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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Les jeunes mariées de l'est du Tchad sont quotidiennement fouettées par les proches de leur mari. Certaines en meurent. Reportage.

ABECHE (correspondance). - Quand une jeune journaliste d'Abéché, ville à l'est du Tchad, propose de se rendre au mariage de son frère, elle prévient : « Il n'est pas très éduqué. Il respecte la tradition. » La cérémonie a lieu dans un quartier populaire d'Abéché où toutes les maisons et les boutiques sont en torchis. À 16 h, une soixantaine de femmes sont déjà là, voilées, assises sur des nattes, sous une toile de tente colorée. De l'autre côté de l'enclos, les hommes arrivent par petits groupes. Pour eux, des sièges en plastique ont été installés en demi-cercle face aux femmes, sous des bâches.

 


Deux larges fauteuils sur une estrade attendent les mariés. Le jeune mari arrive, porté par ses amis qui le déposent sur l'un des sièges. Il brandit un long fouet en peau d'hippopotame. Ces fouets sont interdits au Tchad, non seulement parce que les hippopotames deviennent rares, mais parce que leurs lanières rugueuses blessent cruellement les chairs. La jeune mariée arrive ensuite, discrète, et s'assied à côté de son mari. Les invités commencent à danser. D'abord les femmes, puis les hommes. Hassan, un journaliste d'Abéché, explique avec sérieux que la jeune mariée « sera fouettée toute la semaine ».

 

Mariées de force à 13 ans

 


Direction Goz Beida, 400 km plus au sud. Comme partout dans l'est du Tchad, les femmes vivent dans la terreur que leur inspirent les hommes. Toutes ont été excisées, sans anesthésie, entre six et huit ans. Nombre d'entre elles ont été mariées de force dès l'âge de 13 ans, l'âge minimal requis par la loi. Souvent, elles épousent des hommes de plus de 40 ans, qui ont déjà une ou deux épouses. C'est le cas d'Housna. Cette jeune réfugiée soudanaise a été vendue à 18 ans par son père à un forgeron de 55 ans qui en a fait sa troisième femme. Elle a déjà deux enfants qu'elle porte sur son dos tout en travaillant dans une ONG internationale.

 


Azene travaille dans l'humanitaire, mais il participe à la tradition des coups de fouet pour les jeunes mariées. Il raconte qu'après la cérémonie de mariage, on conduit l'épouse dans une pièce où se trouvent des amies. Elle doit rester voilée et n'a pas le droit de sortir pendant une semaine. C'est le moment du fouet. « Tous les Arabes ici font cela, ainsi que des tribus non arabes, explique-t-il. La nuit de noces, on conduit la femme dans la maison du mari. Le plus souvent, elle refuse de s'y rendre. Si elle n'agit pas ainsi, les vieilles femmes se moqueront d'elle. Donc, on l'amène par la force. Si la femme refuse d'aller chez son mari, son père, ses frères, ses oncles, ses cousins la fouettent. On la tape, on la ligote, on lui fait n'importe quoi. Son mari l'attend. » Les proches du marié donnent chacun deux ou trois coups de fouet. Parfois violemment, parfois doucement. « Moi, je préfère frapper fort, pour ne pas paraître une mauviette », déclare Azene, et il conclut : « Parfois, la mariée meurt en route des suites de ses blessures ou de déshydratation, attachée sur le dos d'un chameau. »

 

 


Claude Adrien DE MUN (Agence Syfia).