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Publié par Mak

RCA: Entre un Bozizé devenu fou et les rêves de Mangeoire

29 décembre 2012
Juliette Abandokwe

 

 

Aujourd'hui Bozizé exploite la psychose de la population de Bangui qui en a tellement marre de la violence et des brutalités en tout genre. Il lave le cerveau de ceux qui veulent bien encore l'écouter, dont beaucoup de jeunes – par définition banguissoise, désœuvrés - pour leur inculquer la haine comme arme de guerre. Une arme qui tue sans distinction, et dont chaque coup de machette s'enregistre silencieusement dans l'âme et la mémoire d'un peuple déjà profondément martyrisé.

Bozizé nous prouve mieux que jamais aujourd'hui qu'il ne partira JAMAIS de son plein gré et qu'il est prêt à tout, y compris à utiliser la population comme bouclier humain pour se protéger, à défaut pour se venger de ses propres échecs. Même perdu, il fait comme si chaque coup de feu ou de machette contribue à le réinstaller sur son butin de guerre déchu.

Comme un psychopathe qui a perdu les pédales, Bozizé est plus que jamais le danger immédiat no 1 pour la population civile de Bangui. Les exactions gratuites et les représailles aveugles constitueront désormais son dernier argumentaire.

Ce qui doit venir après, viendra après, même si l'anticipation de la conceptualisation de la suite est obligatoire. Cependant, sur le plan de l'urgence humanitaire, l'objectif primordial reste invariablement la mise hors d'état de nuire au plus vite de l'ennemi public no 1.

Les plus avides, les plus pressés d'obtenir une place à la mangeoire, semblent avoir zappés ce premier pas, pourtant préalable obligatoire, diabolisant parfois une coalition qui, loin d'être parfaite, a pourtant commis très peu d'exactions dans sa traversée du pays, qui a envoyé plusieurs appels de paix à la population de Bangui, mais dont le tort est de ressembler à une sérieuse tendance dans l'Histoire de la RCA : la prise de pouvoir par l'épée suivie d'une gouvernance plus ou moins sanguinaire et prédatrice des caisses de l'Etat.

Mais les tendances nous le disent aussi, la prédation n'est pas seulement l'apanage de ceux qui renversent le pouvoir par la force. Il y a également tous ceux qui rêvent que ce sont eux qui prennent le pouvoir, pour ensuite se rouler dans une opulence sans limites. Des rêves vraiment fous, que des pensées obsessionnelles rêvent de voir devenir réalité.

Ces derniers jour, les rumeurs assourdissantes de profito-situationnisme aigu, sous forme de réunions à huis clos, de manigances clanoformes, de suspicions d'arrangements financiers, et autres courses opportunistes à tort et à travers, sont en train de nous rappeler que les leçons du passé ne se sont toujours pas imprimées dans l'esprit du Centrafricain moyen.

La ruine du pays ne représente finalement qu'un fond de commerce pour certains, au profit de leurs petits intérêts personnels. La clanisation du paysage politique centrafricain, à travers l'instrumentalisation de contentieux historiques non-digérés et source de frustrations rageuses, liés à des questions de pouvoir et de spoliation économique, est devenu un bon alibi dans un horizon bouché par une atmosphère de guerre larvée en permanence.

Demander aux uns et aux autres de penser au pays et à l'avenir de la jeunesse centrafricaine semble peine perdue dans un contexte où la psychose de départ a révélé ensuite une avidité extrême et un nombrilisme indécent. Pendant que la population au pays se meurt dans la misère, la maladie et le désespoir total, une tendance de meute de chiens enragés, le sang aux yeux, s'affiche de plus en plus dans les différents milieux.

Nous devrions tous nous demander ce que nous voulons vraiment finalement. Les divers slogans et discours sur la misère au pays qu'on entend par ci par là depuis des mois et des années, deviennent creux et vides de sens. Chacun veut son petit pré carré, au détriment du Bien de la Nation. La naissance de nouveaux partis et de nouveaux mouvements ne font que répéter les mêmes manières de faire, pour les mêmes objectifs, entérinant les fameuses tendances historiques. De l'extérieur, on espère d'abord, optimiste et candide, et ensuite très rapidement, on reconnaît les symptômes profito-situationnistes déjà habituelles. Beaucoup de ceux qui se plaignent sans cesse de la répétitivité des tendances prédatrices sont souvent les mêmes qui justement perpétuent ces phénomènes.

En vérité, personne ne détient le monopole de la connaissance de ce qui est bon pour la Nation et la communauté. Ce ne sont pas les leaders qui décident pour le peuple, se crêpant le chignon les uns les autres pour réclamer l'unique expertise pour le Bien national. Ceux qui proclament leurs compétences comme futurs leaders s'engouffrent systématiquement dans la même rengaine coloniale : « c'est moi le chef, c'est moi qui sait le mieux, et toi tu te tais. ».

Un proverbe, africain en plus, nous dit que pour faire grandir un enfant, il faut tout un village.

Comment pourront-nous trouver un minimum de sincérité et d'honnêteté intellectuelle, permettant de mettre l'ego environnemental de côté de temps en temps, pour tempérer l'instinct d'animal omniprésent et penser au bénéfice et au renforcement des capacités de la communauté ? Or, on ne voit souvent que le développement de capacités personnelles, qui laissent le reste en friche.

Sommes-nous vraiment obligé de nous ridiculiser aussi profondément dès que nous en avons l'occasion, publiquement et devant le concert des Nations....? Où est notre fierté de Centrafricain et d'Africain?  Pourrions-nous pas imaginer de faire un effort pour casser ce cercle diabolique fait uniquement d'individus affamés ? Pourquoi ne pas envisager que la RCA devienne un exemple pour les autres pays d'Afrique centrale ? Nous aurions là l'occasion de voir notre nom gravé dans l'Histoire de l'humanité. Évidemment, et on peut le comprendre, cela ne serait pas très lucratif, dans un premier temps en tout cas !

L'esprit du colonisé, encore et toujours.... On nous a tellement répété depuis des siècles qu'on est nul, médiocre et indigne, que finalement on n'a pas d'autre choix que de produire un comportement devenu pour nous étiquette universelle.   

En fin de compte, la profonde insalubrité provoquée par les instincts bestiaux omniprésents, dépasse largement les raisons de la psychose dûe au pouvoir de nuisance de Seleka sur les populations de Bangui. La situation n'est malsaine que parce que les contentieux historiques divers et les tendances de cercles vicieux sont devenus le bouillon de culture des vrais prédateurs de la terre centrafricaine.

Le vrai danger pour la population centrafricaine n'est pas la coalition Seleka, qui n'en représente finalement qu'une toute petite part. Les vrais dangers sont d'abord un Bozizé qui voit rouge et qui tire sur tout ce qui bouge, et ensuite des individus, centrafricains, patriotes, qui se plaignent depuis des années de la situation désastreuse au pays, et qui en réalité sont en permanence à l'affût de la moindre petite brèche qui pourrait leur laisser entrevoir ne serait-ce que l'ombre de la Mangeoire. Le leitmotiv dans leur esprit « c'est à nous maintenant.... » est devenu leur religion, scandé aussi automatiquement que le rythme de leur respiration.

La meilleure dans tout ça, est que ce sont les nantis qui vivent avec cette obsession de la mangeoire et du pouvoir. Les petites gens, ceux-là même qui n'ont pas l'argent pour se soigner, ni même pour payer le carburant du taxi qui va emmener à la morgue l'être cher qui vient de mourir, les petits artisans qui se débrouillent dans les arrière-cours, les vendeuses au bord de la route qui s'éclairent à la lampe-tempête la nuit tombée, au pays où le poulet est une viande de luxe, ceux-là ne pensent qu'à la paix et à une vie sans violences étatiques. Juste ça.

Les nantis ont déjà tout, ils ont l'eau courante, l'électricité, une maison confortable, une assurance maladie et une bonne éducation pour leurs enfants. Mais tout cela ne leur suffit pas...... 

Le malheur des uns finalement fait le fond de commerce des autres.

A bon entendeur. 


http://0z.fr/vW3NC

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Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genou. - Etienne de La Boétie

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des de gens de bien- Edmund Burke