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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Le Nouvel Observateur.- Vous évoquez à nouveau la possibilité d’une paix avec le Soudan, pays avec qui vous êtes en conflit depuis 2003 par rébellion interposée.

Idriss Déby.-
Cette crise nous a fait beaucoup de mal. Nous avons été agressés plusieurs fois. Nous avons la charge de 300.000 réfugiés du Darfour. Normaliser nos relations avec le Soudan est notre priorité. Je n’ai donc pas hésité à recevoir le conseiller spécial du président soudanais, Omar el-Bechir. Cette rencontre, facilitée par notre frère Kadhafi, constitue une première. C’est une très grande opportunité pour rétablir la paix entre nos deux pays. En signe de confiance, nous avons demandé que les mercenaires (rebelles tchadiens basés au Soudan Ndlr), conformément aux accords passés, soient éloignés de 500 km de nos frontières, casernés et désarmés. Le principe a été accepté par Khartoum. Evidemment, quand cela sera fait, nous irons, nous aussi, vérifier sur le terrain qu’il n’y a plus de mercenaires autour de Kutum, Niala, al-Fasher, ou dans le Jebel Mara. Nous sommes prêts en échange à laisser des observateurs soudanais visiter notre pays afin de constater que nous n’hébergeons pas leurs rebelles. Notre ministre des Affaires étrangères va se rendre à Khartoum dans les prochains jours pour discuter des autres points en suspens.

N.O.-
Ce rapprochement sera-t-il durable ? Les quatre accords précédents, à peine conclus, ont tous été violés.


I. Déby.-
Absolument. Nous restons donc très prudent. Le premier accord n’a tenu qu’une semaine, le second a été rompu cinq jours après et le dernier a été violé seulement dix-sept heures après avoir été signé à Doha, alors que notre délégation était encore sur place. C’est pour ça que nous avons dit aux Soudanais, de la façon la plus claire : nous ne vous croyons pas. C’est à vous de faire le premier pas. Vous devez montrer que vous avez renoncé à établir au Tchad un régime basé sur le fondamentalisme religieux.

N.O.-
Vous avez salué la décision de la Cour pénale internationale de lancer un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir. Cette pression l’a-t-elle poussé à se rapprocher du Tchad ?

I. Déby.- Je pense que le président Béchir a compris une chose : le monde d’aujourd’hui n’accepte plus l’impunité. Et effectivement, les pressions internationales qui viennent de toutes parts ont pesé sur sa décision. J’ai profité de mon séjour à Paris pour demander au président Nicolas Sarkozy et aussi au président de l’Organisation internationale de la Francophonie, M. Abou Diouf, d’encourager le Soudan à respecter ses engagements.


N.O.-
Quel bilan faites-vous de l’Eufor dont le mandat s’est achevé au printemps dernier ?

I. Déby.- En son temps, nous avions critiqué l’Eufor. Avec le recul, je pense que l’Eufor a fait davantage pour sécuriser les réfugiés et le personnel humanitaire que la force des Nations unies qui l’a remplacé. On ne peut pas dire que la Minurcat (Mission des Nations unies pour la république centrafricaine et le Tchad) soit opérationnelle. Elle devait avoir 4 à 5000 hommes. Elle dispose de moins de 40% des effectifs prévus. Ce sont donc nos soldats et nos policiers qui jouent le rôle dévolu aux casques bleus.


N.O.-
Les humanitaires accusent les coupeurs de route d’être souvent des soldats tchadiens ?

I.Déby.- Ce n’est pas vrai. La majorité des malfaiteurs sont des Soudanais qui ont servi dans la rébellion du Darfour. Ils viennent armés dans les camps de réfugiés que nos soldats, dans le cadre des conventions internationales, ne sont pas habilités à fouiller. Nous contrôlons mieux nos frontières et les actions que nous avons menées ont permis d’arrêter tous ces malfrats et de récupérer tous les véhicules volés à des humanitaires. Nos forces de défense et de sécurité ont payé le prix fort lors de ces interventions et déplorent des morts et des blessés.


N.O.-
Nicolas Sarkozy vous a demandé que les législatives tchadiennes prévues en 2010 soient « irréprochables ». Que lui avez-vous répondu ?

I. Déby.- Ces élections vont être transparentes. Elles se dérouleront dans les normes, sous la surveillance de la communauté internationale et d’une commission électorale indépendante. C’est exactement ce que prévoit l’accord du 13 août 2007 passé entre la majorité présidentielle et l’opposition : l’organisation, avec l’appui de la communauté internationale, d’élections irréprochables. Les représentants de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie, de l’Union africaine, de la France, des Etats-Unis, d’Allemagne, des Nations unies ont jusque-là participé à toutes nos réunions préparatoires. Nous le faisons en toute bonne foi. Nous n’avons pas à tergiverser. Je suis moi-même le garant de l’application de cet accord.


N.O.-
Les partis d’opposition demandent au préalable que toute la lumière soit faite sur la disparition en février 2008, de leur principal porte-parole, Ibni Oumar Mahamat Saleh.

 

I. Déby.- Cette question m’a déjà été posée plus d’une centaine de fois.

N.O.- Parce qu’elle demeure toujours sans réponse.

I. Déby.- Cette affaire est aujourd’hui entre les mains de la justice. On l’a d’abord confié, comme vous le savez, à une commission indépendante, composée pas seulement de Tchadiens, mais aussi de membres de la communauté internationale. Sur la base de son travail, des magistrats ont été désignés et continuent ses travaux. Ce n’est pas très facile. Ils ont déjà entendu beaucoup de monde. Ils doivent nous dire ce qui est arrivé non seulement à Ibni Oumar Mahamat Saleh, mais aussi 700 Tchadiens qui sont morts entre les 2 et 3 février 2008, lors de l’attaque des mercenaires soudanais contre N’Djamena. Il y a eu, ces jours-là, la destruction de tous les symboles de la démocratie au Tchad, des viols, des assassinats de civils, de militaires, de hauts responsables... Donc, attendons que les magistrats rendent leurs conclusions.


N.O.-
Mais vous répétez, malgré de nombreux témoignages contraires, que les militaires tchadiens ne sont pour rien dans cette disparition.

I. Déby.- Tous les chefs militaires ont été entendus par la commission et les magistrats. Je ne suis pas dans le secret de ce qu’ils ont dit. Mais, en ce qui me concerne, j’avais alors d’autres choses à faire que de faire arrêter un opposant ou un homme politique. Nous étions encerclés. Le palais a été défendu par moins de 300 personnes, dont moi-même, bien sûr. Et la ville a été contrôlée pendant vingt-quatre heures par les mercenaires. Il est important que cette enquête explore aussi cette piste.

N.O.-
Deux figures de l’opposition ont pourtant été arrêtées ce jour-là. D’autres personnalités politiques auraient pu l’être également si elles ne s’étaient pas cachées.

I. Déby.- Il faut d’abord se demander pourquoi ces gens se cachaient. En pleine offensive, le 2 février vers 16 heures, l’aviation m’a annoncé qu’il y avait un attroupement extrêmement important de mercenaires devant la maison de Lol Mahamat Choua (ancien chef de l’Etat) et m’a demandé ce qu’elle devait faire. J’ai dit : s’il y a un attroupement, il faut tirer. Et j’ai ordonné aux unités qui étaient engagées de ce côté de la ville de se rendre sur les lieux. On m’a prévenu par radio qu’on avait trouvé M. Lol Mahamat Choua à l’extérieur de sa maison. J’ai dit prenez le. Et cela en présence de deux officiers français qui se trouvaient avec moi à la présidence. Il n’a pas été maltraité. On lui a simplement demandé ce qu’il faisait à cette heure-ci dehors sous les balles. Après avoir été interrogé, il a été remis à sa famille. Quand au second opposant, M. (le député Ngarlejy) Yorongar. Il a eu peur et a fui au Cameroun. Il n’a jamais été arrêté.


N.O.- Le gouvernement français est en train de remettre à plat l’ensemble de son dispositif militaire en Afrique. Souhaitez-vous, à cette occasion, réviser les accords qui vous lient avec Paris ?

I. Déby.- Le Tchad n’a pas d’accord de défense avec la France. Nous ne sommes donc pas concernés par ces modifications. Nous sommes liés seulement depuis 1976 votre pays par des accords de coopération qui fonctionnent parfaitement bien. Nous espérons que cette coopération ne soit pas remise en cause. Le dispositif Epervier qui a été mis en place en 1987, à la demande de mon prédécesseur, quand le Tchad a été attaqué par la Libye, a également parfaitement rempli sa mission.


Propos recueillis par Christophe Boltanski
L'observateur
 

Source:  ambenatna.