchadien n’a fait rien d’autre que de se livrer à une pernicieuse campagne anti-Zaghawa.
Si Dieu le veut, un jour il y aura un changement au Tchad, mais chers compatriotes, quand ce moment arrivera, ne commettez pas l’erreur d’envisager vous venger contre des Zaghawa. Tout le monde est manipulé par les campagnes haineuses orchestrées et entretenues par le sommet depuis 23 ans contre une communauté qui n’est pas celle qui martyrise en réalité le Tchad depuis plus de deux décennies.
 
Attention ! Tous ceux qui s’activent à piller frénétiquement les biens de notre patrimoine commun, tous les coupeurs de route, tous  les braqueurs sur les engins, tous les auteurs d’exécutions extrajudiciaires et les kidnappeurs de mineurs ne sont pas exclusivement des Zaghawa.
Beaucoup de malfaiteurs et autres bandits sont assimilés à tort aux Zaghawa en se camouflant comme eux et en parlant l'arabe à connotation Zaghawa (Hadjo-Mafi). Le MPS avait apporté dans ses bagages l'idée de la dévalorisation de nos mœurs, de nos cultures et de nos traditions, de nos sultanats et même de nos cantons. A  côté il a été crée de nouveaux sultanats factices et des cantons artificiels sans aucune substance.
Dans les villes, les villages et les ferrick, les anciens propriétaires terriens ont été réduits d’abandonner leurs terres à de nouveaux conquérants sous la menace, quand ils n’étaient pas acculés de les vendre à vil prix.
À cause de ces frustrations, spoliations, dépossessions, confiscations, dépouillements et autres viols endurés depuis 23 ans par 90% des Tchadiens, une forte majorité de personnes humiliées, bafouées dans leur honneur et exclues du partage des richesses du Pays, chercheront certainement à se venger contre certaines communautés – et précisément les Zaghawa - le jour où le changement inéluctable se produira au Tchad. 
Ce jour là, et tout le long de ceux qui suivront, gare à ne pas se tromper d’ennemi ou de personne sur qui se venger. Car il y aura, quoi qu’on dise, des vengeances à grande échelle qu’il sera difficile d’empêcher.
 
Un jour, lors d'une discussion sur le devenir du Tchad, un vieux sage Zaghawa disait ceci : « Nous sommes tellement haïs par les Tchadiens qu'un jour viendra où vous rencontrerez un individu entrain de creuser en pleine piste un trou. Quand vous lui demanderez ce qu'il est en train de faire, il vous répondra qu'il cherche à creuser le trou pour déterrer un Zaghawa qui avait pris son honneur. »
Moralité : Il est très urgent de changer dès maintenant les mentalités et préparer les Tchadiens pour le devenir du Tchad, avant que ne tombe brusquement le pouvoir du MPS et de ses marionnettes. Et que ne se déclenche en conséquence une sanglante nuit des longs couteaux dont les plus grandes victimes seront, non pas les Bidéyat Bilié qui ont causé tant de mal au Tchad, mais la pauvre communauté Zaghawa qui pourrait faire office de victime expiatoire.
 Ce qui pourrait constituer une énorme erreur historique.
 
Par Taz
N’Djamena