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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Monsieur Ambroise Pierre, la situation  dégradante, choquante et surtout très délicate voire préoccupante de certains journalistes africains, puis que vous êtes le chef du bureau-Afrique des Reporters Sans Frontières (RSF), nous oblige à se tourner vers vous afin d’aider nos  lecteurs à mieux comprendre les conditions dans lesquelles ces hommes et femmes des médias, surtout privés se battent à leurs risques et périls pour capter des  images, communiquer ou informer en toute conscience les populations, des heureux et malheureux événements qui se déroulent chez eux ou ailleurs dans d’autres continents Merci d’avoir accepté bien volontiers de répondre à nos questions afin d’éclairer la lanterne de nos lecteurs qui ne cessent de relayer vos communiqués de presse en faveur des journalistes en danger.
       Moussa Torna, Regards d'Africains de France


-Ensemble de la profession de journalisme est comme le corps humain. Dès lors qu’un seul de ses membres est en danger,  c’est tout le corps  qui en souffre. Les actualités télévisées, écrites ou en ligne montrent à suffisance les persécutions dont font l’objet nos confères journalistes de cet immense continent. Quelle leçon avez-vous tiré du journalisme africain depuis que vous avez remplacé Léonard Vincent, l’ancien chef du bureau-Afrique de  cette organisation de défense  des droits des journalistes ?

Je retiens que le secteur du journalisme en Afrique regroupe des personnes très différentes, aux visées très différentes. La presse compte de véritables champions, des hommes et des femmes de courage pour qui informer est un combat noble. Elle compte également des truands qui souhaitent juste s'enrichir en dénigrant des adversaires et en se comportant comme des parasites. Pour défendre les bonnes personnes, il faut donc bien s'y prendre, faire attention.
 
- Est-il heureux d’être journaliste africain ou de travailler  dans ce continent comme correspondant pour des médias occidentaux ou autres ?

Un correspondant de la presse étrangère dispose parfois de plus de moyens que ses confrères de médias locaux, mais il est aussi très exposé. Travailler pour l'AFP, RFI ou la BBC par exemple, présente le paradoxe d'être à la fois protégé par la notoriété de votre média et exposé au risque de représailles. Les médias internationaux que je viens de citer sont souvent très écoutés en Afrique. Lorsqu'ils sont critiques, leurs correspondants sur place sont en première ligne. Au Gabon ou au Togo par exemple, je me souviens de correspondants de la presse étrangère ayant été en difficulté.
 
- « La vérité est une bombe dont les effets tuent à la fois celui qui la lance et celui qui la reçoit », disait Françoise Parturier. On observe actuellement cette triste réalité dans le continent africain sans savoir jusqu’à quand elle va s’arrêter.  Selon vous, est-ce à cause  des chefs d’Etats et leurs alliés qui n’acceptent pas des révélations compromettantes tout simplement ou bien, peut-on reprocher à certains journalistes de pêcher par leur amateurisme ? Sinon, pensez-vous que les journalistes africains font-ils preuve de professionnalisme ?

Que certains journalistes africains pêchent par amateurisme est une évidence. Mais ce n'est pas une spécificité africaine. Vous trouverez des journalistes amateurs qui font mal leur travail à tous les coins de la planète. Ensuite, vous avez également des journalistes professionnels, appliqués, qui font du travail objectif. Si ceux-là, par leur travail bien fait, révèlent une vérité, elle éclate comme une bombe car ceux qui voulaient la cacher sont mis en difficulté. Bref, c'est l'acceptation de la vérité qui est au centre du débat. Tolérer que les scandales soient mis à jour, que l'information circule. Le journalisme sert la transparence.
 

-Quelles sont les grosses fautes ou erreurs qui frappent aujourd’hui les rédactions africaines tant du secteur privé que public ?  Les différentes rédactions reconnaissent-elles la défiance à leur égard ?   Et comment faire face à ces difficultés ?


Vous savez, Reporters sans frontières ne prétend pas donner des leçons de journalisme. Même si nous connaissons bien évidemment les principes et les règles, nous ne sommes pas une organisation qui fait de la formation. Nous sommes une association de défense des droits et des libertés. Nous accompagnons les journalistes en difficulté parce qu'ils sont victimes d'une atteinte à la liberté de la presse. Maintenant, pour revenir à votre question, je pense que les rédactions africaines devraient simplement s'en tenir au bon sens et au respect des règles générales qui régissent le secteur du journalisme : éthique, objectivité, professionnalisme. C'est souvent bien suffisant pour faire du bon travail.
 
-« C’est l’homme qui fait l’histoire et non pas l’histoire qui fait l’homme », dit Henri Massis. Est-il permis d’espérer,  Monsieur Pierre que les  hommes et femmes des médias africains travailleront un jour dans le calme sans violence, sans balles dans la tête, ni  prisons comme le cas de leurs confrères occidentaux même si leurs chefs d’Etats sont des dictateurs invétérés ?

Tant que certains chefs d'Etat seront des dictateurs invétérés, je vois mal les journalistes être parfaitement libres et travailler dans un climat sans violence, malheureusement. Il reste encore beaucoup d'ennemis de la liberté de la presse sur le continent africain. C'est à la démocratie et à des systèmes qui défendent les libertés individuelles et collectives que les journalistes occidentaux doivent leur situation privilégiée.
 
 - On peut lire sur votre site qu’en 2009, treize journalistes sont tués et 36 emprisonnés. Qu’en est-il cette année ? Pourquoi, selon vous, les journalistes africains courent-ils beaucoup plus des risques que leurs confrères d’autres continents ?


Je ne suis pas sûr que les journalistes africains courent plus de risques que leurs confrères des autres continents. Si vous regardez les Philippines ou le Mexique, vous avez de grandes chances d'être tué lorsque vous êtes journaliste. En Chine ou au Vietnam, de grandes chances d'être emprisonné. A chaque continent ses spécificités. Il est vrai que l'Afrique concentre beaucoup de problèmes. En 2011, nous ne comptons pas de journaliste tué en Afrique pour son activité professionnelle, mais un collaborateur des médias en Côte d'Ivoire. Enfin, 40 journalistes (au moins) sont actuellement emprisonnés sur le sol africain.
 
-  Le parlement tchadien a adopté le 18 août 2010, un projet de loi sur le régime de la presse qualifié de répressif par votre communiqué. Pourquoi ? Quelles sont les voies de recours possibles pour abroger un tel dispositif ?


Nous estimons que le texte adopté le 18 août 2010 n'est pas satisfaisant car il prend d'un côté ce qu'il donne de l'autre. Le texte est encore trop répressif et ne consacre pas une réelle dépénalisation des délits de presse. Certains articles (47 et suivants notamment) peuvent encore envoyer des journalistes en prison.
 
-  Quelles sont les difficultés que rencontre l’ONG  Reporters sans frontières dans l’accomplissement de sa noble mission ?


Je pense que la première difficulté est de se heurter à des gouvernements et des autorités en général qui parfois ne sont pas à l'écoute. C'est très frustrant d'avoir en face de soi un mur quand vous vous entretenez avec des individus qui ne parlent pas le même langage que vous, celui des libertés (les chefs d'Etat de la Gambie ou du Rwanda par exemple...). Ensuite, il est également difficile et frustrant d'être démuni face à la violence aveugle et incontrôlable (exemple de la Somalie où nombre de journalistes sont assassinés ou meurent en couvrant les combats qui sévissent dans le pays).
 
- Quel bilan tirez-vous depuis que vous dirigez cette ONG ?

 
Je retiens que la plupart des journalistes africains savent que Reporters sans frontières se tient à leurs côtés. Je retiens aussi que notre organisation lutte contre les pays les plus fermés, dont les chefs d'Etat comptent parmi les plus intolérants vis-à-vis de la liberté d'expression : l'Erythrée, le Zimbabwe... Enfin, je retiens que nous sommes en mesure parfois d'accompagner les efforts d'autorités de transition, comme en Guinée et au Niger par exemple.

- La définition qu’on donne au métier des journalistes français  n’est  pas la même  que celle de l’Afrique. « En France est journaliste, toute personne qui tire 50%  ou plus de ses ressources financières de son métier. En Afrique bien qu’on retrouve certainement de tels cas, mais ceux qui sont reconnus journalistes, ce sont surtout ceux qui sortent des écoles  reconnues comme celles du Niger, du Cameroun, du Sénégal ainsi que des  départements de communication des universités.  Là où le bas blesse, beaucoup de ces écoles de formation   rencontrent énormément des difficultés de tous ordres pour pouvoir donner un enseignement qui répond aux normes actuelles de la presse.  Reporters sans frontières se penchent-ils  sur ce genre des problèmes ?

Non. Nous ne sommes pas indifférents au problème, bien sûr, parce que nous savons que la pratique du journalisme passe aussi par l'instruction, la formation, etc... Mais ce n'est pas notre mandat que d'influer sur les formations. Nous n'en faisons que très ponctuellement. En revanche, nous pouvons inciter des gouvernements à encourager la formation, les filières universitaires, les diplômes de journaliste, etc...
 
- Avec la mort d’Oumar Bongo Ondimba,  une page de l’histoire de l’Afrique ne  vient-elle pas  de se tourner à l’avantage   des médias privés, puisque personne ne sait qui parmi les chefs  d’Etats africains est désigné  porte-parole de la Françafrique, les réseaux d’influence français en Afrique ?
 
Faut-il absolument que l'un d'entre eux soit désigné porte-parole de la Françafrique? Je ne le crois pas et je ne l'espère pas. Et celle-ci existe-t-elle encore d'ailleurs? Plus comme aux grandes heures d'Omar Bongo en tout cas. Je crois que la vraie page de l'histoire récente qui a tourné à l'avantage des médias privés est celle des années 1990, lorsque véritablement ceux-ci ont pu naître.

- Que pensez-vous de  Radio France Internationale et  Jeune Afrique  qui, d’après les informations  recueillies entretiennent  des relations de complicité  avec  les présidents africains francophones à travers leur publi-reportage blanchissant ainsi  leurs actes sanguinaires ?

Attention, je pense que vous êtes un peu durs. Dire que ces médias blanchissent des actes sanguinaires est excessif. Ils subissent des pressions, composent avec des régimes peu recommandables, c'est vrai, et ferment les yeux, parfois. Mais ils restent des médias sérieux. J'ai beaucoup d'admiration pour le travail de leurs correspondants locaux et j'aime beaucoup RFI.
 
-  Aujourd’hui, la presse présidentielle constitue un véritable feu de brousse pour la presse privée, accusée à tort de rouler pour  l’opposition. Elle compte dans ses rangs  des journalistes talentueux  qui ne cessent d’informer de façon subjective la population pour l’amener à adhérer à la politique de leurs dirigeants respectifs. Et pourtant les réalités du terrain démentent toutes leurs piètres argumentations. Avez-vous déjà mené des démarches vers ces groupes des journalistes qui ont vendu leur conscience pour des postes des responsabilités ou des billets de banque ?

Cette question est très intéressante ! A Reporters sans frontières, on ne peut pas aller contre le choix des gens et si des journalistes décident de servir le parti de la majorité ou la présidence en tant que membre de la presse officielle, c'est leur choix.Ils y trouvent souvent des avantages malheureusement. Mais nous ne nous privons pas de dire ce que nous pensons dès lors que des journalistes sont en opération commandée et se détournent de leur mission d'information objective. Citons tout de même les pays qui font des efforts pour moderniser leur presse présidentielle. Le Gabon en fait partie.
 
- La presse africaine comme partout ailleurs est aussi frappée par la censure, l’autocensure, la désinformation, la rétention d’information.  Êtes-vous impliqué dans ce sens pour éviter que ces  freins ne fassent du tort aux journalistes ?

Oui, concernant la censure, nous discutons directement avec les gouvernements ou les organes de régulation des médias. Et concernant l'autocensure, avec les journalistes et les responsables de rédactions.

 
- Que faire pour parvenir à un  risque zéro ou éviter simplement la mort parmi les  chasseurs d’images et d’informations africaines ? De qui viendront justement  le respect et la reconnaissance  du métier des journalistes  qui contribue à l’éducation des masses et à l’évolution des mentalités à travers tout le continent ?


Sans être trop fataliste, il faut être lucide. Cet horizon est bien loin, je le crains. Je vous le disais tout à l'heure, il existe encore de nombreux ennemis de la liberté de la presse. Il faut soit les convaincre de cesser de s'en prendre aux médias, soit les en empêcher. Mais cela prend du temps. L'objectif "risque zéro" est impossible à atteindre. Le risque fait partie intégrante du métier de journaliste. 

- Vous dressez une liste de 40 prédateurs de la liberté de la presse dans le monde pour l’année 2010. Qu’en est-il du continent africain ? Et pourquoi certains pays réputés sulfureux n’y figurent pas ?

La liste des prédateurs de la liberté de la presse sera très prochainement renouvelée. En 2010, l'Afrique en comptait huit (8), parmi les 40 à travers le monde : Issaias Afeworki, président de l'Erythrée ; Yahya Jammeh, président de la Gambie ; Paul Kagamé, président du Rwanda ; Robert Mugabe, président du Zimbabwe ; Teodoro Obiang Nguema, président de la Guinée équatoriale ; Mswati III, roi du Swaziland ; Ogbonna Onovo, inspecteur général de la police au Nigéria ; et les milices islamistes armées en Somalie. L'idée de la liste des prédateurs est de donner un visage à la répression de la liberté de la presse en identifiant clairement une personne, un groupe ou une institution qui se rend directement responsable d'atteintes à cette liberté. Le but n'est pas de mettre tous les ennemis des journalistes (ils sont nombreux), mais vraiment ceux dont le degré de responsabilité est très fort. Ainsi certains pays sulfureux n'y figurent pas simplement parce nous estimons que personne ne sort du lot en termes de responsabilité. Cela ne veut pas dire que tout se passe bien là-bas, mais ils n'ont pas un prédateur spécifique.
 
- Contrairement à l’ensemble de l’Afrique, la sous-région Afrique centrale fait souvent figure de mauvais élève en matière du respect de la liberté de la presse. Quelle est la situation actuelle des journalistes dans ces pays ?
 
C'est vrai que la situation en Afrique centrale, et particulièrement dans l'Afrique des Grands Lacs, est très préoccupante. L'année 2010 a été très douloureuse pour le Rwanda où un journaliste a été assassiné et où la réélection de Paul Kagamé s'est faite dans un climat irrespirable pour les journalistes, et le Burundi où l'élection présidentielle s'est également tenue dans un très mauvais climat et où un journaliste est en prison depuis juillet 2010. C'est maintenant à l'Ouganda de vivre aussi des troubles et de réprimer les journalistes qui couvrent les manifestations. Dans l'année, la RDC connaîtra une élection présidentielle et le contexte risque de se tendre.

-On subdivise l’Afrique en plusieurs  zones ou sous-régions : l’Afrique Centrale,  l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, les pays des grands-lacs.  Anglophones, francophones ou africains de culture arabe et musulmane comme le cas du Soudan, Mauritanie, Tchad, Somalie, la Corne de l’Afrique  comme Djibouti,  Erythrée, Ethiopie etc.  Cela fait beaucoup des recettes dans une même sauce à la fois.  Que ressentez-vous  lorsque  vous décidez d’aller en mission pour plaider  le sort  d’un journaliste emprisonné auprès des chefs d’Etats, pour négocier une  libération ou élucider  la mort d’un journaliste  ou tout simplement discuter avec vos confrères journalistes ?


Il va de soi que nous nous adaptons. Nous sommes suffisamment connaisseurs de l'Afrique pour savoir que la Somalie n'est pas le Sénégal et que le Cameroun n'est pas l'Afrique du Sud. On ne ferait jamais l'insulte, à quiconque, de considérer l'Afrique comme un tout homogène et sans spécificités régionales, nationales, locales, etc...
 
-  En 2004, Robert Ménard se réjouissait des bonnes relations existantes entre votre organisation et le président  tchadien Idriss Deby, puis que certains de nos confrères ont été graciés après plusieurs mois de détention. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos relations avec les autorités tchadiennes ?


Disons qu'elles ne sont pas au beau fixe car il reste beaucoup à faire. Cependant, après la dégradation de début 2008 consécutive à l'avancée rebelle et à l'état d'urgence, la situation s'est quand même améliorée. Disons que quand nous élevons la voix, nous espérons être entendus.
 
- La Corne de l’Afrique (Erythrée, la Somalie), le Soudan, l’Ethiopie sont des pays dont  les Reporters Sans frontières  ne cessent d’attirer l’attention d’opinion internationale, voire les systèmes des Nations Unies, Union Européenne, l’unité africaine etc., puisque les violations des Droits de l’Homme coûtent très chères  aux journalistes africains. Pourquoi votre organisation  paraît-elle si faible face à ces dirigeants que vous désignez par le terme « des  prédateurs » ? , alors que  le vrai prédateur est un  animal ou un oiseau  dangereux ?


C'est vrai que la Corne de l'Afrique est la zone la plus meurtrie. Notre organisation est-elle faible face aux dirigeants de cette région? Je ne sais pas. Je ne le crois pas. En réalité, c'est plus compliqué. Nous apportons quelques solutions à court terme, en offrant de l'assistance à de nombreux journalistes, en faisant du bruit autour de quelques cas de journalistes emprisonnés, sur leurs conditions de détention, etc... Mais ce qui est difficile est d'engendrer un bouleversement plus profond, à moyen terme. Nous cherchons à améliorer la situation des journalistes et des médias de ces pays en faisant pression, comme vous le dites, sur la communauté internationale.
 
-Parmi  les maux qui rongent la presse écrite,  on y trouve le manque de financement,  le peu des moyens logistiques, l’insuffisance d’une formation de qualité, la géopolitique et la dictature des chefs d’Etats d’une part et cacophonie de l’opposition d’autre. Qu’avez-vous déjà fait pour la presse africaine depuis que vous gérez le bureau Afrique des Reporters Sans Frontières, si possible avec des exemples concrets ?
 
Je suis désolé mais votre question est sans doute un peu trop large. Puisque le soutien à la presse africaine est mon métier à temps plein, il faudrait, pour bien répondre à votre question , que je vous raconte ce que je fais de chacune de mes journées. Nous n'en finirions pas. A titrer indicatif, disons que je traite entre trois et huit dossiers différents par jour. Alerter l'opinion sur un journaliste emprisonné au Soudan par exemple, en même temps que je réponds à une interview sur la fermeture d'un média au Zimbabwe ; écrire un article sur la presse en Côte d'Ivoire, en même temps que je décide de l'attribution d'une bourse à un journaliste congolais en difficulté ; gérer notre projet de radio érythréenne basée à Paris en même temps que je suis la réalisation d'un Guide pratique du journaliste en période électorale qui sera distribué progressivement en Afrique dans tous les pays qui connaitront des élections... Voilà le genre de choses que nous faisons pour aider les journalistes. Ce ne sont que de petits exemples...

- Aujourd'hui, la presse française se réjouit de ses acquis en matière de la liberté de la presse.  Mais Cela n’exclut  pas qu’il y ait  parfois  la censure de l’information touchant les intérêts géostratégiques de la France  dans le monde et notamment en Afrique.  Qu’est-ce qui explique  cette tergiversation politique de vos dirigeants ?
 
Je ne saurai vous répondre.

-Des cas des entraves à la liberté de la presse en Afrique sont légion. Que fait concrètement votre ONG pour contraindre les gouvernements pour faire cesser les persécutions à l’égard   des journalistes ?

Lancer l'alerte est la première des choses. Reporters sans frontières est et reste une organisation de dénonciation car elle est convaincue que dès lors que les crimes se savent, que les atteintes à la liberté de la presse se savent, cela commence à poser des problèmes aux auteurs de ces crimes. Ensuite, nous apportons de l'assistance (logistique, morale, juridique, financière, etc...) aux médias et journalistes en difficulté. Enfin, nous dialoguons avec les autorités concernées. Nous sommes donc une organisation d'alerte, d'aide et de lobbying/advocacy.
 
-Vous avez succédé à Léonard Vincent comme Responsable Afrique de l’ONG Reporters Sans Frontières. Dans quel état d’esprit étiez-vous lors de la prise de vos fonctions ?
 
Fier de ce qu'était le Bureau Afrique avant mon arrivée et confiant dans ma capacité à poursuivre l'action et approfondir le travail.

- Est-ce que vous étiez bien préparé pour assumer une telle responsabilité ?


Bien sûr. Autrement, je ne l'aurais pas acceptée.
 
- Reporters sans frontières a remporté le prix Roland Berger 2009. Voulez-vous nous en dire un peu plus.


Roland Berger est une personnalité allemande qui souhaite, au travers de la fondation qu'il a créée, soutenir des initiatives méritantes. Il a décidé de rendre hommage à notre engagement en faveur de la défense des journalistes et de la liberté de la presse. Le Prix qu'il nous a remis, accompagné d'une dotation financière, était partagé entre Mme Shirin Ebadi, avocate iranienne prix Nobel de la paix, et Reporters sans frontières.
 
- « Le journalisme est un métier où l’on passe la moitié de sa vie à parler de ce qu’on connaît  pas et l’autre moitié à faire ce que l’on sait », disait Henri Béraud.  Que dites-vous de cette déclaration par rapport aux journalistes africains ?  Exemples concrets ?


Ne m'en veuillez pas mais cette citation d'Henri Béraud ne m'inspire guère.
 
- Pour finir,  parlons un peu de la maison des Journalistes de  Paris.  Êtes-vous en contact avec la direction et  avec les locataires, puisque ce dernier temps on parle beaucoup de la crise qui frappe les assiettes  et la bonne ambiance qui régnait jadis ?  Quelles sont les actions positives menées par votre organisation ?

Bien entendu, nous avons toujours des contacts avec la Maison des Journalistes et nous sommes préoccupés par les difficultés qu'elle rencontre. Un tel projet doit absolument obtenir des soutiens. Sa mission - accueillir à Paris des journalistes demandeurs d'asile pendant six mois - est plus que jamais nécessaire. Nous essayons autant que possible de trouver des partenaires susceptibles de soutenir la MDJ.
 
- Certains  journalistes  obtiennent un  témoignage de votre service  leur facilitant  parfois l’obtention du  statut des réfugiés. Tandis que  d’autres se plaignent de votre refus. Que dites-vous de cela ?

Nous nous efforçons de faire des recherches complètes et précises sur chaque cas. Il est hors de question de soutenir aveuglément toute personne qui prétend être journaliste et qui demande l'asile. Certains demandeurs d'asile qui attendent notre soutien se font passer pour des journalistes mais n'en sont pas ou ne peuvent pas prouver qu'ils sont réellement menacés. Nous ne pouvons pas nous laisser tromper. La crédibilité de Reporters sans frontières est en jeu. J'ajouterais que par honnêteté intellectuelle, nous ne pouvons pas soutenir la demande d'asile d'une personne si nous ne pouvons pas certifier que cette personne est vraiment en danger. Pour tous ceux dont on estime que leur demande est justifiée, nous apportons notre soutien, selon nos moyens.
 
- Divers blogs africains prospèrent comme des champignons avec parfois des maladresses déplorables.  Quel jugement, portez-vous sur les activités de ces blogs ?

Ce sont les avantages et les inconvénients des blogs : une forme très libre d'expression, mais laissant une large place aux maladresses. En général, je fais confiance au lectorat pour savoir décrypter ce qui est sérieux et ce qui ne l'est pas.
 
- La presse béninoise  a été classée  au  premier rang en 2004 parmi tant d’autres rédactions à travers l’Afrique anglophone, francophone ou d’expression arabe par les Reporters Sans frontières, qui  avaient estimé qu’elle  avait  atteint un niveau élevé de traitement d’informations  et des images, voire le respect de la déontologie professionnelle? Sur quel critère vos prédécesseurs se sont basés pour rendre public leur décision ?  Et où en est-on aujourd’hui avec ce genre d’analyse ?

 
La presse béninoise est depuis des années une presse développée, exerçant dans un climat plutôt favorable. Le pays a cependant reculé dans notre classement depuis 2004 car certains journalistes sont parfois poursuivis ou agressés. Il arrive également que des médias soient fermés ou suspendus, sur ordre des autorités de régulation. La loi sur la presse pourrait également être améliorée. C'est pourquoi le Bénin, qui figure toujours très bien à l'échelle du continent africain, a un peu reculé.

- Dans le même ordre d’idée, ce Bénin a été classé en 2004 par Reporters sans frontières, premier pays d’Afrique en matière de respect de la liberté de presse et de la liberté d’expression. Quel pays fait aujourd’hui  figure de meilleur élève ?
 
Ce sont aujourd'hui la Namibie, puis le Ghana et le Mali qui figurent aux meilleures places africaines.

- Lors des évènements dramatiques rwandais de 1994, la radio télévision libre des milles collines portait une responsabilité directe dans l’incitation à la violence.  Pour avancer dans le même ordre d’idée, certains journaux ivoiriens  ont tenu  des propos xénophobes et racistes à l’égard des étrangers  lors des malheureux événements

Tous ces cas sont des exemples, en négatif, c'est vrai, de l'influence que peuvent avoir les médias. Et nous ne pouvons que le déplorer. Reporters sans frontières est très attentive à cette question. Vous avez l'information d'un côté, et, de l'autre, la communication politique, partisane, la propagande. Il ne faut jamais les confondre. Nous faisons autant que possible de la sensibilisation au respect par les médias de l'éthique déontologique et professionnelle. Exemples : à Madagascar, au Burundi, en Côte d'Ivoire au cours de ces six derniers mois... Nous sommes très conscients de ce que notre rôle est de défendre les médias, mais pas à n'importe quel prix. Cette défense s'arrête là où commencent les appels aux meurtres et à la haine.
 

 - En guise de conclusion, qu’auriez-vous envie de dire aux journalistes, aux gouvernants et aux populations africaines ?


J'ai la conviction que la liberté d'expression et le progrès sont liés. Et je pense que ce droit fondamental d'informer et d'être informer doit être respecté pour la bonne marche des sociétés modernes.