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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

0bechir_240209.jpgIMAGE DU SOUDAN, MANDAT D’ARRÊT, UNITE DU PAYS, DIALOGUE POLITIQUE...Omar el-Béchir, un président face aux adversités
 

 

Première tâche : gagner des élections. Deuxième tâche : mobiliser les citoyens autour de l’Accord de paix après deux décennies de déchirements. Troisième tâche : polir l’image du Soudan sur la scène internationale dans un contexte fortement marqué par le mandat d’arrêt international. Pour finir, maintenir l’unité du pays.

Lendemain d’élection à l’ambassade du Soudan à Dakar. Khaled Farah, l’ambassadeur, a le sourire. On l’imagine : le président-candidat a été réélu avec 68% des voix. Ensuite, le taux de participation dépasse les 65%. Enfin, les élections générales (présidentielle, locales et législatives) se sont déroulées dans le calme les 11 et 13 avril derniers. Trois motifs de satisfaction pour un pays où le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (Cpi) et l’appel au boycott lancé par une partie de l’opposition ravissaient la vedette à toute autre actualité. Selon la Commission électorale présidée par Abil Alier, Omar el-Béchir a obtenu 6,9 millions de votes sur les 10,1 millions de suffrages valablement exprimés sur les seize millions d’inscrits. Sans trop jubiler, l’ambassadeur mesure quand même la portée des résultats issus de cette épreuve de démocratie. Et là, son président se défait, selon sa propre analyse, d’un autre adversaire autre que ses challengers politiques soudanais.

« Cette participation massive et la victoire éclatante sont une autre réponse au mandat d’arrêt lancé contre le chef de l’Etat. C’est une prise de position claire du peuple soudanais dans un élan de patriotisme et de solidarité qui fait échec à cette tentative extérieure de porter atteinte à l’image du président el-Béchir et du Soudan. Les Soudanais montrent leur nationalisme et leur attachement à ce chef d’Etat qui n’est pas isolé du peuple », indique-t-il. Pour illustrer son propos, il parle du Darfour, « censé être victime du président el-Béchir » et qui, avec ses déplacés, a voté pour le président sortant et les listes de son parti, le Parti du congrès national (Ncp, le sigle en anglais).

Ces élections renforcent l’image du Soudan dans le monde, souligne notre interlocuteur. « L’image du Soudan est très reluisante. Après tout le tintamarre et le catastrophisme annoncé autour de ces élections, nous nous rendons compte que c’est le calme qui prévaut maintenant dans notre pays. C’est une vérité qui contredit les allégations relayées par certains médiats internationaux hostiles à notre pays », explique l’ambassadeur.

Yagoub Mohamed Ahmed Abukalam, le chargé d’Affaires politiques à l’ambassade du Soudan à Dakar, rit, lui, du mandat d’arrêt. « C’est le peuple soudanais qui dit à la Cpi : tu t’es trompé ! Heureusement que le peuple soudanais ait compris les visées des Occidentaux ! »

La tenue du scrutin agrée les observateurs de l’Union européenne, de l’Union africaine, du Centre Carter et de la Ligue arabe. Dans un texte remis à la presse, la mission d’observation de l’Union européenne, dans son rapport préliminaire sur les élections, estime que celles-ci « symbolisent un pas essentiel vers l’application définitive de l’Accord de paix global ».

Le Centre Carter a publié un rapport provisoire a salué la participation massive du peuple au processus électoral. Il invite tous les acteurs à persévérer afin de créer les conditions de l’application de l’accord. Toutefois, sur la sincérité des votes, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont rappelé que « l’impunité des crimes internationaux les plus graves est et demeure inacceptable ». Les observateurs de l’Union européenne et du Centre Carter invitent les autorités à apporter des correctifs dans la perspective de la tenue du référendum de janvier. Pour leur part, les observateurs arabes « ont confirmé la transparence des élections soudanaises, tout en précisant que certaines erreurs techniques ne portent pas préjudice aux résultats ». Erreurs techniques ? Cela rappelle les accusations de fraudes. « Le gouvernement n’a pas cherché à frauder, objecte Yagoub Mohamed Ahmed Abukalam. Les partis sont représentés dans la Commission nationale chargée de l’organisation de ces scrutins. Il y a aussi les observateurs internationaux et nationaux. Les erreurs techniques, c’est par exemple des bulletins qui se sont retrouvés sur un lieu autre que leur destination. Cela justifie la prolongation de deux jours. Etant donné que c’étaient des élections générales, il y avait une certaine complexité technique ».

Une frange importante de la classe politique ayant boycotté, la victoire du président el-Béchir est-elle une performance sans gloire ? Non ! indiquent nos interlocuteurs. « Ceux qui disent que le chef de l’Etat sortant n’a pas fait face à une forte opposition sont les mêmes qui brandissent des accusations de fraudes. Il y a paradoxe. Il y avait bien des partis représentatifs, même si l’adversité était réduite. L’ancien Premier ministre soudanais Sadek al-Mahdi, président du parti Al Umma, n’a pas pris part aux élections, de même que Yasser Arman, proche du Mouvement populaire de libération du Soudan (Spl/M), l’ex-rébellion sudiste.

En revanche, le Parti du Congrès national populaire (Pnc) du chef islamique Hassan Abdallah al-Tourabi n’a pas boycotté. Il a fini troisième à la présidentielle, derrière le candidat du Spl/A. Enfin, dans le Sud, le Spl/M a retiré sa candidature pour soutenir Omar el-Béchir », précise le chargé des Affaires politiques.

Et maintenant, la paix ! Le plus grand chantier de Omar el-Béchir après les pied-de-nez aux auteurs du mandat d’arrêt international lancé contre lui pour génocide au Darfour. Mot d’ordre : préserver l’unité du pays. Une vaste campagne de sensibilisation a précédé ces élections générales. Celles-ci sont un jalon important dans le processus d’application de l’Accord global de paix de 2005, après deux décennies marquées par la guerre et les mouvements de populations. Signé entre le Gouvernement du Soudan et la Spl/M-Spl/A (sa branche armée), ce document prévoyait la tenue d’élections générales au bout de quatre ans. Le Soudan entre donc dans une transition démocratique qui aboutirait à l’organisation d’un référendum sur l’auto-détermination du Sud- Soudan en janvier 2011. Un signal fort est envoyé par les électeurs de cette région semi-autonome, avec la reconduction, comme président, de Salva Kiir, indépendantiste avec un score de 92,9 %. « Toutes les forces vives du pays sont mobilisées afin que l’unité se fasse et que la population du Sud-Soudan accepte de rester dans le grand ensemble Soudan. Les concertations sont menées », explique l’ambassadeur. Point de départ, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale « qui sera représentatif de toutes les sensibilités du peuple soudanais ».

 

Habib Demba FALL