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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

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Jacques Hintzy est président de l’UNICEF France. Au lendemain du sommet de l’Union africaine et dans un contexte de tensions et de conflits dans de nombreux pays d’Afrique, il revient sur la condition des enfants soldats sur ce continent. Il nous explique les actions de l’Unicef pour sauver ces enfants qui grandissent, malgré eux, sous le feu et la violence.

Qu'entend-on par l'expression "enfant soldat" ?

C’est un phénomène complexe. La plupart des responsables des bandes armées ou des forces gouvernementales nient la présence d’enfants soldats. Ils considèrent qu’a partir du moment où un jeune est engagé comme soldat ce n’est plus un enfant. Il y a une appréciation extrêmement laxiste et floue de la barrière de la majorité. D’après tous les protocoles, un enfant peut être militarisé à partir de 16 ans mais on n’a pas le droit de l’emmener sur les zones d’opération avant 18 ans. La seule possibilité de faire une appréciation du phénomène est d’obtenir une autorisation pour visiter les casernes et de juger la condition des enfants. Il ne faut pas oublier que les filles peuvent représenter 30 à 40 % des enfants soldats. La définition d’un enfant soldat s’applique à toute personne mineure associée à des troupes, et pas seulement combattantes. Depuis une quinzaine d’années on évoque un chiffre entre 250 000 et 300 000 enfants soldats dans le monde.

 

Dans quels pays africains le recours aux mineurs par les groupes armés reste le plus important ?

Actuellement le pays le plus concerné est le Soudan avec la crise du Darfour. On évalue à 6500 le nombre d’enfants soldats dans cette région. Il y en a aussi au Tchad. Lors des derniers comptages, on estimait à au moins 10 % la proportion d’enfants soldats parmi les combattants dans ce pays. Il y en a aussi en République centrafricaine. Mais l’Afrique n’est pas le seul continent touché. Elle représente à peu près une petite moitié de ce phénomène. La Birmanie, la Colombie sont par exemple confrontés au même problème. Et puis, il y a des pays où on parle d’enfants associés à des groupes violents, ce ne sont donc pas forcément des enfants soldats au sens militaire du terme. C’était le cas par exemple à Haïti.

 

« C’est souvent la seule façon pour eux de survivre »

 

Comment s’effectue le recrutement ou l’enrôlement de force des enfants soldats ?

Pour simplifier on peut dire qu’il y a, d’une part, le recrutement par enlèvement. Il s’agit donc de l’attaque d’un village par une bande armée. Les maisons sont brûlées, les adultes tués et cela devient facile d’enlever les enfants. Puis, en général les enfants sont drogués, éventuellement on les pousse à commettre des crimes dans leur environnement proche de façon à éviter un retour dans leur communauté d’origine. D’autre part, certains enfants rejoignent les forces armées pour venger l’assassinat de leurs parents par un autre groupe rival. C’est souvent la seule façon pour eux de survivre. D’autres sont fascinés par le fait militaire et c’est pour eux une façon de quitter l’âge adulte.

 

Lors du quinzième sommet de l’Union africaine, les Chefs d’Etats africains ont pris en considération les tensions engendrées par les extrémistes islamistes. C’est notamment le cas en Somalie où la situation est chaotique. Dans ce genre de conflit, quel est le sort des enfants ?

Dans tous les conflits, les enfants sont les premières victimes parce qu’ils sont les plus fragiles. Les familles, totalement détruites, sont forcées de fuir. Dans ce cas, les enfants sont les premiers touchés par le manque de nourriture et ils restent particulièrement vulnérables face aux maladies et aux épidémies. Tous les services de base dont ils ont besoin, je pense à la santé ou à l’éducation, disparaissent.

 

Les États-Unis financent le gouvernement de transition somalien et son armée. Ces deux pays n’ont pas ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. Pensez-vous que dans un avenir proche, une ratification est envisageable ?

C’est une question politique. Déjà, on ne peut pas dire que les États-Unis financent le recrutement d’enfants soldats en Somalie. Mais on peut dire qu’ils financent ce pays. Il me semble que la Somalie était prête à signer la Convention relative aux droits de l’enfant. En tout cas les intentions ont évoluées positivement. Pour les Etats-Unis c’est plus compliqué. Leur système fédéral a longtemps empêché la ratification de la convention. Mais il y aussi des signes encourageants. Disons que nous avons quelques alliés proches de l’administration de Barack Obama. Anthony Lake est le nouveau directeur général de l’Unicef (Il a été le principal conseiller de Barack Obama lors de sa campagne présidentielle en 2007-2008 NDLR). Les discussions sont plus faciles mais rien n’est fait. On doit attendre désormais que les choses évoluent dans le sens d’une ratification.

 

« Il faut démontrer que cet enfant est victime et non pas coupable »

 

Certains enfants soldats parviennent à échapper aux groupes armés. Comment se passe leur réinsertion dans la société et quel rôle joue l’Unicef ?

L’Unicef intervient souvent dans ce cadre. Au retour de l’enfant, il y a tout un processus de rencontres et de discussions avec les parents. Nous créons dans ces villages des groupes d’accueil de façon à expliquer ce qu’a vécu l’enfant. Pour qu’il soit accepté par la communauté une nouvelle fois, il faut démontrer que cet enfant est victime et non pas coupable. Notre travail est aussi de re-scolariser l'enfant. Mais les écoles peuvent avoir du mal à accepter ces enfants qui sont souvent violents. Par conséquent nous donnons une dotation à l’école. Cela permet d’obtenir du matériel scolaire ou sportif et c’est bénéfique pour tous les enfants. D'autre part, pour les enfants plus âgés qu’on ne peut pas scolariser, on travaille à l’insertion économique. On a instauré des modules de formation qui varient entre six mois et deux ans. On leur apprend un métier et ils obtiennent un diplôme. On essaye de leur donner une petite chance de démarrer. Il faut aussi réaliser une étude sur le contexte économique du pays. Elle permet d’adapter les formations aux véritables besoins de l’enfant en fonction de la société dans laquelle il va grandir. Par exemple dans un pays comme le Libéria, où l’on trouve 80 % de chômeurs, les attentes professionnelles sont très particulières.

 

Dans quels pays travaille l’Unicef et avec quels moyens ?

Nous travaillons dans tous les pays qui ont été en conflit. On a travaillé en Sierra Leone, au Libéria, au Burundi, en Ouganda, au Tchad ou encore au Soudan. En ce qui concerne les moyens, il faut savoir que dans chaque équipe, dirigée par un représentant qui est le patron du bureau, on a une unité de protection de l’enfance. Cette unité a pour objectif de prendre en charge les conventions avec l’État et elle s’occupe des problèmes globaux concernant les enfants soldats. Elle coordonne l’action et les programmes sur place. Nous adaptons les effectifs en fonction de la situation et des besoins au niveau local.

Entretien réalisé par Matthieu Windey

 

Source: humanité