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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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MAO, 15 mars 2012 (IRIN) - À cause de la reconnaissance tardive de la crise alimentaire par le gouvernement tchadien, de la lenteur de la réponse des organisations d’aide humanitaire et des graves difficultés d’acheminement dues à la fermeture des frontières avec la Libye et le Nigeria, l’aide alimentaire n’est toujours pas arrivée au Tchad alors que plusieurs milliers de personnes ont déjà épuisé leurs réserves de nourriture.

Des habitants du village d’Eri Toukoul, dans la région occidentale du Kanem, ont dit à IRIN qu’ils n’avaient plus rien à manger. La plupart d’entre eux survivent en partant pour la ville. Les greniers à grain sont vides et les bêtes dont ils dépendaient sont mortes.

« Avant, nous avions 10-15 bêtes chacun ; maintenant, nous n’avons plus rien », a dit Fatou Su Hawadriss, qui a sept enfants. Presque toutes les familles du village avaient au moins un proche qui travaillait en Libye et leur envoyait de l’argent, mais ceux-ci ont fini par fuir la violence qui régnait là-bas.

À Tassino, un village du district de Mangalmé, dans la région centrale du Guéra, des femmes creusent dans les fourmilières à la recherche de grains laissés par les fourmis, a dit Stephen Cockburn, coordinateur régional des campagnes et politiques d’Oxfam pour l’Afrique de l’Ouest, depuis la capitale, N’Djamena.

Ces exemples sont étayés par une évaluation interagences réalisée en octobre 2011 et qui prévoyait que les familles de certaines régions vulnérables comme le Nord-Kanem auraient épuisé leurs réserves de nourriture d’ici le mois de février.

Dans les régions de Batha, Hadjer Lamis, Nord-Kanem, Wadi Fira, Ouaddaï et Guéra, il existe toujours d’importantes lacunes en matière de lutte contre la malnutrition, a dit Jane Lewis, assistante technique auprès de l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) à N’Djamena.

Le gouvernement tchadien a attendu jusqu’au 21 décembre pour demander de l’aide. L’équipe pays des Nations Unies, qui, selon le protocole, doit attendre d’être invitée à intervenir, a tardé à se mobiliser. Tandis que le personnel d’organisations telles que le Programme alimentaire mondial (PAM) travaille d’arrache-pied dans une véritable course contre la montre, le délai d’acheminement des vivres, qui peut atteindre jusqu’à six mois, signifie qu’ils ne seront disponibles, au plus tôt, qu’au mois d’avril.

Fermeture des frontières

Cette année, les options pour l’importation de vivres sont très limitées à cause de la fermeture des frontières avec la Libye et le Nigeria. Les seules possibilités sont d’acheminer la nourriture depuis Port-Soudan ou par voie ferrée depuis Douala, au Cameroun. Or, les stocks alimentaires régionaux du Nigeria et du Cameroun sont également diminués, car les deux pays ont aussi été affectés par la sécheresse, a dit Jean-Pierre Leroy, responsable de la logistique auprès du PAM, en ajoutant que le PAM explore actuellement différentes possibilités pour avoir accès aux réserves alimentaires du gouvernement nigérian.

Début mars, quelque 14 000 tonnes de grain importé par le PAM étaient en route depuis Douala et 18 500 tonnes depuis le Soudan. Il ne s’agit cependant que d’une fraction des 160 000 tonnes qui ont été estimées nécessaires jusqu’à la fin 2012.

Il peut s’écouler jusqu’à trois mois entre l’arrivée au port et la distribution dans les entrepôts régionaux, a précisé M. Leroy, ce qui signifie que les délais seront « très serrés » pour acheminer tout ce qui arrivera après le 1er avril. Après le début des pluies, en juin, les routes risquent en effet de devenir impraticables.

 

« Le moment est critique… C’est très compliqué. Le temps presse et nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des problèmes avec l’acheminement depuis le Soudan en ce moment », a dit M. Leroy à IRIN. Le PAM au Tchad pourrait devoir subir la concurrence de la branche de l’organisation au Soudan, car celle-ci accumule également des réserves de vivres pour les distribuer dans les camps de personnes déplacées.

Selon Alice-Martin Dahirou, représentante de l’organisation au Tchad, le PAM prévoit fournir six mois de vivres à 1,2 million d’enfants, ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes.

Prépositionnement

Malgré les sécheresses récurrentes au Sahel, le PAM dispose de peu de réserves de denrées alimentaires prépositionnées au Tchad, car, selon M. Leroy, il est trop onéreux de maintenir des stocks suffisants. Cependant, l’organisation a réussi à réduire les délais de livraison de six à trois ou quatre mois grâce à son fonds de roulement qui lui permet de distribuer de la nourriture à titre de prêt, créant ainsi un mouvement de stocks. Selon Mme Dahirou, ce système, mis sur pied il y a trois ans, commence à bien fonctionner.

Le problème du Tchad est que le gouvernement dispose de peu de réserves d’urgence – seulement 40 000 tonnes, d’après le ministre de l’Agriculture, Djimit Adoum – contrairement à ses voisins, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont tous constitué des réserves d’urgence au cours des dernières années.

L’organisation non gouvernementale (ONG) Action contre la Faim (ACF) a aidé une trentaine de villages des régions du Kanem et de Bahr el Gazal à constituer des réserves de céréales. Or, selon Céline Bernier, coordinatrice du programme de nutrition d’ACF, « cela n’a d’effet qu’à petite échelle ».

Le gouvernement ne mettra sur pied des réserves d’urgence qu’avec l’aide des bailleurs des fonds et des organismes des Nations Unies, a dit M. Adoum.

En janvier, le gouvernement a mis sur le marché 20 000 tonnes de céréales subventionnées et, selon M. Adoum, il prévoit en vendre 20 000 tonnes de plus avant la fin mars. Pendant ce temps, la Chine a promis de fournir du riz à hauteur de 4 millions de dollars, mais on ignore comment ce riz sera transporté.

« Face à tant de besoins [selon les Nations Unies, 3,5 millions de Tchadiens vont avoir des difficultés à se nourrir et à gagner leur vie cette année], la capacité du gouvernement à anticiper les événements à venir est essentielle pour mener à bien et coordonner une réponse efficace à cette crise », a dit M. Cockburn, d’Oxfam.

Il faut « mettre en place rapidement » un plan d’intervention national rassemblant tous les acteurs de l’aide humanitaire, a-t-il dit. Un plan d’intervention national aurait été adopté la semaine dernière, mais les détails n’ont pas encore été révélés.

Le gouvernement, les bailleurs de fonds et les organismes humanitaires doivent tous améliorer leurs réflexes d’atténuation, a dit Mme Bernier, d’ACF. « Nous connaissons le Sahel et nous savons qu’il y aura toujours des crises... Les organisations se préparent et prennent des mesures d’atténuation, mais la crise a lieu maintenant... Il est tellement plus économique de réagir tôt ».

Le gouvernement cherche à intensifier la production agricole et alloue 8 pour cent de son budget annuel au secteur, mais il ne donne pas la priorité à la sécurité alimentaire ni à la nutrition, a dit un travailleur humanitaire à IRIN. Au lieu de cela, d’importantes sommes sont attribuées à la construction de « routes et d’installations inutiles et coûteuses – le choix des priorités en matière d’affectation des fonds est critiquable ».

Le Comité d’action pour la sécurité alimentaire et la gestion des crises du gouvernement tchadien se réunit régulièrement pour discuter de la sécurité alimentaire, mais peu de décisions sont prises à cette occasion. La coordination des bailleurs de fonds pour répondre à la crise alimentaire est quant à elle insuffisante, a dit à IRIN un donateur qui a préféré garder l’anonymat. Les principaux bailleurs de fonds intervenant au Tchad sont l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), la Suisse, les États-Unis, la France et l’Allemagne.

Des membres du personnel de plusieurs organisations ont expliqué que ce sont les 6 millions de dollars versés par le Fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies (CERF) au début de la crise qui ont permis aux organisations d’agir rapidement.

Lassitude face aux crises ?

Selon certains, la communauté internationale a mis du temps à réagir à la menace de crise alimentaire à cause, notamment, d’un « excès de crise ». « Il y a tellement de crises ici – choléra, Nigeria, rougeole, Libye, méningite, polio, nourriture – cela n’arrête pas. On a donc un sentiment de déjà-vu », a expliqué un spécialiste de l’aide humanitaire à IRIN.

De nombreuses organisations humanitaires interviennent au Tchad, mais elles sont inégalement réparties. On compte jusqu’à 70 ONG dans les camps de réfugiés soudanais et aux alentours, dans l’est du pays, tandis que certaines régions très vulnérables du centre et de l’ouest du Tchad n’en ont que trois ou quatre. Lors de la crise alimentaire de 2009, le PAM a dû distribuer lui-même une grande partie de sa nourriture en raison d’un manque de partenaires.

De nombreux membres de la communauté internationale tentent d’inciter les ONG à se déplacer vers l’ouest afin de rétablir un certain équilibre.

En attendant, Mme Hawadriss, de la région du Kanem, vient de recevoir cinq chèvres offertes par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – l’une des rares organisations internationales intervenant aux alentours de Mao. Juste au moment où elle pensait qu’elle avait épuisé tous les moyens de survie, elle a reçu cette bouée de sauvetage. Mais au bout du compte, elle va peut-être devoir changer de mode de vie. « Si les choses continuent ainsi et que les précipitations sont toujours aussi mauvaises, je ne sais pas si je vais pouvoir rester ici », a-t-elle dit à IRIN.

 

Source: IRIN