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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Défis posés à la diplomatie tchadienne par la crise de la filière coton. Certains de nos ambassadeurs sont-ils à la hauteur ?

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

Le Tchad fait partie des pays qui n’ont pas su tirés avantage du développement des courants d’échanges commerciaux, d’investissements et de nouvelles technologies, et qui sont loin de remporter la lutte pour le développement et  pour la réduction sensible de la pauvreté.  Il ne parvient pas à surmonter les nombreux obstacles qui lui font face, pour réaliser son potentiel économique et humain de manière à intégrer ses populations dans les secteurs productifs et à tirer profit de ses ressources naturelles.

 

Il est globalement reconnu que le développement du Tchad passera entre autres, sinon principalement, par la promotion du secteur agricole, par la valorisation d’une culture de responsabilité et de solidarité collective, par une bonne gestion des deniers publics ainsi que par la construction de la paix et de l’unité de tous les tchadiens.

 

Certes, le pétrole devient de plus en plus un secteur prioritaire, mais l’agriculture et l’élevage restent les deux mamelles de l’économie tchadienne au regard de la place qu’ils occupent dans la vie quotidienne de près de 80% de la population tchadienne ; une complémentarité harmonieuse s’impose. Et le coton constitue l’un des piliers du secteur agricole ; selon les données de la Banque mondiale, il représente plus de 60% du revenu des exportations et constitue près de 55% du chiffre d’affaires de l’ensemble des banques de la place , il est aussi l’un des plus importants fournisseurs d’emploi au Tchad.

Mais depuis quelques années la filière coton tchadienne traverse une crise aiguë liée à une gestion inadéquate de cette filière et au contexte international de plus en plus défavorable aux producteurs ; il devient de plus en plus rude de vivre de la production de coton au Tchad.

 

Les politiques des pays développés, et plus spécifiquement les subventions (internes et à l’exportation) versées aux producteurs  américains et européens, ont des effets de distorsion des échanges et entraînent une chute drastique des prix du coton alors que ceux des engrais et des matériels agricoles sont à la hausse, pour la production des pays d’Afrique qui, eux, ne versent pas de subventions et dont les producteurs ont du mal à accéder aux crédits. Il en résulte une baisse brutale de la production avec des effets économiques et sociaux désastreux que cela peut avoir pour la population tchadienne.

 

Le dossier coton oppose, au sein de l’OMC, les pays africains aux Etats Unis d’Amérique et à l’Union Européenne ; aucune avancée significative n’est encore atteinte dans les négociations au sein de cette organisation. Ainsi, le coton représente un test pour le cycle des négociations de Doha : le test du respect mutuel, de l’équité des règles du commerce multilatéral ainsi que de la prise en compte des intérêts des pays en développement, en particulier les pays les moins avancés (PMA), dans le commerce mondial et le fonctionnement du système multilatéral.

 

Les PMA estiment que tous les membres de l’OMC doivent réaffirmer leur respect des engagements pris à Hong Kong (2005) et qu’une décision relative aux subventions soit rapidement prise et appliquée, et que le dossier coton soit traité de manière spécifique dans le cadre des négociations de l’agriculture. Cependant, les pays développés rechignent à lâcher du leste.

 

Si nous nous limitons à attendre patiemment qu’ils changent leurs positions, nous resterons toujours en retard et passeront notre temps à jouer les derniers rôles. En même temps, la situation de nos populations continuera à se dégrader ; ce qui est dommageable pour notre pays. Cela nous exige de revoir notre façon de penser et d’agir.

 

Le coton offre ainsi une occasion à nos représentants diplomatiques de montrer leur créativité, de prouver leur efficacité et d’affirmer leur crédibilité. Ils peuvent notamment se servir de leurs compétences et leurs contacts (bilatéraux et multilatéraux) d’une manière favorable au développement de notre pays. Il serait productif de s’employer à promouvoir la diversification de nos partenaires, de nos débouchés (régionaux et internationaux) et des investissements au Tchad ainsi que l’amélioration de la productivité agricole, la transformation, la complémentarité et la diversification de nos produits, de manière à accélérer et intensifier le processus de création de richesses pour la population, sans quoi la lutte pour le développement et l’éradication de la pauvreté serait perdue d’avance.

 

En apparence, notre diplomatie semble s’orienter dans cette direction, si nous nous référons au dernier développement de la coopération avec l’Inde, qui a vu naître une usine d’assemblage de tracteurs à N’Djamena, dans l’optique de l’industrialisation, de l’autosuffisance alimentaire, de l’accroissement de la productivité et des revenus des producteurs ; ce qui pourra contribuer au développement national. Cette usine est indispensable pour l’augmentation de la productivité agricole, mais il est opportun de penser aussi à la diversification et à la transformation de nos produits. La gomme arabique offre de meilleures perspectives de ce point de vue : c’est un produit important, hautement stratégique, presque exclusivement africain, avec des multiples usages (pharmaceutiques, cosmétiques, alimentaires, textiles, imprimerie…)  ; elle peut servir pour peser sur le marché international et dans le cadre des négociations commerciales sur l’agriculture, en créant par exemple un "choc gomme arabique" (allusion faite au choc pétrolier de 1973).

 

Malheureusement, certains de nos Chefs de Mission diplomatique n’ont pas le sens d’une diplomatie du développement, et se servent du dossier coton et d’autres négociations bilatérales ou multilatérales à des fins personnelles. Ils semblent ignorer que toute personne dépositaire d’une autorité publique se définit davantage par le sens des responsabilités et de solidarité, sur fond de justice sociale et d’intérêt général. C’est le cas de l’Ambassadeur du Tchad à Genève dont la gestion frise un manque de conscience professionnelle, sinon de conscience publique ou de sens aigu de l’Etat, et cela se manifeste souvent par des  actes juridiquement infondés, administrativement inconséquents, politiquement maladroits et diplomatiquement irréfléchis. Cela ne peut être effacé par le simple fait qu’il s’emploie par diverses manœuvres à vouloir prouver, à qui peut préserver ses intérêts, qu’il est le défenseur de l’étendard du parti au pouvoir (MPS) ; ce qu’il exhibe au bureau national du MPS n’exprime pas forcément ce qu’il défend intérieurement : lui seul sait qui il sert véritablement !

 

Dans tous les cas, notre pays sera ce que nous en faisons aujourd’hui et ce que nous en ferons demain. Le changement ne tombe pas du ciel, il repose sur la construction d’une nouvelle manière de penser et d’agir. Faire le bilan de nos expériences, surmonter les peurs, promouvoir l’innovation et encourager l’excellence, dans un esprit de paix, d’unité et de justice sociale, nous semblent indispensables pour susciter le progrès. C’est dans cette optique que, durant cette année 2010, nous allons continuer à faire le même travail de réflexion sur d’autres aspects pouvant contribuer à l’amélioration du fonctionnement de nos ambassades.


 Bonne et heureuse 2010 à tous ! Joyeuses Fêtes !