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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Lettre ouverte au Conseil National pour le Changement et la Démocratie(CNCD) :

« Plaidoyer en faveur des résistants tchadiens désarmés survivant au Soudan »

-Madame la Coordonnatrice et chère camarade

-Camarades membres  du CNCD

Nous avons l’honneur de  saisir votre jeune organisation pour vous  soumettre  le problème auquel sont confrontés depuis huit mois des milliers des combattants de la résistance survivant, après leur démobilisation,  en terre soudanaise afin de solliciter un peu plus d’ engagement de votre part pour  faire un plaidoyer en leur faveur auprès des ONG  et autres institutions internationales à caractère humanitaire ,  médico-humanitaire et droits de l’hommistes.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez nous de vous adresser nos vives et chaleureuses félicitations  pour  votre désignation aux commandes du CNCD,  lors de la conférence de l’opposition plurielle à Paris  afin de  poursuivre et  de faire renaitre sous  diverses formes la lutte contre la dictature abjecte du pouvoir du MPS.

Nous nous réjouissons  donc de la naissance de ce cadre de regroupement d’opposition plurielle  qui est par essence une nouvelle dynamique dans le combat que nous menons quotidiennement  .Nous ne cessons, pourtant de  mesurer   avec diligence l’énormité de votre mission qui nécessite également  la participation effective  et sans préjugés de tous les compatriotes  qui souhaiteraient voir le Tchad de demain correspondre  aux aspirations légitimes de son peuple.

Cependant, force est de souligner qu’au regard du degré d’engagement politique de chacun d’entre vous dans l’instance dirigeante du CNCD, vous méritez dignement la confiance qui est placée en vous. Soyez rassurés de notre soutien et de notre concours en toute circonstance. Nous ne saurions dès lors vous  souhaiter pleins succès dans votre immense mission tout en priant  le Seigneur de vous accompagner  dans la mise en chantier des recommandations issues des assises de Paris dans lesquelles une attention particulière fut accordée à la situation des combattants au Soudan.

Madame La Coordinatrice, Il y a dix huit mois que le Tchad et le Soudan ont rétabli leurs relations diplomatiques. L’opposition armée tchadienne qui dépendait exclusivement  de l’appui des autorités soudanaises  s’est vu payer un lourd tribut. Elle a perdu presque toute sa capacité d’action après le parachèvement de l’opération du désarmement en  octobre 2010.Toutes ses bases dans les localités frontalières soudanaises ont été déguerpies. Pendant cette période, les combattants de la résistance, excepté  leurs dirigeants politiques et certains chefs militaires, ne savaient pas le sort qui leur était réservé. Ils étaient brusqués et soumis à déposer les armes qu’ils gardaient depuis de nombreuses années. A l’exception d’un groupe qui s’est imposé à poursuivre la guérilla au prix d’énormes sacrifices, les autres étaient pris au dépourvu à cause de l’impréparation, du laxisme et du manque de courage politique de leurs semblants de dirigeants. Les  bases du nord ouest, nord est et du sud dans la vaste région du Darfour comportant un nombre important d’hommes et de matériels  ont été démobilisées sans coup férir. Les combattants ont donc le choix de rentrer au Tchad sans condition ou de rester au Soudan. La majorité écrasante d’entre eux ont  cependant décidé de ne pas renier leurs  convictions. Ils ont été embarqués à partir de l’aéroport de Fasher à destination de Khartoum pour être abandonnés plu tard à la merci de la nature. Ces combattants dont le nombre peut s’estimer à des milliers, sont éparpillés aujourd’hui  dans les différentes villes du nord Soudan. Certains, pour survivre, étaient obligés d’user de leurs muscles dans des chantiers d’exploitation artisanale de l’or avec tous les risques que ce genre de boulot occasionne. D’autres constituent une main-d’œuvre facile dans un pays où le chômage est assez frappant. Ce qui est écœurant c’est qu’ils ne sont protégés d’aucune couverture juridique et subissent des graves préjudices en matière du droit humanitaire. Des cas de décès  et de maladies sont récurrents et on serait tenté d’affirmer que même les champs de bataille, que nous avons connus pendant les dernières années,  avaient fait moins des victimes que  ces dures épreuves que nous vivons actuellement. Notre inquiétude  est aussi grande quand on sait que la majorité des combattants ne possèdent aucun papier d’identité, ce qui les rendrait vulnérables lorsque les soudanais commenceront, comme d’habitude, à  organiser des rafles pour enrôler tout bras valide dans leurs  diverses milices car l’imminence d’une guerre contre le Sud Soudan indépendant   à propos du différend de la région pétrolifère d’Abiyeï se profile à l’horizon. A Khartoum où résident également des  cadres  et chefs d’opposition, la galère est à son comble. En dehors de ceux qui se font passer pour des agents indicateurs de la sécurité soudanaise (œil et oreille de celle-ci) dans les rangs de la résistance  et qui en tirent lâchement profit, beaucoup sont réduits à la mendicité et devenus des «  sans domicile fixe ». Certains camarades se sont vu confisquer leur document de voyage et d’identité parce qu’ils ont osé jouir d’une liberté de circuler à l’intérieur de ce pays continent. A l’heure où nous sommes, une dizaine des résistants croupissent dans des cachots secrets sans contact avec le monde extérieur. Il en est de même pour le 1er vice président de l’UFR le colonel Adouma Hassaballah détenu depuis des longs mois à Addis Abeba dont on est sans nouvelles. Cependant, dès le départ, nous avons effectué des démarches auprès de la représentation du HCR à Khartoum pour statuer sur notre cas  mais il nous a été opposé un  non recevoir. Selon les responsables du HCR au Soudan, les dossiers émanant de la rébellion tchadienne ne sont pas à traiter sans qu’il n’y ait autorisation préalable des services de la sécurité soudanaise. Or, ces services qui refusent d’admettre de telles démarches font semblant d’ignorer que dans l’accord de normalisation des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan du 15 janvier 2010(lequel accord a produit des effets dévastateurs pour la résistance nationale), il a été bien mentionné dans ses dispositions que « les deux pays signataires s’engagent à accorder le statut des réfugiés aux rebelles désarmés sur leurs territoires respectifs si ces derniers ne désirent pas rentrer chez eux ».

 Donc, apparemment la volonté affichée des autorités soudanaises consiste à :

- D’une part, contraindre  les opposants tchadiens par la faim et l’indigence  à être obligés de rentrer sans préalable chez eux.

-D’autre part, faire vivre les tchadiens dans cet état de misère permettrait aux soudanais de les manipuler à leur guise selon ce fameux adage qui dit: « affame ton chien pour qu’il te suive. »

Toute fois, une grande inquiétude nous parait plausible lorsqu’on regarde sérieusement la nature peu encline aux questions des droits de l’homme  de ce pays hôte qui , par le passé , avait entassé dans un cargo des rebelles érythréens vivant sous son sponsor   pour les expédier à leur gouvernement, juste après la réconciliation scellée entre Asmara et Khartoum. N’évoquons pas aussi les conditions d’arrestation du terroriste Carlos au Soudan ni celles dans lesquelles feu Ben Laden s’était enfui des bords du Nil   le fugitif avait à l’époque trouvé refuge. Tout est donc matière à enseignement !

Madame la Coordonnatrice, notre situation actuelle ne rime pas avec le silence observé par la plupart des directions politiques qui se réclament d’avoir une quelconque base parmi nous. Il y a une démission de leur part ! Nous trouvons donc injuste, irresponsable voire complice cette attitude de garder un mutisme  devant la gravité de la situation des combattants abandonnés à leur triste sort. Il est temps de réagir pour éviter un drame humain car il y a la vie des milliers de personnes en danger !

En nous adressant au CNCD qui est un cadre unitaire de l’opposition, nous souhaiterions qu’il prenne à bras le corps ce problème pour une solution globale et définitive. Nous lui lançons un cri d’alarme tout en l’invitant à :

- Agir pour la libération immédiate et sans condition des camarades détenus au Soudan ainsi que la clarification sur le sort du Colonel Adouma Hassaballah arrêté en Ethiopie ;

-Toucher le siège du Haut Commissariat aux Réfugiés à Genève dans l’optique de trouver un pays tiers pouvant accueillir les combattants de la résistance, si le Soudan s’obstinerait à n’accepter sur son sol comme réfugiés les résistants tchadiens ;

-Saisir toutes les chancelleries soudanaises en Europe pour exposer ce cas gravissime du droit humanitaire en démontrant le non respect voire la violation  des textes internationaux et autres engagements souscrits par le Soudan notamment la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention Internationale relative  au Statut des Réfugiés, les accords signés avec le Tchad dont celui du 15 janvier 2010 dans ses dispositions relatives à la question des rebelles désarmés etc. ;

-Informer et sensibiliser les ONG des Droits de l’Hommes, les Médico-Humanitaires et Humanitaires sur la question ;

-Mobiliser les médias, la blogosphère tchadienne  pour un plaidoyer en faveur des combattants de la résistance qui ne savent aujourd’hui à quel saint se vouer.

Madame la Coordonnatrice, malgré toutes ces rudes épreuves que subissent les résistants, rien n’altère le moral de chacun pour poursuivre avec courage et détermination la longue marche pour parvenir un jour à bout de la dictature dans notre pays.

Veuillez  recevoir nos fraternelles salutations et agréer notre haute considération.

 

AHMAT YACOUB ADAM

Combattant de la Résistance