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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

A la veille de l'indépendance, Ahmed Koulamallah, un leader politique du nord, était plus ou moins opposé à l'idée de l'indépendance du Tchad. Le problème nord-sud était déjà perceptible à l'époque. En effet, Koulamallah, conscient de la présence écrasante des sudistes aptes à reprendre les choses en main à l'indépendance, était réticent pour cette indépendance. Le déséquilibre ne date donc pas de l'époque de Tombalbaye, encore moins de Malloum.
 
Il faut remonter au début du siècle pour retrouver les origines de ce déséquilibre dans la représentativité au sein de l'administration étatique. Il faut dire que le sud du Tchad a largement bénéficié de la présence du christianisme. Les premiers missionnaires prostestants sont entrés au Tchad en 1924. Cinq ans plus tard, soit 1929, les missionnaires catholiques ont fait leur entrée dans le sud du Tchad à parti de la Centrafrique. Dès ces années, les choses allait s'accélérer en terme d'évangélisation et d'instruction, et de soins de santé primaire. Dans les deux Logones et le Moyen Chari du moins, à côté de chaque église érigée par les missionnaires, il y avait également une école et un dispensaire. Les Bonnes Soeurs européennes s'occupaient du dispensaire, tandis que des autochtones étaient formées rapidement pour prendre en charge l'enseignement dans les écoles primaires créées par l'Église. Ces activités ont été partiellement ralenties par la seconde Guerre Mondiale, mais dès la fin des années 40, les activités reprennent de plus belle. Les missionnaires ouvrent quelques collèges de renom au sud : collège Charles Lwanga à Sarh, collège Joseph Mukassa de Donia, Collège Notre-Dame de Moundou pour les filles, Collège Evangélique de N'Djaména (dont la majorité des élèves sont sudistes en fait). Au départ, l'intention des missionnaires était de former uniquement des futurs prêtres dans ces collèges catholiques. Mais petit à petit, ces Séminaires avait progressivement perdu la vocation initiale, pour se consacrer à la formation de futurs cadres Tchadiens. Les missionnaires avaient étendu leur acitivité jusqu'au Guéra qui constituent la limite nord de leurs interventions. A Mongo, il y avait une école primaire avec internat, dirigé par des prêtre jésuites du diocèse de N'djaména. Il y a des prêtres Tchadiens originaires du Guréra. Ce sont des anciens de cette école.
 
Pendant ce temps, le nord du Tchad n'avait pratiquement rien comme école ou collège. Dans l'histoire, la première école a été ouverte au nord par l'autorité coloniale mais les nordistes considéraient,à tort ou à raison, l'école française comme une menace pour l'islam. du coup, les parents avaient refuser d'y envoyer leurs enfants. Par la suite, les écoles du nord étaient fermées faute d'élèves.
 
En tenant compte de cette histoire, on comprend qu'avec l'indépendance, les sudistes soient majoritaires dans l'administration. Tombalbaye a passé un peu moins de 15 ans à la tête du Tchad¨. Pendant tout son règne, il était actif jusqu'en 1972-73, année où il a commencé à perdre la tête. Toutes les activités dans le sens du développent était bloquées. L'homme se consacrait désormais à son Yondoh. Il s'agit d'une pratique traditionnelle qui intéressait uniquement le Moyen-Chari, les deux Logones et une partie de la Tangjilé (selon la division territoriale de l'époque), mais le Président en a fait un problème national. Il a consacré plusieurs journées à la visite des camps d'initiation au Yondoh. De 1972 jusqu'à son éviction et sa mort en 1975, Tombalbaye n'a plus rien réalisé. On ne peut donc pas dire qu'entre 1960 et 1972, en 12 ans Tombalbaye avait construit tant d'écoles et de collèges dans le sud du pays. Quant aux militaires, ils n'ont rien réalisé pendant leur bref règne de 1975 à 1979.
 
Si on regarde la situation à la loupe, on remarque que Tombalbaye a eu le mérite d'ouvrir au nord des école et lycée : une à Fada et un lycée à Faya si l'on en croit les affirmations de Teguene CCFAN ci-dessus. Notre célèbre internaute plaint le sort des élèves qui quittaient leur village lointain pour aller à Faya au lycée. Cette situation n'est pas spécifique des seuls élèves nordistes. Il s'agissait d'une situation générale pour tout jeune Tchadien qui avait la malchance de naître très loin d'un centre urbain. Dans les années soixante, pour les deux Logones Oriental et Occidental, il y avait un seul lycée à Moundou, et il n'y avait pas toutes les classes. Il fallait aller à N'djaména à partir d'un niveau donné. (Exemple : Jusqu'en 1978, il y a vait une seule Terminale C à N'Djaména pour tout le Tchad !) Tous les élèves étaient obligés de quitter leurs villages lointains pour Moundou à leur admission au concours d'entrée en 6e. Beaucoup d'entre eux n'avaient pas de parents dans cette ville et un grand nombre d'entre eux recouraient à n'importe quoi pour pouvoir survivre en ville et suivre les cours. Beaucoup ont abandonné les bancs faute de soutien en ville. Il s'agissait donc d'une situation générale pour un pays du tiers-monde, nouvellement indépendant, et non d'une situation spécifique au nord que décrie avec force notre internaute ci-dessus.
 
DÉSÉQUILIBRE DANS L'ARMÉE
 
L'armée. Voilà un autre point de revendication. On accuse les régimes sudistes d'avoir royalement ignoré le nord dans la représentation dans l'armée. Cette situation trouve quelques explications. Le Tchad a eu son indépendance le 11 août 1960. Avant cette date, les sudistes étaient majoritaires dans l'armée coloniale. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les sudistes étaient massivement recrutés. Et c'est eux qui allaient prendre le relais après le départ du colon. On compte trop peu de nordistes Anciens Combattants. Personnellement, je ne trouve pas d'explication à ce recrutement sélectif de la part des colons. Notre ancien Président Malloum par exemple avait servi dans l'armée coloniale. Il a fait la guerre d'Indochine. Ainsi donc, à l'indépendance, on se retrouve avec un nombre écrasant d'officiers d'ailleurs majoritairement originaire du Moyen-Chari, au sein de l'armée, Bien évidemment, ceux-ci orientaient leurs enfants dans les Écoles d'enfants de Troupe, ce qui entretenait la surreprésentation sudiste avec le temps. La situation était plus perceptible au lendemain du coup d'Etat militaire de 1975 : le CSM était composé de membres pour la plupart issus du Moyen Chari, avec quelques présences insolites : Gouara Lassou du Mayo-Kéby et le Colonel Zacharia, l'un des rarissime nordistes du CSM. Le déséquilibre existait même perceptible au sud : aucune présence Ngambaye, ou Kabalaye, ou Nantchéré (pour ne citer que ceux-là) au sein du CSM. On raconte même qu'au sein du CSM, la langue de communication était le Mbaye. Malloum, pourtant animé de bonnes intentions, était souvent mis en minorité, devant le fait accompli, car tout était décidé dans les quartiers entre Kamougé et Cie. Kamougué serait le principal acteur de l'échec de la politique de Malloum, très motivé pour le retour de la paix au Tchad. C'est peut-être les mauvaises langues qui parlent mais la vérité n'était pas très loin. On comprend que l'une des principale revendications d'Hissein Habré en 1978 lors des négociations, était la dissolution du CSM avant qu'il ne se rallie au régime de Malloum. Habré avait parfaitement raison à l'époque. Mais fallait-il mettre le feu à tout le Tchad en 1979 pour obtenir réparation des  injustices dont les sudistes seraient les acteurs ? A vous de juger.
 
LE DÉSÉQUILIBRE AUJOURD'HUI
 
Idriss Déby est un nordiste. Il va fêter très bientôt ses 20 ans à la tête du Tchad. Inch Allah ! Notons quelques réalisations sous son règne. C'est sous Idriss Déby que N'Djaména est relié pour la première  dans l'histoire du Tchad, à une autre grande ville de l'intérieur du pays. Il ne s'agit pas d'une ville du nord du Tchad. Mais ...de Moundou. En plein sud.  Il y a une décennie en arrière, c'était une prouesse de faire N'Djaména-Moundou en une journée. Il fallait 24 ou 48 heures en saison sèche et près d'une semaine en saison des pluies. Aujourd'hui, N'Djaména est à 5 ou 6 heures de route de Moundou. On peut pendre son petit déjeuner à N'Djaména et son déjeuner sans retard à Moundou... en transport en commun. On peut aujourd'hui quitter Moundou le matin, faire ses courses à N'Djaména et regagner rapidement Moundou en quelques heures. Les compagnies de voyage vers Moundou foisonnent. Il y a même une compagnie qui est dénommé "Sud-voyage". Le confort ne fait pas défaut. Les bus sont climatisés. Il n'y a jamais de retard. On dirait des horaires de départ des TGV en France : 4 H 30mn, 6 H 30 mn, 7 H 30 mn etc...Aucun retard. Si le passager rate son bus, des instructions sont données pour qu'il prenne le bus suivant sans aucune amende à payer. Un seul arrêt pendant le parcours : Bongor. Prochain arrêt, Moundou, s'il n'y a pas de passager pour Kélo et autres localités. Les gros bagages sont acheminés à bord de véhicules dédiés à cet effet. Le voyageur se présente à l'agence pour récupérer son bagage. Entre Moundou et N'Djaména, il n'y a plus de véhicule de transport en commun fait de gros porteurs, avec des voyageurs entassés comme des sardines, perchés à 6 mètres de haut. Les Tchadiens voyagent confortablement entre Moundou et N'Djaména. On voyage maintenant entre N'Djaména et Doba sur une route bitumée qui est en train de se poursuivre vers Sarh ! C'est bientôt achevé.
 
Faut-il voir dans toutes ces réalisations d'infrastructure routière une injustice envers le nord ? Sincèrement non. Il s'agit d'une investiment utile. Je ne veux pas dire que le nord est inutile. Il  faut investir là où il y plus de brassage de la population, c'est ce que Déby semble avoir compris. Il y a un grand mouvement des populations du nord du Tchad, vers le sud du Tchad. L'inverse est nul. Jamais les sudistes se déplaceront pour aller s'installer au nord. Les sudistes rencontrés au nord sont des fonctionnaires venus accomplir leur service civique dans l'intérêt de l'Etat tchadien. Hors de question pour un sudiste d'acheter un terrain à Faya-Largeau. On observe le phénomène inverse au sud. Les nordistes sont installés chez eux au sud. Ils y achètent des terrains et construisent des maisons. Ils sont chez eux au Tchad. Personne ne peut le leur reprocher. Dans la ville de Moundou par exemple, les grandes affaires au marché central de Moundou sont détenues par les nordistes. C'est une très bonne chose. Les populations locales ont une vocation essentiellement agricole. On est ainsi complémentaire. Heureusement d'ailleurs. Le commerçant nordiste achète du riz ou du mil produit par le paysan sudiste. Ce qui fait la richesse du Tchad : la complémentarité. Partant d'un tel constat, il est logique pour le gouvernement de construire plus d'école, de lycées ou de collège au sud qu'au nord, car au sud, il y a une plus forte concentration de populations issues du nord comme du sud. En la matière, il n'y avait donc pas d'injustice de la part des sudistes entre 1960 et 1979.
 
QUELQUES MALADRESSES POLITIQUES DU PASSE
 
Sous le régime de Tombalbaye, soulignons quelques maladresses dans la politique d'installation des usines : la CIVIT à Sarh et l'huilerie d'Abéché. La CIVIT est une société d'exploitation de viande. Le nord ayant une vocation essentiellement pastorale, une telle usine serait la bienvenue au Batha, au Guéra, dans le Ouaddaï, etc... Une usine d'huilerie consomme comme matière première, des produits essentiellement agricoles : arachide, coton, sésame... Le sud est plus apte qu'Abéché, pour abriter une telle usine. Mais ce sont des erreurs. Nul n'est parfait.
 
UN TCHAD COMPLÉMENTAIRE
 
Au lieu de se focaliser sur les injustices, si injustice il y a, regardons plutôt l'intérêt du Tchad. Le nord du Tchad, c'est le Tchad. Le sud du Tchad, c'est le Tchad aussi. Où est le problème ? S'il y a injustice, les Tchadiens n'en sont pas directement responsables. Il faut principalement accuser la nature et la colonisation. Faisons donc la paix sans ressasser l'injustice injustifiée du passé de façon sempiternelle.
 
BELEMGOTO Macaoura