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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Demandeurs d'asile : retour à la case départ

 Sur le toit du parking du Paillon, « chacun s'installe comme il peut, pour le mieux. » Au pied d'un muret, entre des grilles, mais aussi sur la piste d'athlétisme ou une grille d'aération. : Photo Cyril Dodergny  
Sur le toit du parking du Paillon, « chacun s'installe comme il peut, pour le mieux. » Au pied d'un muret, entre des grilles, mais aussi sur la piste d'athlétisme ou une grille d'aération. : Photo Cyril Dodergny
 

« Notre situation ? Elle parle d'elle-même ! Regardez : on n'a ni toit, ni douche, ni toilettes. Rien... »

 

8 h 30 du mat' sur le toit du parking du Paillon. Un petit Babylone au coeur de Nice, où se croisent les destins chaotiques de dizaines de migrants. Le ressortissant soudanais qui désigne ces lits d'infortune traduit le moral des troupes : désabusé. L'impression de vivre une galère sans fin.

« Le parking », comme ils l'appellent, c'est retour à la case départ pour nombre d'entre eux. Là où s'est révélée au grand jour, il y a près d'un an, la problématique de l'accueil des demandeurs d'asile (un statut spécifique, lire par ailleurs). Là où ces Soudanais, Erythréens, Tchadiens ou encore Tchétchènes sont revenus faute de mieux, l'Etat ayant cessé de les héberger. Là où les services municipaux ont mené une opération de nettoyage le 11 août. Le parquet de Nice étudie actuellement la plainte contre X déposée par les associations à l'issue de cette « opération ».

« Pas de futur »

« La police a pris nos affaires et nous dit de ne pas dormir ici. Il n'y a pas de futur ! Pas de place pour les immigrants en France, pour les blacks... On est traités comme des animaux », s'emporte un jeune Nigérian qui dit avoir passé neuf mois dans la rue. Abdelazim, lui, erre à Nice depuis deux ans et demi. Et finit par en rire, au fond de son sac de couchage : « Pourquoi on dort pas au Negresco ? »

Ironie et colère froide. Résignation et ténacité. C'est le cocktail servi au p'tit-dej' avant-hier, sur l'esplanade baignée de soleil.

La peur des vols

Venu en visiteur, Michel Abada, des « Don Quichotte », espérait que la récente manif' place du Palais « leur aurait donné un coup de fouet ». Même pas, soupire Abdallah. « Ça va pas, franchement ça va pas. Avec le changement de climat la nuit, on est tous enrhumés. Et puis, suivre le Ramadan quand on vit dans ces conditions-là, c'est dur... »

Ces conditions-là ? C'est un sac de couchage offert par le Secours catholique. Un carton disloqué en guise de matelas. Une piste d'athlétisme où ils dorment par petits groupes - « chacun s'installe comme il peut, pour le mieux ». Et quelques affaires dont ils ne se séparent jamais : même la précarité attire les voleurs.

Au lever du soleil, ils vont se doucher à l'accueil de jour. Au crépuscule, ils partagent le repas de rupture du jeûne pour lequel tous ont cotisé. Pas de quoi faire chauffer les plats. Ils reçoivent en revanche le soutien d'anciens demandeurs d'asile, qui leur apportent le souper.

« Prêt à partir »

Au petit matin, on croise encore Magomed Takhayev, Tchétchène de 24 ans, tout juste débouté par la préfecture. Il craint d'être renvoyé et incarcéré en Pologne. Ou pire : en Russie, pays qu'il a combattu. Alors il vit séparé de sa femme et ses deux enfants, pour éviter que tous ne soient interpellés, en se raccrochant à l'espoir d'une régularisation à titre humanitaire. Magomed a erré toute la nuit avec Deni. Ils ont les traits tirés, les yeux terriblement fatigués. Tout comme les sept Afghans qui émergent de leur sommeil, allongés sur une grille d'aération ou à l'ombre d'une table de ping-pong. D'autres naufragés de la guerre. « Je préférerais être mort dans mon pays que vivre ici, finit par lâcher un Soudanais de 42 ans. Là, je souffre, je suis malade. J'aime Nice, mais je suis prêt à partir... » Le problème est : où ? Si ces migrants se sentent indésirables sur une Côte d'Azur aux capacités d'accueil saturées, aucun n'a pour l'heure tenté sa chance ailleurs. Et les associations envisagent de nouvelles actions pour interpeller les autorités.

 

ccirone@nicematin.fr

Christophe Cirone
Nice-Matin