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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

 

Le VIIe Congrès ordinaire de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) devrait se tenir du 14 au 15 décembre 2012 à Sarh dans le sud du Tchad. Un congrès, c’est l’occasion pour une organisation de faire le point sur son bilan, sur le contexte environnemental, se définir de nouvelles orientations et se doter d’une nouvelle direction.

La LTDH, créée par le Manifeste du 15 février 1991 à N’Djamena, est la première organisation associative des droits humains au Tchad. Elle était une organisation mythique pour les Tchadiens pour plusieurs raisons :

-          Elle était créée dans un contexte encore marquée par la peur au sortir d’une dictature féroce, celle de Hissène Habré ;

-          Elle apportait un concept nouveau d’humanisation de la société tchadienne et faisait du respect du droit du citoyen un élément central de son combat ;

-          Elle s’était fondée sur une base pluraliste reflétant réellement la diversité nationale : parmi la centaine des premiers membres fondateurs, il y avait toutes les sensibilités régionales et politiques, même des cadres du parti au pouvoir MPS ;

-          Dès le départ, elle avait mis la barre de la lutte très haute, en consentant de grands sacrifices dans un contexte de violences criminelles terrifiantes : un an seulement après sa création et le jour même de son premier anniversaire le 16 février 1992, son Vice-président l’avocat BEHIDI Joseph fut lâchement assassiné par des professionnels du crime. Par la suite, certains de ses militants payeront cher leur engagement à travers le pays ;

-          La LTDH avait acquiert par sa détermination une capacité d’agir sur l’ensemble du territoire, jusqu’aux coins reculés et oubliés comme le Tibesti : que des violations massives des droits humains se passent au fin fond du Ouaddaï, du Sud ou du Lac Tchad, elle relevait le défi de la dénonciation et de la gestion de crise ;

-          La LTDH avait aussi risqué gros dans des cas difficiles comme Ninguilim au Ouaddaï, les 300 Goranes déportés du Nigeria, les évènements du 13 octobre 1991 (Affaire Hadjéraï), la dure répression dans le Sud, etc. Elle avait même démontré sa notoriété en défendant le cas des compagnons arrêtés de feu Abbas Koty, ce qui à l’époque n’était pas du goût d’une certaine opinion très remontée contre le Clan au pouvoir ;

-          En dehors de ce combat de la protection quotidienne des droits des citoyens, la LTDH avait formé plus d’un millier de citoyens de toute provenance sociale, professionnelle et religieuse. Par exemple, elle avait organisé la formation en droits humains de plusieurs promotions de gendarmes tchadiens, d’agents d’exécution des lois, d’autorités administratives et militaires et d’autres sociétés civiles.

-          A l’actif de la LTDH, des mémorandums, des rapports annuels sur l’état des droits humains, des rapports d’enquêtes de bonne facture, ainsi que des outils pédagogiques de sensibilisation et de formation.

C’est dire que cette organisation occupe encore et toujours une place affective dans la plupart des milieux. Posséder une carte de la LTDH avait été salutaire à de nombreux voyageurs sur les routes hantées par les vrais faux malfaiteurs de notre pays.

Malheureusement, comme nous sommes au Tchad, les maux et virus qui minent et qui ruinent tous les espoirs naissants dans notre pays, sont aussi passés par les couloirs de la LTDH. Aujourd’hui, elle n’est que l’ombre d’elle-même. La LTDH n’appartient et n’appartiendra à personne en propre. Elle n’a pas été créée pour servir des intérêts et des penchants mondains des uns ou servir de strapontin de positionnement pour les autres. Elle ne peut être au service de réflexes tribalistes, régionalistes ou partisans inavoués. Si l’on en est arrivé là, c’est le développement d’un mal endogène lié aux contradictions et aux antagonismes internes de notre société tchadienne. Ce mal qui veut que tout soit régionalisé, partitionné, dévié de l’initial, pour s’adapter à la petitesse des individus.

Aujourd’hui, nous lançons un ultime appel aux délégués des cellules et aux participants cooptés du congrès de Sarh de prendre enfin leurs responsabilités devant l’Histoire qui jugera chacun de nous sur ses vrais actes durant sa gestion stratégique, humaine et matérielle de l’organisation. Il n’y aura aucune excuse ni de faux fuyants. Avoir abusé du contexte confus de notre société pour détruire les acquis d’une lutte exemplaire et héroïque, menée au prix de sacrifices suprêmes voire des vies de nos camarades engagés, ne saurait encore être toléré à l’avenir. Le congrès de Sarh a l’obligation non négociable de sortir notre organisation de la faillite générale ou alors de la dissoudre pour qu’elle ne continue pas d’être dénaturée et discréditée. Ce n’est pas pour les fantasmes d’un individu ou d’un groupe de potes, mais pour un Tchad débarrassé de l’oppression, de la négation de la valeur de l’humain et de la vie qu’elle a été fondée. Ce n’est pas pour se positionner politiquement mais pour bien rappeler aux acteurs publics en mal de pouvoir les gardes fous, les limites à ne pas franchir.

Il y a pourtant encore des militants dignes qui continuent de se battre dans leur coin courageusement, et le changement ne peut venir qu’avec des hommes nouveaux. La LTDH a besoin de reconstruire et de consolider des bases militantes solides et intégrées dans les réalités pour contribuer efficacement à leur transformation effective.

Les hommes et les femmes de valeurs ne manquent pas, pour être les moteurs de ce réveil salutaire. Il faut simplement l’homme qu’il faut à la place qu’il faut!

La LTDH est une machine complexe, délicate et sensible. Sa gestion interne et quotidienne, ses rapports tant avec ses membres qu’avec le grand public et les partenaires stratégiques, financiers et politiques devraient être confiés à des mains expertes. Car c’est là que pourraient se former les contre performances. Il n’y a pas de meilleur profil actuellement que le camarade Eric Dessandé ! Membre fondateur, sa forte personnalité ; ses talents de gestionnaire et d’animateur pointilleux font de lui l’homme qu’il faut pour reprendre en main la direction de la LTDH, en qualité de nouveau Président national. En s’entourant de militants intègres, déterminés, issus de toutes nos sensibilités et revendiquant nos valeurs fondatrices, il pourra également avec l’appui des anciens que nous sommes, redresser et restaurer la LTDH telle que l’attendent depuis tants d’années de dérives, les militants, les partenaires et les populations.

Ces valeurs qui firent la fierté de l’organisation sont : i) l’indépendance vis-à-vis du pouvoir et des tous les partis politiques, ii) le bannissement des relents tribalistes, régionalistes et confessionnalistes en son sein, iii) une gestion rigoureuse des ressources, iv) une capacité d’anticipation sur les évènements, v) l’impartialité et la fermeté dans le traitement des cas de violations des droits de l’homme, et vii) l’implication et la mobilisation constante des militants.

 J’invite donc les camarades militants de la LTDH d’avoir un sursaut salutaire au congrès de Sarh pour aller dans cette direction. Je précise qu’en tant que Président fondateur, je ne serai pas solidaire de toute combine ou machination qui tendrait à maintenir et à enfoncer notre organisation dans sa déchéance actuelle. Pour des raisons évidentes et vu les enjeux de la réforme de la LTDH pour rendre le pouvoir aux militants, j’use de ce moyen public pour m’adresser à vous, délégués au congrès, en prenant à témoin l’opinion publique.

A bon entendeur, salut !

           

 

            Enoch DJONDANG

Ancien Président fondateur

< enochdjo@yahoo.fr