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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

deby-2.jpgDéjà lors des festivités du 1er décembre 1991, premier anniversaire du régime, j'ai été surpris du peu de popularité dont jouissait le président Déby. Son apparition à la tribune officielle ne suscita que des applaudissements polis, aussi bien parmi les invités d'honneur que parmi la population - assez clairsemée - sur la place de l'indépendance. Point d'enthousiasme débordant, point de transports de foule.
 
un an plus tard, à l'ouverture de la CNS, c'était la même chose. Dans la rue, j'ai entendu à plusieurs reprise des gens regretter à haute voix la période Habré ( " A cette époque au moins on était tranquille"), et les dirigeants politiques ne sont en général guère plus positifs. " Ce gouvernement est le plus incompétent que le Tchad ait connu (...). J'estime que le MPS a plutôt ramené les tares de tous les régimes passés ", disait Kassiré Delwa Coumakoye en juin 1991.
 
Idriss Déby  " se prononce pour la démocratie et le multipartisme, mais c'est uniquement pour entretenir son "image de marque" auprès des bailleurs de fonds. Concrètement rien n'est fait" enchaînait Gali Gatta, en décembre 1992. La plupart des observateurs étrangers s'expriment d'ailleurs dans la même veine.
 
La Grande question est évidemment de savoir jusqu'à quel point Idriss Déby est sincère quand il parle de démocratie ? Pour ma part, je dois avouer que, contrairement à la plupart de mes collègues "tchadologues", je ne sais pas comment répondre à cette question, ce qui m'amène parfois, avec beaucoup d'hésitations, à accorder au président tchadien le bénéfice du doute. Certains passages de ses discours ont en effet un accent de sincérité authentique, comme celui prononcé, fin juillet 1991, lors du congrès extraordinaire du MPS, donc devant ses propres partisans : " Vous avez été grands sur les champs de bataille, soyez grands dans le combat des idées et le débat politique". Autres détail significatif : Lors du défilé marquant la fête du 1er décembre 1991, une camionnette transformée en colombe de la paix faisait partie du cortège. D'accord, c'est facile et ça ne coute par cher, mais c'est en quelque sorte trop naïf pour avoir été inventé par un régime machiavélique maniant la langue de bois. J'ai donc tendance, parfois, à parier sur la sincérité de Déby, auquel cas je dois également admettre, étant donné ce qui se passe quotidiennement au Tchad, que le même Déby est plutôt mal entouré et qu'il n'a absolument aucun contrôle sur ses partisans et leurs troupes.
 
Si, par contre, Déby n'était pas sincère, pourquoi parlerait-il alors tant de la démocratisation ? Ses détracteurs répondent généralement, sans hésiter : pour faire plaisir à la France. Soit, mais quelle France ? Dans ce domaine, en effet, on se heurte à un certain nombre de contradictions que la plupart des observateurs n'ont jusqu'ici, pas relevées et qui méritent que l'on s'y arrête un instant. Quelles sont exactement les relations qu'Idriss Déby entretient avec la France ? Quand il prend le pouvoir, en décembre 1990, la France officielle affiche une neutralité en quelque sorte bienveillante, en dépit du fait que le MPS avait été fortement aidé par la Lybie : " On n'a pas aidé Idriss Déby, affirme Jacques Pelletier, alors ministre de la coopération, on l'a laissé faire".
 
D'autre responsables français évoquent l'effet de surprise (la victoire de Déby a été effectivement très rapide) pour expliquer l'absence de réaction de la part de Paris.
 
J.L TRIAUD fait état "d'une convergence momentanée d'intérêts entre la France et la Lybie", sans autres précisions, pour expliquer l'attitude française. D'autres interlocuteurs m'ont fait comprendre que la politique tchadienne de la France, fin 1990, dépendait entièrement du problème du golfe. Il fallait surtout ne pas couper les ponts avec le colonel Kadhafi, pour l'empêcher de rallier le camp irakien, raison pour laquelle on a laissé filer Déby, malgré ses soutiens lybiens et malgré le risque que sa victoire pouvait représenter pour la paix civile au Tchad.
 
Donc, une "certaine" France, la France officielle qui s'exprime dans les médias, aurait laissé faire, sans enthousiasme particulier. Par contre, une autre France, plus souterraine, semble avoir joué une rôle plus actif. C'est ce que suggère J.L TRIAUD quand il écrit : " l'histoire dira d'autre part comment, tout au long de l'année 1990 la direction générale de la sécurité extérieure établit des contacts avec le groupe rebelle ". Lors d'un stage à l'école militaire de Paris, en 1985, Déby avait, en effet, crée quelques liens avec des militaires français, et en exil au Soudan, il avait été approché par un certain Paul FAUTBONNE, l'un des hommes de la maison DGSE à Khartoum. D'après observateurs bien placés, Déby aurait obtenu de ce côté un soutien, certes immatériel, mais beaucoup plus substantiel, soutien qui aurait compté pour beaucoup dans sa victoire surprise sur Habré. Par la suite, ce soutien lui est resté acquis. " Les services français pesèrent lourd dans les premiers pas du régime, affirme J.L TRIAUD. M. Idriss Déby était leur homme. Ses qualités d'officier suffisaient, à leur yeux, à garantir le nouveau pouvoir " Paul FAUTBONNE a d'ailleurs accompagné Déby dans son nouveau poste de président du Tchad, en tant que conseiller à la Présidence, et début 1993, il se trouvait toujours en place à N'Djamena.
 
C'est donc surtout à cette France " officieuse " que Déby est redevable en ce qui concerne sa victoire militaire. Or, pour ces milieux-là, la démocratisation n'est probablement pas le premier souci, et ce n'est pas à eux que le président tchadien fait plaisir en libéralisant le pouvoir.
 
Si des français souhaitent la libéralisation des régimes africains, il faudrait les chercher plutôt du côté de la Coopération et des affaires étrangères, milieux auxquels Déby ne doit rien pour ce qui est du passé, et dont on dit souvent, à N'djamena, qu'aujourd'hui encore ils ne pèsent pas lourd dans l'élaboration de la politique tchadienne de la France.
 
Si cela était exact, le président tchadien n'aurait pas besoin de faire tant de zèle. A moins que les " services " français au Tchad aient repris en main, pendant la période plus récente, par l'Elysée directement, auquel cas l'hypothèse que Déby fait de la démocratie uniquement pour soigner son image de marque auprès de la France devient de nouveau plausible.
 
 
Robert BUIJTENHUIJS
La conférence nationale souveraine du Tchad.