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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

NASSINGAR RIMTEBAYE RIM, ACTIVISTE DE LA SOCIETE CIVILE TCHADIENNE : « La transparence fait son chemin en Afrique avec le concours des actvistes sociaux »

 

M. Nassingar Rimtebaye Rim est de nationalité tchadienne. Il assure la Coordination de la Commission permanente pétrole de N’Djamena et gère parallèlement la communication du réseau Publiez-Ce-Que-Vous-Payez Tchad. En février dernier, Rim a séjourné au Niger sur invitation de Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB) dans le cadre d’une série de formations sur l’analyse budgétaire et le budget participatif destinées à des acteurs associatifs et communaux des régions de Tahoua et d’Agadez. Dans cet entretien, il situe l’importance de la formation sur le budget participatif qu’il a assurée.

Le Républicain : Vous avez assuré au cours de la deuxième décade du mois de février une formation à des acteurs communautaires dans les régions de Tahoua et d’Agadez. En quoi a consisté cette formation et quel était le but visé à travers cette initiative conduite par le Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB- PCQVP) ?

Nassingar Rimtebaye Rim : A Tahoua, nous avons travaillé avec des responsables d’organisations de la société civile et des maires de la ville. La formation a porté sur le budget, pourquoi on élabore un budget ; mais on a beaucoup plus fait le lien entre le budget et les politiques de développement. Il s’agit de faire en sorte que le budget soit un outil de lutte contre la pauvreté, d’où les discussions avec les participants ont essentiellement été axées sur le budget participatif, comment amener les populations, à travers les communes, à participer à l’élaboration, à l’exécution et même au contrôle et au suivi du budget.

Par contre à Agadez, nous avons eu un public un peu différent qui est déjà averti par rapport à l’élaboration du budget, c’est-à-dire les élus locaux avec qui nous avons beaucoup plus travaillé sur l’élaboration des budgets participatifs. On espère que d’ici un à deux ans, les élus locaux vont essayer d’élaborer des budgets participatifs de leurs communes avec toute la population, à commencer par les assemblées des différents quartiers puis les assemblées communales. Mais l’important pour nous a été de mettre sur pied des comités de suivi budgétaire. Ces comités sont composés d’organisations de la société civile et des élus locaux. Ils ont pour mission d’assurer le suivi de l’exécution du budget. Cette démarche vise à amener la population à une participation beaucoup plus citoyenne.

C’est quoi concrètement le budget participatif ? En quoi il diffère du budget classique ?

Le budget participatif, c’est tout simplement un budget élaboré avec la participation active des populations. Ce n’est pas un budget que le maire et les élus élaborent dans un bureau ; il faudrait qu’ils consultent la population et prennent en compte les aspirations de celles-ci. Quels sont les problèmes de notre commune ? Chaque quartier essaie d’identifier les problèmes auxquels il veut trouver des solutions et comment les solutionner, où trouver l’argent nécessaire à la réalisation des investissements.

Si les habitants d’un quartier ont besoin d’une rue, d’une école, d’adduction d’eau, ils réfléchissent et proposent eux-mêmes les voies et moyens par lesquels les ressources permettant la construction de l’infrastructure pourra être mobilisées. Ainsi la population s’approprie le budget en participant en même temps à la mobilisation des recettes et à l’exécution des dépenses. C’est cela l’importance du budget participatif ; il permet une cohésion sociale entre la commune et la population. En Afrique nous avons deux pays où des expériences sont en cours : le Cameroun et le Mali. Après cette formation, nous espérons qu’il y aura des esquisses de budgets participatifs d’ici un an, au niveau des communes d’Agadez.

Le budget participatif vise à assurer la transparence qui fait malheureusement défaut dans un secteur comme l’industrie extractive en Afrique. Comment se présente la situation chez vous au Tchad ?

Parler des industries extractives en Afrique d’une manière générale et au Tchad d’où je viens en particulier revient à parler de la malédiction des ressources naturelles. Les pays africains riches en ressources naturelles sont généralement des pays pauvres dont la situation est souvent aggravée par des conflits armés. Nous, en tant que société civile et acteur national au Tchad, nous essayons de faire de notre mieux afin que les ressources soient utilisées rationnellement et équitablement, dans la transparence, pour la lutte contre la pauvreté. Nous avons exigé au Tchad la mise en œuvre de l’ITIE. Mais notre requête ne se limite pas aux publications des compagnies et du gouvernement ; nous voulons que la gestion soit effectivement transparente pour permettre un bon développement.

Il est bien vrai que nos pays regorgent d’assez de ressources naturelles mais celles-ci sont mal exploitées et mal gérées. Les contrats sont très flous et la question du suivi des aspects socio-environnementaux reste aléatoire. L’environnement est détruit et les compensations sont moindres. Donc notre lutte au Tchad, c’est de faire en sorte que l’exploitation des ressources se déroule dans des conditions respectueuses de l’environnement et du bien-être des populations. Quant à la gestion, nous travaillons beaucoup plus en amont. Nous luttons pour une véritable implication des populations à la base dans cette gestion. Je prends un exemple : on crée les conditions pour une participation active de la population dans la gestion du budget de l’Etat dans un village où ils ont une école qui manque d’enseignants. Tous les habitants du village se réunissent pour demander à un directeur d’école d’ailleurs de leur envoyer un enseignant l’année prochaine. Lorsque ce directeur participe à l’élaboration du budget programme du ministère, il demande qu’il y ait un enseignant dans le village et lorsque le budget est adopté avec une ligne de recrutement de cinq ou six enseignants qu’on affecte dans la zone, cela signifie que la population a participé à l’élaboration du projet. Mais il y a aussi une autre phase qui est le suivi de la mise en œuvre, c’est-à dire la relecture de l’exécution du budget de l’Etat. Un exemple : dans telle région donnée, on prévoit de construire un centre santé, une école, une route, donc on envoie l’information à la base. Et la population essaie de contrôler. Si l’entreprise qui exécute le marché utilise des matériaux de mauvaise qualité, la population peut l’arrêter parce que l’investissement qui est faite leur revient. Elle peut refuser de signer l’acte de réception et là, l’entrepreneur est obligé de reprendre le travail. Voilà comment on travail en amont et en aval avec la population. Mais nous insistons beaucoup plus sur la participation à l’action citoyenne.

Est-ce que l’adhésion des organisations de la société civile africaine à la campagne internationale PCQVP a permis d’enregistrer des avancées en matière de transparence dans les industries extractives ?

Je pense que oui. Il y a quelques années, il était difficile d’exiger la transparence des gouvernements africains. Mais grâce aux actions des organisations de la société civile membres de la coalition, on assiste de plus en plus à un effort de transparence de leur part. Donc il y a une avancée mais comme le préconise la Banque mondiale à travers l’ITIE++, l’objectif c’est de voir comment se fait la gestion des recettes après les publications. C’est à ce niveau que se pose un problème. Au Niger, il y a déjà eu la publication d’un premier rapport ITIE ; au Cameroun et au Gabon aussi. Au Tchad, nous sommes encore à une phase d’essai parce qu’on a une instance qui gère les revenus pétroliers et qui publie des rapports, mais ce ne sont pas des rapports tripartites. Donc on peut dire que la transparence fait son chemin en Afrique avec le concours des acteurs sociaux. La question qui reste à résoudre, c’est la transparence dans les contrats. Tous les acteurs ne sont pas associés au moment de la signature des contrats, il y a des clauses de confidentialité alors que si les contrats étaient plus transparents, la population peut formuler ses conditions que la société extractive doit remplir. Si la société rechigne à honorer ses engagements, la population peut faire pression sur le gouvernement pour rompre le contrat.

Quelles sont les difficultés auxquelles les acteurs sociaux sont confrontés dans le cadre de ce combat pour la transparence ?

Les difficultés sont nombreuses mais on peut énumérer, entre autres, les menaces faites à l’encontre des acteurs de la société civile. Les gouvernements les assimilent souvent à des opposants. Une autre grosse difficulté, c’est la rétention de l’information qui pénalise le bon suivi de la transparence. Il y a également le manque de maturité des activistes pour s’approprier la lutte.

Propos recueillis par O. Issa