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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Pipeline110908275.jpg «Le Tchad reste parmi les pays au monde où les fleuves et les cours d'eau, pourtant très poissonneux, servent de dépotoirs aux usines et autres industries. Franchement, nous n'aimons pas notre pays». Cette confession d'un cadre de la mairie, lors d'une tournée dans la v/ille de N'Djaména, traduit la gravité de la situation.Tchad, particulièrement à N'Djaména, la capitale, tout part dans le fleuve, même les déchets les plus dangereux. Presque toutes les industries déversent leurs eaux souillées dans les deux grands fleuves (le Logone et le Chari), sans aucun traitement préalable. A cause de leur proximité, toutes leurs eaux, parfois très dangereuses et nocives selon des spécialistes, se retrouvent au fond de ces fleuves, les plus importants affluents du Lac Tchad. Le cas le plus flagrant est celui des Brasseries du Tchad (BDT), qui évacuent vers le Chari, de la soude utilisée pour le lavage des bouteilles, à travers un canal bien construit et camouflé. Les eaux de cette partie du Chari changent de couleur et d'odeur. «L'eau de lavage de céréales et toutes les huiles de vidange des moteurs des BDT sont évacuées dans le fleuve, par ce canal», confie un employé des BDT.

 

La Société Moderne des Abattoirs de Farcha et les autres unités industrielles situées aux confins du fleuve y libèrent du sang et autres huiles usagées. « A l'abri de tout oeil indiscret, à cause de sa proximité avec la présidence de la République, l'ex-STEE rejette une partie de ses huiles usées dans le fleuve », confie une source. Comme si cela ne suffisait pas, toutes les eaux ménagères et autres résidus d'antibiotique des hôpitaux et cliniques privées de la capitale s'en vont se mélanger avec les eaux du Chari. Dans les deux grandes agglomérations du Sud, Moundou et Sarh, le spectacle est presque similaire, notent plusieurs sources.

«A Sarh, la Compagnie Sucrière du Tchad (CST), à travers une astuce bien huilée, dégagent ses eaux usées dans le Logone. A Moundou, la Coton Tchad, les BDT et autres se libèrent de leurs eaux souillées, sans gène, dans le fleuve», renseigne le directeur du Laboratoire de l'Eau et de l'Environnement (LABEEN) de l'université de N'Djaména, Tchadanaye New Mahamat. «Pourtant, la souillure des fleuves n'est pas sans conséquence pour la vie des poissons. L'eau ne sera pas seulement chargée de matières organiques et minérales, mais, augmentera, aussi, son PH», relève-t-il. Et de poursuivre : «Les algues bleues vont recouvrir, facilement, l'eau empêchant l'oxygénation des poissons. Les bactéries vont diminuer et le fleuve n'aura plus le temps de s'auto épurer». «S'il y a pollution, il y aura changement dans le milieu aquatique», estime le chef d'unité Environnement du Projet de Développement de la Pêche (Prodepeche) Ndornodji Toyoum. «Les espèces de poissons disparaîtront sûrement. L'impossibilité de la pêche sera ressentie réellement dans cette zone», assure-t-il.

Sur le terrain, les pêcheurs sont obligés de faire de kilomètres «plus en bas» pour avoir les bons poissons. «Il n'y a pas de poissons aux alentours de N'Djaména. Nous sommes obligés de descendre vers le Lac pour avoir quelques poissons pour notre consommation», confie un pêcheur rencontré aux berges du Chari. La situation n'est pas aussi reluisante à Sarh et à Moundou. Si la capitale de la région du Moyen Chari arrive à être approvisionnée par les nombreux affluents du Logone, Moundou se fait, carrément, ravitailler en poissons par la ville de Léré.

A cause de la réduction de son effectif, l'unité Environnement du Projet de Développement de la Pêche (Prodepeche) s'embourbe à s'occuper de tous les travaux concernant l'environnement. Et les textes alors ? «Il n'existe aucun texte réglementaire dans ce domaine», tranche Tchadanaye New Mahamat. «Les lois 14 de 1998 et 16 de 1999 existent, mais il manque un décret d'application. Les gens font ce qui leur semblent bon seulement», indique le Chef de l'Unité Environnement du Prodepeche Ndornodji Toyoum.

Pour le docteur Tchadanaye New Mahamat, il faut que ces sociétés traitent leurs eaux avant qu'ils ne soient trop tard. «Il y a toujours une solution pour toutes choses. Elles peuvent bien traitées leurs eaux usées avant de le rejeter. Les Abattoirs de Farcha peuvent normalement transformer le sang, qui est une protéine, en nourriture animale», conseille-t-il. Contactées, seule la CST a daigné répondre à nos inquiétudes. «Il existe une usine de traitement de nos eaux usées à Sarh. Compte tenu de la taille de l'usine de N'Djaména, une usine sera installée bientôt», promet un des chargés de Communication de la CST.

Les BDT, les Abattoirs de Farcha, la Coton Tchad et la STEE préfèrent jouer à l'usure. Beaucoup prient pour que les gouvernants prennent leur responsabilité avant que cette pollution des fleuves ne se fasse sentir sur la santé des populations tchadiennes. «Nous en raffolons tous des poissons qui sont des grands concentrateurs des matériaux lourds contenus dans les eaux usées de ces industries», avertit le directeur de Labeen, le Dr Tchadanaye New Mahamat.

Saleh M. Alhadi, Ai N'djamena

Africa Info