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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

AUDREY.jpgRegards d'Africains de France

 

- Qui êtes-vous madame l'artiste chanteuse?
 

Je suis la cinquième d’une fratrie  de six enfants dont quatre filles et deux garçons. Audrey Djendangde c’est  mon nom figurant sur mon acte d'état civil et Audrey Lynda Shey  c’est celui  d'artiste.

 

 -  Combien d'albums avez-vous  déjà produit et avec quels moyens?

Actuellement j’ai produit un album sur le marché et le second va bientôt sortir. Je précise que c’est une  autoproduction autrement  je l’ai fait avec mes propres moyens.

 

 - Pourquoi êtes-vous devenue chanteuse ? Etait-ce un choix facile ?

Je n'ai pas  vraiment choisi d'être chanteuse. Je dirai plutôt le milieu dans le quel je suis née et ai grandi qui m’a permis de devenir ce que je suis. Je note au passage que la musique pour moi est une  affaire de famille puisque  mon petit frère y est et mon grand frère a aussi un studio d'enregistrement.

 

 - De qui vous vient cet art pour lequel peu des femmes tchadiennes manifestent leur désir ?

 Cet art m'est venu de mon père qui était un prince  choyé et toujours entouré par les griots en bon fils unique. Il en était tellement  imprégné  au fil de temps qu’il finit par acquérir lui même  le savoir faire transmis à ses enfants.

 - Quel sens donnez-vous à votre engagement pour la chanson ? Etait-ce juste par plaisir de chanter ou c’est une façon pour vous de transmettre des messages à la société tchadienne largement divisée ?

 

Pour moi, chanter c'est transmettre des  message. Tous mes textes sont engagés.

 

- On vous voit parfois presque à poils, tête bien rasée alors que vous vivez dans une société pudique et  très religieuse. Ne pensez-vous pas que cela peut être interprété comme un manque de respect ou à la limite la conséquence d’une éducation ratée?

Presque a poils ! Personne ne m’a jamais vu a poils, même dans la cour de ma maison. En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, je suis bien éduquée, Je me respecte et respecte tous ceux qui sont autour de moi. Chanter ne veut pas dire s'exposer le corps dénudé. Je ne me permettrai jamais  l'audace de me montrer à poils. Je suis désolé mais cette question ne me concerne  pas.

Oui, je me suis rasée la tête mais ce n’est pas synonyme de prostitution ni de mauvaise éducation... Tenez vous bien, il m’arrive même parfois de porter de pagne lors  de mes  spectacles... Je défie quiconque m’avoir vu à poils.

 

Quels sont les thèmes abordés dans vos chansons et dans quelles langues exprimez-vous pour faire passer vos messages ?

 

Je chante pour les enfants de la rue, les orphelins, pour la femme et ses conditions de vie par exemple pour dénoncer les avortements. Je chante la paix, la solidarité et l'unité africaine. Je chante aussi mettre en garde les gens contre les maladies comme  VIH SIDA et les MST, le palu  chez les femmes enceinte et le bébé. Généralement je chante en français, en anglais et l’arabe local mais aussi en ngambaye ma langue maternelle, le bakka…

 

-Comment peut-on définir le rythme Audrey Lynda Shey ?

Parlant du rythme, j'avoue que je suis incapable de me donner une étiquette. En tout cas, beaucoup considèrent que c’est  du world musique... Alors tant mieux.

 

- Dans l’une de vos chansons de votre première album, vous abordez le thème relatif à l’éducation des enfants, alors que vous n’étiez pas du tout mère. Est-ce cela a du sens et pertinent pour une personne sans aucune expérience dans ce domaine ?

-Jusqu’à maintenant, je n’ai pas encore donné naissance à un enfant. Mais je crois vraiment avoir raison de parler de l'éducation des enfants et aussi de l’espacement des naissances...

Au Tchad, on aime procréer  mais après 7 ans, les gosses  sont laissés à  la merci du bon Dieu. Je CROIS que Dieu m'a sauvé de justesse la vie en m’épargnant ce triste sort de devenir enfant de la rue

 

-Le Tchad connaît de graves difficultés dans tous les domaines. Quels sont, selon vous, les maux qui minent aujourd’hui la société tchadienne ?

 

S’agissant de cette question, je pense très honnêtement que la nature même n’est pas clémente à notre égard avec la température avoisinant souvent 48°C.

C’est par coup de chance que tout le monde ne pète pas les plombs sous cette canicule..

Tout le monde est tendu.Ce n’est pas étonnant de compter des centaines de bagarres par jour.

D’autres raisons comme le chômage, la présence de ce fameux pétrole qui fait plutôt la bonne affaire des expatriés, l’impunité ou la justice à deux vitesses où il y a d’un côté les intouchables et de l’autres des coupables participe à alourdir le climat social dans ce pays.

La retraite au Tchad est un véritable cauchemar pour ceux qui en droit. La fonction publique est truffée des personnes âgées incapables de vous faire le travail en un temps record . Un autre problème de taille c’est le manque d’électricité et d'eau potable

Quels sont vos projets pour la société tchadienne et vos compatriotes dans leur ensemble ?

D’abord je souhaite déjà  que les gens s’intéressent à mes chansons. Car je véhicule à travers elles des messages qui sont capables de transcender les clivages et de transformer la société tchadienne. Un autre projet qui me tient à cœur c’est la construction prochaine d’un centre d’accueil et de formation pour les enfants de la rue. Par ailleurs,  je suis ambassadrice  de S.O.S Village Enfant au Tchad. Enfin, je désire également créer un centre pour la formation et le maintien de foyer pour les femmes…

A votre avis, quelles peuvent être les conditions sine quo non d’un retour  à la paix définitive au Tchad ?

L’amour de la patrie me semble être un préalable fondamental pour le retour de la paix dans ce pays. C’est dommage de constater que beaucoup viennent plutôt  pour piller à la place de semer la paix et construire le Tchad. Il ne peut y avoir de paix sans l’acceptation des différences et la  tolérance mutuelle. Cela ne peut être possible que si chacun travaille pour la réalisation et l’accomplissement du bien-être commun, à condition aussi de se débarrasser du carcan d’appartenance ethnique et religieux, source de tous nos malheurs.

 

Aviez-vous eu la possibilité d’évoquer avec le président ou son épouse cette délicate question de la paix au Tchad ?

La paix ne doit venir que de nous les tchadiens. Le problème, à mon avis, c'est la soif du pouvoir. Chacun veut en faire sa propriété privée, le gérer à sa guise et s’éterniser. On dirait même pour certains, le désir de gouverner semble être une véritable obsession. Pourtant rester sur le trône est une chose, savoir le gérer en est une autre. J'allais dire gouverner est un art... Chaque jour, les armes entrent au pays au nom de la sécurité et en même temps, on nous parle de la bonne gouvernance. Pourtant, on sait très bien que ces  armes ne serviront pas qu’à tuer les margouillats... Tellement on en a à revendre, ces armes nous servent même parfois à  abattre la volaille.

 

Qui  donc pourrait être  responsable de cette situation  insoutenable : Dieu, les Hommes ou les femmes?

Dieu, je ne peux pas oser le juger. Sa parole dit que tout ce qu'il a fait est bon. Je crois plutôt que les hommes par leur égoïsme, et les femmes par leur naïveté. Tous sont responsables de maux qui minent le Tchad.

 

Pouvez-vous nous parler de votre famille ?

Mon père Gabriel-ange fut un bon élève des prêtres. C'est d'ailleurs eux qui lui ont financé la dot de ma mère.  Ma mère,  quant à elle, est femme au foyer. Elle est très attachée à sa religion,  très croyante. Augustine, c'est son prénom vit aujourd’hui  dans la même ville que moi. J'ai trois sœurs et deux frères.  L'ainée, Célestine est mariée, le 2em André DIONLAR est cinéaste. Il possède aussi un studio d'enregistrement et un atelier de sculpture. L'art dans le sang (rire).La troisième Florence,  est peintre. Mais avec ses 3 enfants, elle se considère plus comme femme au foyer. Elle fait la peinture en guise de simple  distraction. La quatrième Virginie (mariée, un enfant) fait du gospel. Elle n'a produit aucun  album car elle le fait  aussi comme un simple passe-temps. La cinquième c'est Audrey, Lynda Shey, inutile de me présenter pour l’avoir déjà fait. Le sixième Arsène roi David est directeur commercial dans une société. Il  a sorti  un album en 2007 soit  deux ans après  le mien. Son deuxième est actuellement en cours.

 

Vos parents, frères et sœurs sont-ils satisfaits  de votre réussite actuelle comme artiste ?

Tous sont fiers de moi. Je me sens vraiment une princesse parmi eux.
 

Les journalistes tchadiens vous soutiennent-ils dans votre métier ?

En effet les journalistes tchadiens nous aident. A vrai dire dans ce travail, et moi en particulier,  j’ai eu beaucoup de chance, en partie pour être la   première fille à s’autoproduire. C'était dur pour beaucoup de personnes à accepter mais grâce aux journalistes, les gens ont très vite compris ce que je fais et sont devenus en grande partie mes fans.

 

Quelle est votre couleur préférée ?

Au fond de mon cœur, ma couleur c'est le vert, car c'est la vie, et l'espoir.

 

Quel est votre secret qui vous permet de vous distinguer des autres artistes?

Un secret? Je ne sais  pas vraiment. Dès qu’on est dans le métier, on a l’impression d’être envahi d’un pouvoir  mystique.  Il m’est difficile d’en donner vraiment une explication...

 

Source: http://zeidane.over-blog.fr/

 

Quel est le moment de la journée qui vous inspire le mieux dans votre métier d’artiste ?

C’est pendant la nuit, il  fait  bien calme et je  peux écrire à tête reposée. Cela est d’autant vrai, mais j’avoue que tout ce qui se passe dans la société, pour moi est une source d’inspiration. Alors je dirai le jour  car c'est dans  la journée que je peux voir ce qui m’entoure. Quand je suis dans l'avion, je ne sens absolument rien. Peu importe qu’il soit jour ou nuit.

 

Vous êtes toujours exposée et confrontée au public, et notamment les hommes, cela vous met-il dans une situation d’être très attirée par le sexe ?

Ecoutez tout excès nuit. On ne peut pas se permettre d'être très attirée par le sexe. C'est en d'autres termes en dépendre sinon en être esclave. Pour votre information,  j'assume des responsabilités en prenant en  charge des enfants et des jeunes dont trois adolescentes. Dans ces conditions, si je me permettais cet excès, comment pourrais-je éduquer ces enfants ? Autrement ça  va être le  patatras à la maison.

 

Vous souvenez-vous d’une petite anecdote un peu drôle d’enfance ?  

Je vais peut être vous surprendre en vous disant je ne m’en souviens aucunement   pour la simple  raison d’avoir eu  une enfance très dure.