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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Mahamat Saleh Annadif et Mahamat Hissène sont les deux nouveaux proches collaborateurs du Chef de l’Etat.

Dans la nomenclature de la répartition du pouvoir dans les différentes sphères de la République, l’exécutif se taille la part de lion. Malgré le fait que c’est au Premier Ministre que revient la tâche de présenter un programme politique devant l’assemblée nationale, et donc engager sa responsabilité quant à la réussite ou l’échec de ce programme, il va s’en dire que c’est le Chef de l’Etat qui en est le véritable chef d’orchestre. Les constitutionnalistes ont appelé cet état de fait, hérité de la 5ème République Française, la monarchie constitutionnelle ou bien encore le gaullisme. Le Chef de l’Etat est maître de tout et responsable de rien. Sauf bien entendu en cas de cohabitation.  L’UNDR et l’URD nous en avaient privée en 1996, à cause de la Démocratie Consensuelle et Participative (DCP).

Faisant abstraction de l’organisation militaire, le Président de la République s’appuie essentiellement sur deux organes  pour travailler. D’un côté, le Cabinet civil chargé de s’occuper de tout ce qui relève directement de la personne du Chef de l’Etat. De l’autre, le Secrétariat Général de la Présidence de la République qui coordonne l’ensemble des activités de la Présidence et fait le lien avec les organismes extérieurs.

L’agenda du Chef de l’Etat, par l’entremise du Protocole d’Etat, l’image et l’expression présidentielles, par l’entremise de la Direction Générale de la Communication, les commodités pratiques du chef de l’Etat par la direction de l’Hôtellerie, l’intendance du Boss par le Daafm et la direction de l’immobilier et enfin les correspondances présidentielles par le Secrétariat Particulier relèvent du Directeur du Cabinet du Président de la République.

Le Secrétaire Général de la Présidence est une sorte de PM bis. Son gouvernement est constitué des conseillers techniques. Tous les dossiers traités par les membres du gouvernement doivent transiter par lui avant d’atterrir dans le cabinet. Dans un système présidentiel fort comme le nôtre, c’est le véritable patron de l’administration. Parce que sa parole est celle du chef.  Ceux qui connaissent Claude Guéant de l’Elysée (Paris) ou Laurent Esso d’Etoudi (Yaoundé) auront une idée de l’importance du personnage. Même si au Tchad les SGPR sont très souvent discrets, ils ne sont pas moins influents. D’où l’importance de vous présenter les nouveaux « patrons » de la Présidence de la République du Tchad.

La nomination de Mahamat Hissène au poste de Directeur de Cabinet et celle de Mahamat Saleh Annadif au Secrétariat Général de la présidence de la République me rassurent dans un premier temps.

Les deux hommes qui reviennent dans les arcanes de la présidence de la République qu’ils connaissent déjà pour avoir occupé, tous les deux, le poste du Dircab, font partie de ce que l’on peut appeler la crème de l’intelligentsia locale. D’un côté, l’on a affaire à un brillant journaliste qui peut être considéré comme l’un des plus doués de sa génération et de l’autre on a un ingénieur des Télécoms qui s’est révélé un exceptionnel diplomate. Les parcours de ces deux (nouveaux ?) hommes du président se sont effectués pour MH à l’ombre des grands et pour MSA au-devant de la scène.

Très jeune, fraîchement rentré de Yaoundé après sa formation en journalisme, le brillant élève de l’Ecole Supérieure de Journalisme intègre l’Agence Tchadienne de Presse et se confronte à la réalité face à la bipolarisation du débat entre le Nord et le Sud sous le régime militaire. Très tôt, il fallait choisir son camp. Contrairement à ce que disait de lui Dieudonné Djonabaye, Mahamat Hissène n’est pas celui-là qui « n’a pas de personnalité donc il est manipulable et malléable», N’Djaména-BiHebdo du 11 juin 2002. Si MH est lent à réagir face à une situation, il sait prendre des positions courageuses et les défendre. A l’époque de l’accord-cadre, face à ses collègues majoritairement pro-CSM, il soutenait les FAN. Contre une grande partie de sa famille, militante ou sympathisante du CDR, il s’allie à Hissein Habré.  En 1990, après avoir subi une longue traversée de désert sous la menace d’une arrestation par ce dernier qui l’accusait de tous les maux, MH a vu en Idriss Déby le sauveur et s’est mis à son service sans hésitation. Selon beaucoup des indiscrétions, il serait le nègre du célèbre discours du 04 décembre 1990 dans lequel le Colonel Idriss Déby promettait la Liberté et la Démocratie en lieu et place d’or et d’argent. En dehors d’une année et quelques mois passés à New-York au siège des Nations Unies, MH a passé toute sa carrière entre les directions de l’ATP, RNT et TVT s’il n’est pas attaché de presse à la Présidence de la République. Il crée son journal Le Progrès en 1994 avec le soutien d’Idriss Déby bien conseillé par les frères Erdimi qui étaient ses amis.

Si jamais Mahamat Hissène est entré dans l’histoire c’est par la création de son premier journal privé « Saba yom » en fin des années 1970, et surtout par le lancement de la Télévision nationale sur satellite. Il aura pesé de tout son poids et de ses connaissances pour impulser une nouvelle dynamique à l’ONRTV.

MS Annadif n’a pas eu une longue carrière au Tchad. Revenu de Madagascar en 1981 sous le gouvernement du GUNT, il est intégré à l’Office Nationale des Postes et Télécommunication (ONPT) mais il a dû se rendre à l’évidence très tôt. Jeune diplômé, il est coopté au sein du Frolinat par le biais du CDR. En juillet 1982, le leader charismatique du CDR, Acyl Ahmat Aghbach trouve la mort accidentellement à Laï. Un congrès tenu dans l’urgence désigne Acheikh Ibn Oumar comme SG et Annadif en devient le Secrétaire à l’Information.

Face à l’avancée des troupes de Habré Annadif et ses camarades trouvent refuge en Libye. Après plusieurs soubresauts, le CDR décide de rentrer au Bercail en 1988. Mahamat Saleh Annadif qui a pris entre temps des galons et occupe désormais le poste du Secrétaire Général 2ème Adjoint du CDR, est en avant-poste pour les négociations de Bagdad qui aboutiront à leur retour au Bercail dans le cadre du Front Patriotique ( le Front patriotique est une alliance de circonstance regroupant le CDR, l’UND du Dr Facho Balaam, un groupe FAP mené par l’actuel vice-président de l’Assemblée Assaïd Gamar Sileck et le Frolinat-fondamental du général Hadjero Senoussi). Acheikh hérite du poste du ministre des Affaires Etrangères, Facho Baalam, Secrétaire d’Etat au Plan et M.S Annadif que certains de ses amis accuseront d’avoir fait un double-jeu avec les Irakiens, obtiendra le poste du Secrétaire d’Etat à l’Agriculture de mars 1989 jusqu’en décembre 1990.

Sous Idriss Déby, il est nommé Directeur Général de la TIT de 1991 à 1997. Il est membre fondateur du PLD avec Ibni Oumar Mahamat Saleh et c’est à ce titre qu’il entre au Gouvernement en 1997 au poste de Ministre des Affaires Etrangères. Pendant ce long bail (six ans) il fait briller la diplomatie tchadienne de mille feux. Jamais le Tchad n’était aussi présent dans le concert des Nations qu’avec Mahamat Saleh Annadif. Les gains directs étaient la nomination d’Etienne Alingué au poste de Directeur Régional de la Francophonie pour l’Afrique de l’Ouest,  Mariam Mahamat Nour est envoyée comme représentante de la FAO au Togo et enfin Habib Doutoum a réussi à se faire élire Secrétaire Général Adjoint de l’OUA.

Ces deux hommes sont tous de culture Arabe. Mahamat Saleh Annadif est un arrière-petit-fils de Chibéké, grand chef de la tribu Mahariyé d’Arada. Il est apparenté à Bichara Issa Djadalla et ils sont souvent assimilés aux mahamides d’Ahmat Hassaballah Soubiane. Mahamat Hissène, bien que descendant originellement des princes Médégo, est et avant tout culturellement Arabe Ouled Rachid. Suite à des querelles avec son frère le sultan de Médégo, son Grand-père surnommé Moursal est venu demander asile à Djedda’a et s’est mis au service du Cheikh Alkhalil dont il devient un des lieutenants. Suite à des divergences « politiques » Mahamat Hissène a pris ses distances avec ses « frères arabes » pour se rapprocher de ses (véritables ?) frère Médégo avec qui il ne partage que le sang ancestral qui coule dans ses veines. Mahamat Saleh Annadif a tout d’un fils de Chef : la cour et la disponibilité pour les siens. MH est un homme seul, un cavalier solitaire, un Lucky Luck. Sa carrière, il l’a construite tout seul. Et il ne voit aucun intérêt à en faire jouir qui que ça soit.

Dans leurs longues carrières, ces deux hommes n’ont pas récolté que des lauriers.  Mahamat Hissène traîne derrière lui son élection au forceps comme député du 5ème Arrondissement après une première défaite au 4ème. Pour les militants du MPS, il aura été l’homme de la rupture. Il était la personnification de la bureaucratie, somme toute, incompatible avec le folklore qui est la base même du parti présidentiel. MH qui cultive le culte du moindre risque politique qui lui sera fatale vis-à-vis de son chef, évite tout engagement qui lui sera préjudiciable. L’ex Secrétaire Général de l’Union des Cadres Musulmans du Tchad a été longtemps présenté comme un épouvantail par ces « détracteurs » originaires du Sud qui ne lui pardonnaient pas son attitude de « nordiste décomplexé ».

Mahamat Saleh Annadif quant à lui a marqué son passage au ministère des Affaires Etrangères par la très controversée rupture de relation diplomatique avec la Chine Populaire. Rancuniers, les chinois auraient refusé d’agréer son accréditation comme ambassadeur de l’Union Africaine auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est pour cela qu’il est envoyé à Bruxelles auprès de l’Union Européenne. L’autre grosse tâche noire de sa carrière ministérielle est sa décision de ne pas suivre ses camarades du PLD qui ont démissionné en 2001 suite à une consigne de leur Bureau Politique.

Les deux hommes qui se connaissent bien ont eu à s’affronter également. Alors Directeur de Cabinet Civil, Mahamat Saleh Annadif a piloté la fronde anti MH qui devrait aboutir à son éviction du MPS en 2007. Mais c’était sans compter avec ce rusé qui a su retourner la situation dans la salle par un discours historique dans les annales du MPS. Annadif qui dirigeait le Présidium n’a pas su cacher son enthousiasme face à la sortie de MH et, visiblement, la réconciliation était scellait ce jour. Ironie du sort ce MH qui l’a remplacé au cabinet.

Si la tâche semble aisée pour MH, né en 1954 à Djedda’a (Batha Est), dans ses nouvelles fonctions débarrassées aujourd’hui d’un gênant adjoint comme l’a été pour lui Mahamat Saleh Adoum Djerou, Annadif, né en 1956 à Arada (Biltine), aura à gérer un autre homme des réseaux en la personne de Bichara Doudoua.

 

Le très influent SGPR Adjoint acceptera-t-il de s’effacer devant le nouvel homme fort de la maison ?

 

Une chose est sûre, avec d’un côté le tandem Mahamat Hissène-Ngoté Gali Koutou et de l’autre Mahamat Saleh Annadif-Bichara Doudoua, la présidence de la République du Tchad n’avait jamais eu une équipe des cadres aussi pourvus en matière grise pour bien faire fonctionner l’institution. Dotés d’un réel bagage intellectuel, fidèles à leur chef, ayant prouvé par le passé leur amour pour leur pays, les quatre premiers responsables civils du Palais Rose doivent imprimer leur marque dans la maison. Les Tchadiens les attendent au tournant. Plus que les autres, ils n’auront pas droit à l’erreur.

 

 Abdelnasser Garboa