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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Mme Zara Mahamat Yacoub, femme de médias au Tchad

Par Luidor NONO - 05/04/2012

«Avec l’arrivée des radios privées au Tchad, beaucoup de vies humaines ont été sauvées»

Mme, vous êtes journaliste, réalisatrice, documentariste au Tchad comment expliquer ce parcours?
Quand j’étais au collège, au lycée, même à l’école primaire, je disais à tous mes maîtres que je voulais être avocate. Sincèrement je voulais le faire après mon baccalauréat mais, plus le temps passe, plus on change, et là j’ai choisi de faire ma carrière dans la communication, dans la presse. Je suis journaliste, réalisatrice et je ne regrette pas. C’est un beau métier qui permet de rencontrer des gens, de raconter ce qu’on a envie de raconter, de vivre ce qu’on a envie de vivre.

Est-ce que vous avez toujours voulu être cinéaste documentariste?
Au Tchad comme partout, faire des films c’est un métier, et pour exercer un métier, il faut passer par une école; ça c’est une première possibilité. Pour d’autres, on peut ainsi apprendre ce métier sur le tas. Il faut surtout être courageux, parce que ce n’est pas évident. Quelle que soit la volonté, si on n’a pas les moyens, on ne pourra pas faire ce qu’on a envie de faire. Si on a la volonté, le courage et surtout la patience en matière de film on peut le faire. Je connais des cinéastes qui ont conduit un projet pendant dix ans avant de le réaliser. Dans ce métier déjà il faut être patient, que ce soit en matière de recherche des financements, que ce soit par rapport à la réalisation et à la production des films. Quand les gens se mettent devant un écran pour regarder un film, ils ne savent pas combien d’heures la personne a passé pour le faire.

 

En plus vous êtes une femme, est-ce que dans le contexte du Tchad, c’est un handicap ou c’est un avantage?
C’est difficile d’être femme sur terre. Rien que pour se faire belles, elles souffrent. Les autres, même pour vivre, elles souffrent, pour se faire aimer, elles souffrent, pour faire des enfants, elles souffrent, pour les élever c’est toujours une souffrance, et je me dis, c’est dur d’être femme sur terre. Mais quand même, je suis fière d’être femme, parce que être femme, c’est aider. S’il n’y avait pas de femmes, il n’y aurait pas d’hommes. Aujourd’hui, tous ces hommes, s’ils n’avaient pas une mère quelque part qui les a élevé et éduqué, ils ne deviendraient pas ce qu’ils sont.

Ce sujet de la femme vous préoccupe?
Oui, ça me préoccupe. Quand je vois la souffrance de la femme, tout ce que je peux faire, je le ferai pour soulager la femme.

Parlez-nous un peu de votre maison de production et de communication?
J’étais à la télévision nationale et j’ai démissionné pour créer cette maison de production parce que la télévision c’est une télévision d’Etat. Je ne pouvais pas faire ce que j’avais envie de faire. Donc, grâce à ma maison de production, je faisais ce que je voulais et, avec des amis nous avons lancé une radio et grâce à cette radio je m’exprime, parce que j’aime beaucoup ma liberté. J’avoue qu’on rend beaucoup de services avec cet outil qu’est la radio ou le cinéma, mais surtout la radio. Avec l’arrivée des radios privées au Tchad, beaucoup de vies humaines ont été sauvées parce qu’on n’arrête pas de dénoncer des situations. Il y a des choses qui se passent et les gens peuvent mourir dans l’anonymat, mais quand on le dénonce, ils sont sauvés. Avec la communication, on peut faire beaucoup de choses.

 

Votre titre de présidente des radios privées au Tchad légitime-t-il vos actions?
Pour moi, c’est une manière d’organiser les radios. Cette union existait depuis des années, j’en ai été la présidente. J’ai fini mon premier mandat, je n’ai pas voulu le renouveler mais, là je suis revenue, parce que je me dis, tant que nous ne sommes pas unis, nous sommes faibles, fragiles. Nous ne pouvons pas faire correctement notre travail, mais dans l’unité nous sommes forts.

Vous avez participé aux 20 ans de l’Association pour mieux connaître le Tchad, qu’est-ce que cela a suscité en vous?
Quand j’ai reçu l’invitation, je n’ai pas hésité d’abord parce que je connais cette association à travers les livres qu’elle publie. La plupart de leurs publications, je les ai. Je ne peux pas dire que lis régulièrement, mais quand même, j’ai lu beaucoup de livres publiés par cette association que j’encourage. Les gens ne se rendent pas compte que cette association est en train de faire beaucoup de choses pour le Tchad parce qu’un pays qui n’arrive pas à faire la promotion de sa culture n’existe pas pour moi. Si on n’a pas de culture, on n’existe pas. Aujourd’hui, cette association est en train de faire un travail formidable. Je pense qu’il viendra un jour où les gens vont évaluer ce qu’elle a fait et ils diront bravo à ceux qui ont eu l’initiative de la mettre en place. Nous, en Afrique, avons beaucoup de choses à raconter mais nous n’avons pas l’occasion de les raconter. Grâce à ce que fait l’association, je suis venue, j’ai acheté des livres qui parlent de Fort Lamy. J’ai bien envie de faire connaître cette ville qui m’a vue naître à mes enfants.

On a vu et apprécié ce fabuleux documentaire que vous avez réalisé et produit sur Ildjima, la cantatrice tchadienne. Si on vous demande de raconter en deux, trois mots, cette histoire vous diriez quoi?
Je dirais d’abord que c’est notre Cesaria Evora, et c’est notre icône nationale parce qu’il n’y a pas de cérémonie officielle qui se passe au Tchad sans cette dame. Mais c’est la femme la plus pauvre, la plus misérable de la terre.

Si on vous demandait aujourd’hui vos souhaits et vos vœux pour la communauté tchadienne et pour le cinéma tchadien?
Je souhaite la paix pour mon pays, je souhaite que mon pays ait la paix pour que nous puissions vivre comme dans les autres pays, et surtout que nos enfants ne connaissent pas ce que nous on avait vécu.

Source:   http://www.journaldutchad.com/article.php?aid=2633