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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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La Libye est un immense pays (1 750 000 km²),  seule une petite portion de son territoire a été épargnée par le désert. Elle  est située dans la partie septentrionale du continent africain, délimitée au nord par la Méditerranée, à l'ouest par l'Algérie et la Tunisie, au sud par le Niger et le Tchad et à l'est par le Soudan et l'Égypte. Trois régions essentielles constituent la Libye à savoir la Tripolitaine au nord-ouest, la Cyrénaïque à l'est  et le Fezzan au sud-ouest.

 

La société libyenne  à l'image de beaucoup de sociétés arabes, est essentiellement tribale. C'est une société bédouine, formée par des dizaines de tribus situées essentiellement dans le nord et l'est du pays. Il serait dès lors opportun de s'interroger sur le rôle des tribus et l'impact de leur soutien  aux deux belligérants

 

 Il ne faut pas perdre de vue que la tribu constitue encore aujourd'hui le cadre par excellence dans lequel se discute les questions politiques, judiciaires, financières et sociétales. Le régime mins en place par le colonel Kadhafi ne pouvait pas aller à contre courant de ce système tribal très puissant. En revanche il a tenté d'innover le système politique libyen essentiellement tribal par la publication de ce qu'il appelle la troisième théorie consacrée dans le « livre vert ». La particularité de la pensée de Moammar KADHAFI est qu'elle est directe, elle trouve ses origines dans l'injustice subie par les opprimés, les asservis et les démunis de la terre.

 

 La première partie du Livre Vert en expliquant ces faits annonce le début de l'ère jamahiriyenne (l'ère des masses), désigné par les comités populaires réellement détentrices du pouvoir comme l'affirme cette première partie présenté sous un titre assez provocateur et critique de la notion de la démocratie occidentale intitulée : le problème de la démocratie.

 

La deuxième partie quant à elle est une révolution économique universelle qui détruit les structures économiques anciennes,  écrasants ainsi les oppresseurs. Elle propose la solution des problèmes économiques, par l'adoption de la solution finale en abolissant le salariat, par la libération de l'homme de l'asservissement dans lequel celui-ci le maintient.

Il faut retourner à la loi naturelle qui a organisé les rapports humains bien avant l'apparition des classes, des gouvernements et des législations positivistes. La loi naturelle est en effet le critère, la référence et la source unique des rapports humains. Elle a donné naissance à un socialisme naturel fondé sur l'égalité des facteurs de production et a assuré la répartition à peu près équitable des produits de la nature entre les individus.

 

L'exploitation de l'homme par l'homme et la constitution par un individu d'une fortune dépassant ses besoins, constituent une entorse à la loi naturelle et l'amorce d'une perversion et d'une déviation dans la vie de la société, ainsi que le signe avant-coureur d'une société d'exploitation.

 

Enfin, la troisième partie est sans contexte le début d'une révolution sociale donnant à l'Histoire sa véritable explication et résolvant le problème de la lutte humaine pour la vie. Elle établit des bases stables pour une vie sociale pacifiée. La pensée de Kadhafi s'inscrit dans l'universalité et le droit à la vie comme le laisse supposer l'auteur. En voici quelques extraits marquants de sa théorie, pour tenter de comprendre la rhétorique de l'auteur et y voir plus clair sur l'idéologie du dirigeant dans cette période incertaine de la Libye:

 

* « Il est des cycles qui sont inévitables dans l'histoire sociale : la domination du monde par la    race     jaune, lorsqu'elle arriva d'Asie, les tentatives de colonisation de tous les continents  du     monde par  la race blanche. C'est désormais au tour de la race noire de prévaloir dans le       monde."

 

* "L'éducation obligatoire est par nature coercitive et supprime la liberté. Imposer un enseignement spécifique est une décision dictatoriale."

 

*"Les clubs sportifs, qui constituent aujourd'hui les institutions sportives traditionnelles, sont des instruments sociaux avides. Les tribunes entourant les terrains sont en fait construites pour empêcher l'accès à ces mêmes terrains."

 

*"Placer un enfant dans une garderie est un acte coercitif et tyrannique. C'est une violation des libres et naturelles dispositions de l'enfant."

*"La représentation (du peuple) est un mensonge. La simple existence des parlements sous-tend l'absence du peuple, car la démocratie ne peut exister qu'avec la présence du peuple, et non la présence de ses représentants."

 

D'après son auteur, cette  théorie n'est pas dénuée d'intérêt. Il pense même qu'elle pourrait servir d'alternative possible au vide démocratique que vivent les sociétés actuelles notamment occidentales. Il  n'est pas  paraître démagogique pour Kadhafi que d'affirmer que la théorie de la troisième voie, reposant sur les bases d'une démocratie directe et d'une auto gestion socialiste, pourrait faire l'objet d'une étude plus sérieuse dans la perspective de la recherche d'une nouvelle vision de la politique et de la conduite des affaires publiques.

Ce qui est acquis,  c'est le colonel Kadhafi a réussi à régner par un pouvoir total utilisant la redistribution de la manne pétrolière comme moyen de racheter la paix sociale. Sous son  emprise, le pays est dirigé de main  de fer grâce à un régime militaire s'appuyant sur un appareil de sécurité très puissant et totalement dévoué au chef. Le seul contre-pouvoir est et demeure encore la tribu. En effet le pouvoir mis en place par le guide libyen, qui a trouvé une application progressive depuis 1970, n'a pas cherché à effacer les fondements tribales de la société libyenne, bien au contraire, il les a confirmé et intégré dans sa théorie en acceptant de les voir comme un contrepoids de taille à son pouvoir total, il ne peut y être autrement

 

La peur de voir ce poids  tribal balancer du côté des rebelles, en constitue d'ailleurs le principal défis pour Kadhafi plus encore que l'intervention occidentale en faveur de la résistance représentée par le CNT et son président  Moustapha Abdeljalil.

 

Dans son long discours du mardi 22 février dernier, le colonel libyen, a  appelé à réunir les chefs des différentes des tribus pour ramener le calme et rétablir l'ordre dans le pays, la veille, son fils ainé Saî Al-islam avait à son tour rappelé  la centralité du système tribal dans la société libyenne. Organisation millénaire et présente dans de nombreux pays arabes, la tribu est le dénominateur commun d'une majorité de Libyens.

 

Historiquement, la tribu, forme une unité de  base de la population libyenne. N'oublions que  le nom de Libye provient de la tribu millénaire des Libu. Ce système a survécu aux siècles et aux différents régimes politiques qu'a connus le pays : aussi bien durant la colonisation italienne (1911-1943) que pendant la monarchie d'Idris Al-Sanoussi (1951-1969).

 

La Libye doit son nom à la tribu des Libu (Libou). Les Grecs ont appelé Λιβύη la région à l'ouest de la vallée du Nil, et qui pouvait s'étendre, dans certains textes, jusqu'à l'Océan. Les Romains nommèrent la province, Tripolitaine (Tripolitania). Elle devient Régence de Tripoli sous l'empire ottoman.  Depuis toujours l'organisation principale en Libye était la tribu, la longue période de règne de Mouammar Kadhafi n'a rien changé. Mieux encore, le guide libyen s'est même appuyé sur la tribu qu'on peut définir par une force non institutionnelle pour asseoir sa légitimité politique. Il n'a eu de cesse de favoriser son clan par solidarité tribale. L'exaltation de l'appartenance tribale dans son livre sur la troisième théorie, mais aussi la nomination de représentants tribaux dans des postes clé de l'armée et des ministères importants comme la défense ou les affaires étrangères. Ce pourquoi la tribu dont il est issu la « Kadhafa » a été largement favorisée, ne laissant aux autres qu'une influence quasi symbolique pour ne pas dire nulle.

 

 Le long des quarante années de son règne, Mouammar Khadafi était surtout un chef de clan, son pourvoir autoritaire était centré sur un fort sentiment de tradition tribale. Cette approche du pouvoir a trouvé son expression dans son discours guerrier du 22 février en affirmant je cite «  je suis au dessus des postes des chefs d'Etats, je suis un révolutionnaire, un bédoin... si j'avais un titre quelconque je vous l'aurai jeté à la figure ». Il est vrai que le guide libyen, nfoccupe officiellement aucune fonction mais détient tous les pouvoirs au cœur de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Paradoxalement et presque subtilement, la démocratie directe ou le pouvoir du peuple tant mise en valeur dans sa troisième théorie universelle, est devenue une dictature originale mais bien réelle celle du clan de  la « Khadaffa », la tribu du colonel.

 

Cette citation tirée du livre vert, illustre bien la réalité du régime clanique de la grande Jamahiriyya libyenne: « le seul lien social véritable et naturel est celui du sang. L’individu est lié aux autres et d’abord à sa famille. La tribu est alors une famille élargie et la nation un groupe de tribus », avait-il écrit.

 

La crainte de Kadhafi s'est justifiée quand un certain nombre de chefs de tribus libyennes se sont jointes à la résistance, considérant que le guide est parti très loin dans la répression des manifestants, perdant ainsi sa crédibilité aux près des tribus dont il a été très proche. En effet, on  recense plusieurs dizaines de tribus en Libye. L'éloignement durable du centre du pouvoir et la répression sanglante des mouvements de révolte ont eu raison du soutien de certaines d'entre elles à Mouammar Kadhafi. A titre d'exemple, le cheikh des « Warfala », la tribu la plus importante, dont le nombre est estimée à près d'un million de membres situés dans la région de Benghazi,  a demandé à la population de s’opposer au régime. Son chef a même déclaré: "Nous déclarons au frère Mouammar Kadhafi qu’il n’est plus un frère, nous lui disons de quitter le pays"

 

Certaines tribus touaregs auraient également répondu à l'appel. Faradj al Zouway, le chef de la tribu « Al-Zaouya »  implantée dans l'est du pays, a menacé de couper les exportations de pétrole vers les pays occidentaux, si les autorités ne mettaient pas fin à l'oppression des manifestants. Mieux encore ses tribus disposent d'une réelle capacité de mobilisation dans les régions sous leur contrôle, la seule chance de Khadafi, reste à mon sens de tenter de les isoler géographiquement pour réduire leur capacité de nuisance à son régime. C'est d'autant plus gênant pour Khadafi que ces tribus sont armées, la question centrale est de savoir lesquelles qui vont le suivre et le soutenir jusqu'au bout et celles qui vont s'opposer à son régime quelque peu  vascillant.

 

Je dois dire qu'il est très difficile de répondre à cette question d'une importance capitale pour la suite des opérations militaires en Libye et sur la quelle il n'est guère facile de trancher tant des divisions peuvent apparaître dans une seule et même tribu. Cette guerre si facilement déclenchée est loin d'être terminée, il est en effet facile de commencer une guerre, il est difficile de la terminer.

 

*Mohamed TROUDI est chercheur en relations internationales et stratégiques, politologue, spécialiste du monde arabe et musulman. Il intervient régulièrement dans les colonnes de Politique-actu.