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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Depuis toujours, on accuse régulièrement les médecins exerçant au Tchad d'être incompétents, ayant un amour effréné de l'argent, se trompant souvent de diagnostic, opérant toute sorte de maladie, mêmes celles qui ne sont pas à opérer. Ces derniers temps, le net foisonne de critiques, tirant à boulets rouges sur les médecins. Les chirurgiens sont première en ligne de mire, souvent accusés à tort ou à raison d'ouvrir tout ventre même s'il ne le faut pas, l'essentiel pour eux est d'encaisser de l'argent cash dans leur clinique privée. etc, etc.

Ce qu'il faut souligner, c'est que la médecine d'aujourd'hui, n'est plus la médecine d'hier. Ce n'est ni magie ni sorcellerie. La médecine d'aujourd'hui exige des moyens diagnostiques et thérapeutiques colossaux. On constate amèrement que les médecins Tchadiens sont privés de tous ces moyens. Au Tchad, les plus nantis vont se faire suivre au Cameroun voisin, s'ils ne vont pas en Tunisie ou en France. Ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent au Tchad. C'est un manque manifeste de volonté des autorités qui nous gouvernent. Idriss Déby Itno n'est pas un médecin. Mais il est entouré de conseillers médicaux. Il a même eu comme ministre de la santé, un médecin en la personne du Dr Djaïbé Ngombaye, détenteur d'une clinique privée à N'Djamena. On est en droit de se demander ce que disent toutes ces personnalités issues du milieu médical qui gravitent autour du président de la République. Pourquoi le Tchad ne peut-il pas se doter de certains moyens diagnostiques performants comme le scanner, l'IRM ? Pourquoi ne pas équiper nos hôpitaux d'amplificateur de brillance, permettant à nos orthopédistes d'opérer les fractures sans ouvrir le foyer? A l'ère de la chirurgie laparoscopique qui consiste à opérer dans le ventre sans l'ouvrir, le Tchad est toujours à la traîne.  Pourquoi certains pays comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali, etc, sont déjà dotés de ces appareils. A Dakar, il y a l'IRM, il y a le scanner dans les hôpitaux publics ? Ces pays sont-ils plus riches que le Tchad ? Il y a quelques années, Idriss Déby s'est vanté sur les antennes de RFI, d'avoir acheté des armes pour plus de 8 milliards de francs CFA pour assurer la défense de son régime. Pourquoi Déby et tous ses conseillers en matière de santé, traînent-ils les pieds pour équiper nos hôpitaux de matériel performant pour traiter nos patients dans de bonnes conditions. C'est bien d'acheter les armes pour défendre le régime. Mais ce serait aussi bien d'acheter les armes médicaux pour défendre les Tchadiens face aux maladies qui les tuent ! Le gouvernement lui-même est prêt à décaisser de l'argent pour envoyer ses agents à l'étranger pour les faire soigner. Le ridicule ne tue pas. J'ai rencontré une fois à N'Djaména un agent de l'Etat, que je connais bien, qui m'a annoncé la nouvelle de son transfert en Tunisie pour une fracture... de la rotule. Il a été opéré en Tunisie. Il devrait y retourner quelques mois plus tard pour le retrait du matériel après consolidation de la fracture. C'est une honte pour le pays quand on envoie à l'étranger une fracture de la rotule. S'il en est ainsi, il faut alors fermer les hôpitaux du Tchad, à commencer par l'Hôpital Général de Référence Nationale de N'Djaména. Quand j'ai parlé du scanner ou de l'échographie dans le diagnostic de l'appendicite sur le blog de Makaila, un internaute qui se disait étudiant en médecine, m'a accusé d'avoir glané des informations fausses sur le net pour les diffuser. Il a dit qu'une bonne analyse clinique associée à une une augmentation du taux de globule blancs dans le sang suffit à poser avec certitude le diagnostic d'une appendicite et à décider de l'intervention chirurgicale. Ceci est totalement faux. Dans les grands pays qui se respectent, les chirurgiens les plus chevronnés, même les plus anciens qui sont prêts de l'âge de la retraite, font appel à l'imagerie médicale (échographie ou scanner) avant de poser un patient sur la table opératoire pour une appendicite aiguë. A ce sujet, il faut souligner que l'échographie n'est pas l'examen de référence en matière d'appendicite. Même les radiologues les plus expérimentés se plantent souvent. A l'échographie, ils ne voient pas d'appendicite et quand on passe le patient au scanner, il y a appendicite ! Le scanner est donc l'examen de référence pour l'appendicite. On accuse donc à tort les médecins Tchadiens qui pratiquent l'échographie pour une suspicion d'appendicite, d'être passé à côté du diagnostic. Beaucoup d'interventions inutiles peuvent être évitées avec des moyens diagnostiques performants. En effet, plusieurs maladies à opérer ou non peuvent simuler une appendicite aiguë. Un cancer infecté de la partie initiale du gros intestin qu'on appelle le caecum, donne les mêmes symptômes qu'une appendicite : les deux sont à opérer mais le geste chirurgical n'est pa le même. C'est quand même désolant pour le patient d'apprendre au réveil qu'il est atteint d'un cancer du gros intestin et non pas d'appendicite, alors qu'un scanner fait avant l'intervention permettrait de lui donner les informations précises sur ce qu'il a et la sanction thérapeutique qui l'attend. On imagine que les conseillers de Déby en matière de santé (qui enseignent à la fac de médecine) raisonnent comme cet étudiant en médecine, leur élève, affirmant qu'une bonne analyse clinique suffit à poser un diagnostic et qu'on n'a pas besoin au Tchad d'appareils couteux comme le scanner et l'IRM qui ne servent à rien. Mais pourquoi alors ces gens se font traiter à l'étranger ? N'ont-ils pas honte de subir des examens complémentaires (scanner, IRM, etc) sur lesquels ils crachent quand il est question de les acquérir pour le Tchad ?

Au vue de cette analyse, les conditions ne sont pas en réalité réunies pour un bon exercice de la médecine privée au Tchad. Les chirurgiens sont souvent pris en défaut : ils palpent le ventre, diagnostiquent avec leurs mains une appendicite. Ils ouvrent et ils tombent par exemple sur une inflammation de la partie terminale de l'intestin grêle (appelée iléite par les professionnels). Ils exposent ainsi le patient à toutes les complications liées à toute opération. Ils n'ont pourtant pas tort puisque l'iléite donne les mêmes symptômes cliniques qu'une appendicite et elle peut également s'accompagner d'une augmentation du taux de globules blancs, à la seule différence que l'iléite ne s'opère pas tandis que l'appendicite s'opère. L'examen qui permet de faire la différence entre les deux, ce n'est pas l'échographie, mais le scanner.  Beaucoup d'opérations, beaucoup de morts inutiles peuvent être évitées par des examens complémentaires adéquats. Au Tchad, on peut très facilement mourir par exemple d'embolie pulmonaire (obstruction aiguë des artères qui partent du coeur pour aller recueillir l'oxygène dans les poumons pour qu'il soit distribuer dans l'organisme par les artères). Or le diagnostic de certitude de cette maladie qu'on appelle l'embolie pulmonaire repose seulement sur le scanner ou à la scintigraphie, techniques inexistants au Tchad. Dans notre pays, faute de moyens, ce ne sont pas seulement les médecins qui sont accusés à tort ou à raison d'être responsable de la mort des Tchadiens. Mais il y a aussi les sorciers. On accuse toujours l'autre, le sorcier voisin, d'avoir été à l'origine de la mort du parent. Les morts subites au Tchad sont toujours ainsi attribuées aux sorciers envouteurs, le voisin. Alors qu'il existe une multitude de maladie qui peuvent provoquer une mort subite (le paludisme, l'infarctus du myocarde, embolie pulmonaire, trouble du rythme cardiaque secondaire à des perturbations ioniques dans le corps). On sait par exemple qu'une baisse ou une augmentation très importante du taux de potassium dans le sang peut entraîner un arrêt cardiaque. C'est un désordre métabolique très fréquent, mais au Tchad, dans nos hôpitaux, il est impossible d'obtenir en urgence, une analyse de sang, très simple et peu couteux, appelée ionogramme sanguin, qui permet de dépister cette perturbation et de la corriger à temps, avant la survenue de l'arrêt cardiaque.

Un seul mot d'ordre est à proposer aux médecins Tchadiens au vu de cette situation inadmissible : arrêtez de travailler dans ces conditions ! Entrez en grève pour réclamer des conditions meilleures de travail. Vous aurez tout à gagner et vous exercerez dignement votre métier dans le public comme dans le privé.

BELEMGOTO Macaoura.

CONTACT : macaoura@hotmail.fr