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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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N'DJAMENA, 9 juin 2010 (IRIN) - Le BET, acronyme des trois régions nord du Tchad - Borkou, Ennedi et Tibesti - est un sujet qui revient régulièrement au cours des réunions des organisations humanitaires internationales, frustrées par le manque d’informations dont elles disposent sur ce territoire reculé et les difficultés rencontrées pour s’y rendre.

La sécheresse qui a frappé le pays en 2009 a amené le gouvernement à solliciter l’aide de la communauté internationale, mais nul ne connaît véritablement l’ampleur du problème, selon une organisation non gouvernementale (ONG) locale.

« Tout ce que nous mangeons vient de Kanem et Batha [les régions de l’ouest et du centre du Tchad, situées dans la zone aride du Sahel] ... pourquoi les gens ne demandent-ils pas si ça va mal ici ? Pourquoi personne ne vient faire un état des lieux ? », s’est interrogé Mahamat Khamis, président de l’Association pour la promotion des initiatives de développement local, une ONG d’Ennedi lancée en 1999 en tant que projet de la Direction du développement et de la coopération, l’agence suisse d’aide au développement international.

L’Etat et la communauté internationale sont à peine présents dans le nord. « Soixante-quinze pour cent des écoles sont financées par les parents ; les centres de santé sont rares ; la population du nord est livrée à elle-même », a dit à IRIN Jean-Robert Moret, directeur du bureau de la Coopération suisse au Tchad.

Selon lui, les problèmes observés dans le nord ne constituent pas des situations d’urgence, mais les problèmes de développement, s’ils ne sont pas traités, risquent de se transformer en situations d’urgence. La Coopération suisse finance diverses activités scolaires, sanitaires, de déminage et de protection de l’environnement à Ennedi depuis les années 1990.

Malnutrition

Compte tenu des faibles précipitations observées en 2009, le gouvernement a évalué qu’il lui faudrait 637 000 tonnes de vivres en plus pour pouvoir nourrir sa population (qui comptait près de 11 millions d’habitants en 2009, selon les estimations) et empêcher que deux millions d’enfants de moins de cinq ans ne souffrent d’une insécurité alimentaire encore plus grave.

Les régions arides du BET (qui comptent plus de 264 000 habitants) produisent principalement du sel et des dattes dans les oasis, mais les faibles précipitations ne permettent pas d’y pratiquer l’agriculture. Aussi dépendent-elles des régions du sud du Tchad et du Sahel pour obtenir des vivres ; or, ces dernières ont produit 34 pour cent de moins que les années précédentes, selon une enquête menée collectivement par plusieurs organismes en octobre 2009.

Selon les estimations de cette étude, qui ne portait pas sur les régions du BET, la sécheresse a décimé 31 pour cent du cheptel. « Nous n’avons pas pu nous rendre dans le nord, et espérons pouvoir le faire à un moment donné », a déclaré Mariam Sow Soumaré, conseillère technique auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Néanmoins, pour M. Khamis, ce « moment donné » commence à se faire trop attendre. Ni le gouvernement, ni les organisations internationales n’ont mené d’enquête agricole ou sanitaire globale dans le nord.

Les travailleurs de la santé des cinq cliniques d’Ennedi, qui ne sont pas formés à diagnostiquer la malnutrition mais peuvent mesurer le poids et la taille des patients, ont expliqué à IRIN que près de la moitié des enfants qu’ils voyaient étaient trop maigres ou trop petits pour leur âge – des signes de malnutrition.

Michele Falavigna, Coordinateur humanitaire des Nations Unies au Tchad, a expliqué à IRIN qu’on ne se préoccupait pas autant du nord que du reste du pays. « La région a des parlementaires élus, qui représentent leurs régions au niveau de l’administration centrale. Il n’y a pas d’épidémie généralisée ; les conséquences du changement climatique ne les touchent pas autant que le reste du pays parce que cette région a toujours été désertique et que ses habitants ont une capacité à résister à énormément de facteurs ».

Mines terrestres

Selon Gon Myers, responsable de programme sortant du Programme alimentaire mondial (PAM) au Tchad, la menace des mines terrestres et des munitions non explosées limite l’aide aux programmes d’alimentation scolaire dans le nord.

« La difficulté ... c’est l’accessibilité à cause des mines terrestres ; on ne peut pas investir dans des zones où l’on ne peut pas se rendre pour visiter les écoles ». Pour visiter quatre écoles dotées de programmes d’alimentation scolaire, le long de la frontière soudanaise, dans le nord-est, en février 2010, il avait fallu s’y rendre à bord des véhicules blindés, résistants aux mines, de la mission de maintien de la paix des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de mener des missions d’observation entourés d’une sécurité aussi lourde. Le gouvernement doit collaborer avec nous, pour assurer notre sécurité afin que nous puissions travailler dans le nord », a dit M. Myers.

Après 10 années d’affrontements sporadiques entre le Tchad et la Libye sur une bande de territoire nordique peu peuplée, la région est semée d’au moins un million de mines, d’après les estimations de Saleh Hissein Hassan, coordinateur du centre national de déminage.

Environ 250 communautés, soit 284 000 personnes, vivraient dans des zones minées, essentiellement dans le nord, mais ces estimations ne tiennent pas compte de la région de Tibesti, dans le nord-ouest, qui n’a fait l’objet d’aucune enquête pour des raisons de sécurité, a dit M. Hassan.

« Le développement est étroitement lié à la rapidité avec laquelle nous pouvons détecter où se trouvent les mines, déminer et déblayer les routes », a-t-il dit. Le centre se prépare à mener une enquête financée par le Japon, en vue de dresser une carte nationale des mines terrestres, qui représentera également Tibesti.

Le ministère de l’Environnement veut intégrer le nord au « Mur vert », une initiative nationale de reforestation, visant à lutter contre la désertification, mais la question des mines le préoccupe, a dit Saleh Mouhddine Mahamat, secrétaire général. « Personne ne peut dire que nous avons abandonné le nord ; la volonté est là, mais nous avons besoin de plus de fonds et de sécurité pour ajouter à ce qui est déjà en train de se faire ».

Fauteurs de trouble

« Les gens pensent que les nordistes sont des fauteurs de trouble. Quand vous leur demandez pourquoi il y a un manque de projets d’aide humanitaire et de développement, les organisations et le gouvernement vous répondent que c’est à cause de l’insécurité, mais il y a souvent un parti-pris politique à l’encontre du nord », a dit M. Hassan à IRIN.

En avril 2010, une dizaine de factions rebelles du nord ont signé un accord de paix avec le gouvernement, mettant fin à plusieurs années d’affrontements sporadiques menés pour l’obtention d’un plus grand nombre de services publics et l’augmentation des investissements dans la région. Le président Idriss Deby s’est engagé à consacrer 54 millions de dollars au déblaiement des routes et au développement de Tibesti.

« L’ère des promesses en faveur du nord doit se traduire en actes », a dit à IRIN Barkai Saleh Choua Moussa, ancien rebelle, aujourd’hui nommé personne contact par le gouvernement à Tibesti. « Les gens disent que les habitants du désert sont des survivants, mais même eux ont aussi leurs limites ».

 

la suite sur le IRIN: http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=89422