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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

DECLARATION DU CHEF DE FILE

DE L’OPPOSITION POLITIQUE

A L’OCCASION DE LA NOUVELLE ANNEE 2012

 

 

Je vous remercie de participer à cette réunion de presse qui me donne l’opportunité, par vous, de m’adresser à l’opinion nationale et internationale. Je commencerai mon propos en vous présentant, à chacune et à chacun, tous mes vœux de bonne santé, de bonheur et de réussite personnelle et professionnelle.

 

Ces vœux, je les formule aussi pour vos organes de presse respectifs dont la santé devrait être un des indicateurs de notre démocratie. En effet, et c’est une évidence que de le dire, il ne saurait y avoir de démocratie sans liberté de la presse, et notre pays ne saurait déroger à cette règle universelle. Scrutant notre paysage médiatique, force est de constater qu’il est caractérisé par sa pauvreté, aussi bien pour la presse écrite que pour l’audio-visuel. Il suffit de voir le nombre réduit de journaux, dont un seul quotidien privé et un d’Etat, pour s’en convaincre. L’on peut faire le même constat avec l’audio-visuel dont le nombre de stations ne dépasse pas la quarantaine sur l’ensemble du pays. Si l’on fait la comparaison avec des pays de même niveau, l’écart est trop grand et ne trouve pas de justification. Ailleurs en effet, l’on compte plusieurs quotidiens de grand format et bien garnis, des centaines de chaines de radio et des dizaines de chaines de télévision. C’est un sujet de méditation que je jette en pâture, mais je suis sûr que si notre pays vivait pleinement sa démocratie, c’est-à-dire sans censure d’aucune sorte et des entreprises libres dans leur gestion, sans ostracisme dans la distribution de la publicité aux organes, cela se répercuterait sur leur nombre. Car des journalistes talentueux, nous en avons beaucoup, suffisamment en tout cas pour avoir des journaux et des stations de radio et de télévision de qualité.

J’ai commencé par le déficit démocratique, restons y. L’année qui vient de s’achever ne laissera pas de souvenirs impérissables en matière démocratique, puisqu’elle a été caractérisée par des élections législatives et présidentielles marquées par des fraudes massives. Le Tchad, décidément, refuse d’entrer de plein pied dans l’univers démocratique. Et pourtant, l’Accord politique du 13 août 2007 a suscité beaucoup d’espoirs dans l’apaisement de notre vie politique. Son application pleine et entière a toujours rencontré la réticence du gouvernement, avec les résultats que l’on sait. Les dispositions du chapitre IV relatives à l’environnement général sont restées lettre morte, ce qui donne l’occasion d’une censure implacable dans les medias publics, les violations flagrantes des libertés individuelles et collectives, l’intrusion quasi quotidienne des administrateurs dans les affaires politiques, et l’armée qui demeure plus clanisée que jamais et dont la réforme, entamée pour la énième foie à la fin de l’année dernière, ne convainc pas.

L’on dit que les acteurs politiques se retrouveront après les élections communales pour discuter d’un nouvel espace de dialogue et de concertation entre les partis politiques. J’espère que cela se fera dans la loyauté et la sincérité et que les nouveaux accords seront scrupuleusement respectés.

C’est ici le lieu de rappeler que nous avons convenu avec le Président de la République, au début du processus électoral, que la biométrie serait introduite à l’occasion des prochaines élections. Je lance un appel pour que ce travail commence dès maintenant et que ce sujet soit inscrit à l’ordre du jour du prochain dialogue afin qu’il ne prenne pas de retard.

S’agissant des élections communales du 22 janvier 2012, nous y sommes déjà puisque la campagne électorale débute demain le 7 janvier. J’invite les partis politiques en compétition à respecter les règles élémentaires de courtoisie pendant la campagne, et de tout mettre en œuvre pour que cette élection, qui marque la fin du processus, se déroule dans des conditions acceptables, malgré l’absence des observateurs internationaux. Les spécialistes de la fraude doivent prendre en compte cet appel qui vaut avertissement, car l’opposition ne se laissera plus faire et n’acceptera aucune manipulation de nature à changer les résultats. Des instructions précises de fermeté sont transmises à toutes nos bases qui vont à cette élection avec la seule idée que seule prévaudra et doit prévaloir la transparence.

Je dois me réjouir que l’opposition démocratique, sous la bannière de la CPDC et d’autres partis, ait présenté des listes communes dans 32 communes. Nous reconnaissons n’avoir pas été en mesure d’être présents dans toutes les circonscriptions, mais cela est le reflet actuel des forces en présence, et vous conviendrez avec moi que l’opposition revient de loin. Cet essai réussi veut dire que l’unité d’action de l’opposition sera encore plus forte aux prochaines élections. Celles-ci, d’ailleurs, pourraient bien avoir lieu cette année, car de nombreuses villes sont dans l’attente d’élections communales pour mettre fin à cette situation inique où certaines villes ont des communes élues, et d’autres continuent d’être gérées par des personnes décrétées.

Cette situation anormale, nous la vivons  aussi dans la mise en œuvre de la Loi sur le statut de l’opposition politique en vigueur depuis 2009. Les textes d’application tardent à sortir et les simples consultations entre le Chef de file de l’opposition et le Président de la République n’ont jamais eu lieu. Des missions du Comité de Suivi de l’Accord politique viennent de partir dans six pays d’Afrique de l’ouest pour s’inspirer de leurs expériences en la matière. Nous en espérons des résultats concrets.

Sur le plan social, tout en se félicitant de la hausse des salaires obtenue de haute lutte par les syndicats dont je salue au passage la combativité, force est de reconnaitre qu’il est de plus en plus difficile de vivre au Tchad. Les citoyens, en majorité, sont installés dans une précarité inadmissible pour un pays aux ressources aussi importantes que le nôtre. Comme je vous l’ai dit à une occasion, ne voilà-t-il pas que, toute honte bue, le gouvernement a crié à la famine et demandé l’aide internationale ? C’est un scandale, car le Tchad a les moyens financiers de prévenir la famine. Or, des dizaines de milliards de francs ont été dépensés dans l’agriculture, pour obtenir ces résultats médiocres.

Il en va ainsi d’ailleurs dans tous les secteurs de la vie nationale caractérisés par une navigation à vue. Seul maître à bord, le Président de la République décide de tout, ordonne et régente tout, en dehors des ministères techniques qui avouent toute absence de consultation, voire de simple information, dans la mise en œuvre de certaines réalisations. C’est ainsi que nous avons une Direction des grands travaux et des projets présidentiels qui gèrent en lieu et place des ministères techniques. Il est vrai que nous avons une armée de conseillers qui agissent comme un gouvernement-bis. Cette pratique a conduit le pays à des situations incongrues dont nous payons déjà le prix et que nous redresserons difficilement, le moment venu. C’est la pratique du pouvoir personnel et absolu qui a conduit à la mécanisation agricole à outrance, la construction d’un nouvel aéroport international, le démarrage annoncé des travaux de chemin de fer et tout cela, en dehors des ministères concernés. Sans oublier ces infrastructures sans normes aux coûts exorbitants.

Pendant que l’on met en œuvre des gadgets pour s’auto-satisfaire ou satisfaire ses lubies, le peuple croupit dans la misère et le gouvernement ne semble pas avoir de solutions à ces problèmes. Beaucoup de Tchadiens n’assurent un repas par jour qu’au prix de moult exercices, sacrifices et prouesses. La tache première et prioritaire d’un gouvernement est de garantir la sécurité alimentaire de ses concitoyens. Notre pays a vu son budget multiplié par dix en moins de dix ans, sans que cela se répercute sur notre bien être. J’ajoute que la santé et l’éducation sont de qualité médiocre et ne connaissent pas d’amélioration.

Et pourtant, l’on ne peut pas dire que notre pays manque de moyens. Si le gouvernement respectait et appliquait un minimum de règles de bonne gouvernance, nous n’en serions pas là. Nous avons dépensé sans compter et détourné à ciel ouvert et le Trésor public est essoufflé. Même le paiement des salaires à terme échu pose problème. Les entreprises sérieuses ne veulent plus travailler avec l’Etat catalogué, non sans raison, comme un mauvais payeur.

Les Tchadiens se posent toujours la même question : où est donc passé l’argent du pétrole ? Nous posons la même question en ajoutant qu’il est temps que cessent les mauvaises pratiques de gestion des ressources nationales. Il est temps de mettre fin à la gabegie, à la concussion et aux détournements. Il est temps de mettre fin aux injustices et à l’impunité. C’est parce que le gouvernement est gangrené par tous ces maux qu’il ne s’en sort pas et que notre pays sombre, comme un navire sans capitaine.

Voici qu’une nouvelle opportunité est en train de se transformer en rêve perdu. En effet, alors que nous attendions de la raffinerie de Djarmaya qu’elle contribue à la lutte contre la pauvreté, ne voilà-t- il pas que le gouvernement a raté cette opportunité. Tous les cafouillages dans la fixation des prix auxquels nous assistons depuis la mise en route de la raffinerie prouvent à suffisance le manque de clairvoyance et de vision de ceux qui nous gouvernent. D’autres options sont possibles et des alternatives existent pour faire de la raffinerie de Djarmaya une réelle opportunité de développement et de véritable lutte contre la pauvreté avec des résultats tangibles. Au lieu de cela, il a été mis en place une machine d’enrichissement personnel qui profitent toujours aux mêmes dont l’enrichissement ostentatoire et insultant choque les citoyens. Demain, nous ne serons pas surpris que la cimenterie de Baoré ne réponde pas aux attentes et espoirs placés en elle.

Au plan moral, nous sommes un pays qui a perdu ses repères. Toutes nos valeurs sont galvaudées au profit d’autres qui n’ont aucun fondement. Nous sommes devenus un pays sans principes où règne la loi de la jungle et où les faibles, pourtant majoritaires, sont systématiquement écrasés. Combien de temps cela durera-t-il encore ? Dieu seul le sait. J’invite mes camarades et mes amis à ne pas baisser les bras. Il faut continuer la bataille car la vie est un combat. Il faut camper dans l’opposition car nous luttons pour une cause juste. Il faut dénoncer, refuser l’injustice, rejeter la fatalité, et maintenir le cap car c’est nous qui avons raison et notre cause qui est la cause du peuple, triomphera.

Je voudrais terminer par quelques réflexions sur la politique extérieure. Malgré les apparences, au regard de ce que nous vivons quotidiennement autour de nous, jamais notre pays n’a autant vécu d’incertitudes. La Libye, le Nigéria, le Soudan, la RCA, le Niger et le Cameroun sont dans une zone de turbulences qui devraient nous inquiéter. En effet, la façon dont 42 années de dictature ont été enrayées doit nous faire réfléchir. Je précise que la Libye est entourée par la Tunisie et l’Egypte qui ont recouvré leur liberté en décapitant des dictatures dynastiques et oligarchiques.

Le Soudan, malgré les apparences, n’a pas fini de régler ses conflits au Darfour et avec le Sud Soudan, ce qui devrait nous préoccuper au plus haut niveau. Nous sommes en effet convaincus que la guerre reprendra au Soudan et que nous en serons des victimes collatérales voire directes, si jamais la tentation de prendre partie pour un camp contre l’autre nous prenait.

La RCA est en train de plonger dans l’anarchie sans en donner l’air. Il n’est plus un secret que le régime du général Bozizé tient par la simple volonté des troupes tchadiennes. Nous savons aussi qu’une rébellion puissante sévit dans une grande partie du pays, animée par des rebelles connus ici au Tchad dont ils sont originaires.

Il ne faut pas occulter la relation qui pourrait s’établir demain entre cette rébellion centrafricaine qui se réclame parfois d’islamisme, et Boko Haram qui déstabilise le nord du Nigeria, à partir de l’Etat du Bornou voisin. Qui dit Bornu State dit Tchad, car c’est la région qui jouxte le Lac Tchad et se trouve à une centaine de kilomètres de N’Djaména qui en importe les deux tiers des produits manufacturés et les vivres. C’est dire que nous ne pouvons pas assister passivement à ce qui s’y passe, car des connexions existent dans notre pays, tout comme avec le Niger.

Le Niger, à la une de l’actualité ces jours-ci, risque d’être déstabilisé par les terroristes d’AQMI très actifs au Mali et en Algérie. Le Niger aussi est un pays voisin, tout comme le Cameroun, apparemment calme, mais qui pourrait s’embraser à la moindre occasion. Nous en avons eu la preuve cette semaine.

Au total, nous observons que le Tchad ne peut pas fermer les yeux sur tous ces évènements qui secouent ses voisins immédiats. En la matière, la vigilance est de rigueur et notre diplomatie doit faire preuve de dynamisme et d’anticipation pour ne pas, demain, avoir à payer une quelconque cécité ou un manque de vision politique.

 

   BONNE ET HEUREUSE ANNEE AUX TCHADIENS ET QUE DIEU SAUVE NOTRE BEAU PAYS.