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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Et la citation empruntée à Jean Paul Sartre, écrivain et penseur du  20e siècle, trouve tout son sens lorsque l’on se penche sur la situation des journalistes au Mali. Si le journaliste devient aujourd’hui le protagoniste d’un récit tristement noir, c’est tout simplement que la tendance s’est inversée. Oubliée l’image du dandy romantique, oubliée la figure désinvolte de l’aventurier, le journaliste devient un danger, un homme à abattre ou du moins a faire taire. Mais ne devrait-on pas plutôt remercier ceux qui utilisent sans vergogne la censure, ceux qui enferment sans aucune impunité la liberté de la presse, ceux qui étouffent la vérité ? Ils nous rappellent en effet à l’ordre : la liberté de la presse est aussi robuste que fragile. Préservons-la !

Nabila Hamdani /Regards d’Africains de France 

Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins et assoir un semblant de pouvoir. Ainsi au Mali, Reporters sans Frontières vont jusqu’à parler d’«une semaine noire pour l’information». Une expression justifiée lorsque l’on passe en revue les malheureux évènements qui font l’actualité. Seconde arrestation d’un journaliste en l’espace d’un mois, interdiction de diffusion de l’interview d’un chef touareg, descente de militaires dans les locaux d’une chaine de télévision… pour n’en citer que quelques-uns. Autant d’exemples qui prouvent l’état alarmant dans lequel se trouvent l’information au Mali ? Et il n’en a pas fallu plus pour faire réagir RSF. « Nous appelons à une mobilisation générale, de la communauté internationale comme des journalistes maliens, pour obtenir de la Sécurité d'État la libération immédiate et inconditionnelle de Haby Barry ».

Arrestations, censure, emprisonnements 

« Il faut qu'on en parle : il se passe des choses horribles dans ces locaux secrets ; ces cellules isolées ; ces couloirs sombres et effrayants dans lesquels on entend que des cris abominables, des appels au secours ». Voilà ce qui a valu la prison à Haby Barry, directeur de publication du journal « Caravane ». En effet, arrêté il y a tout juste un mois, Haby Barry a été une nouvelle fois appréhendé par les militaires le 12 juin 2012. Son crime ? Avoir dénoncé les exactions dont il a été victime lors de son incarcération.  Publié dans le mensuel « Aujourd’hui la résistance », l’article fait état de l’arrestation détaillée de Haby Barry par les services secrets maliens. Un cas malheureusement banal qui rythme désormais le quotidien de la presse malienne.  Ainsi, inutile de rappeler la multiplication des actes d’intimidation dont font l’objet les télévisions locales. Africable TV a assisté ébahi à l’irruption des militaires dans les locaux de la chaine.  Leur but ? Empêcher la diffusion de l’interview de Mohamed Lemine Ould Ahmed, le secrétaire général adjoint du Mouvement national de Libération de l'Azawad (MNLA). Et que faire sinon de céder afin « d'éviter tout risque inutile en exposant les confrères » déclare dépité le directeur de l’information de la chaine Sékou Tangara. Liseron Boudoul, journaliste de TF1, quant à elle, a été contraint d’abandonner son idée de reportages sur les camps de réfugiés et l’aide humanitaire au Mali. En effet, celle-ci a été tout simplement refoulée au nord Mali et reconduite à Bamako pour rejoindre la France au cours du weekend du 10 juin. Un « rapatriement forcé » que l’on tente de justifier. « Nos services ont stoppé Mme Liseron Boudoul à San (480 km au nord de Bamako). Elle a déclaré qu'elle allait dans un camp de réfugiés. Mais pour nous, elle allait dans le Nord aux mains des groupes armés. Nos agents ont refoulé la journaliste à Bamako contre son gré. Elle a été entendue et elle est rentrée en France dimanche soir », ose prétendre un responsable de la police malienne. Ce seraient donc pour des « raisons de sécurité » que les médias sont ainsi malmenés ? Difficile à croire surtout qu’on ne  cesse de garder à l’esprit le contexte général dans lequel évolue tant bien que mal le pays tout entier.

 Un coup d’État politique, un coup d’État médiatique

Depuis le 22 mars 2012, le Mali est plongé dans le chaos total. Le président sortant Amadou Toumani Touré a ainsi entrainé dans sa chute le journalisme. « Pendant que la crise politique perdure, une situation singulière s'enracine : celle de faire entrave aux enquêtes des journalistes, de définir des lignes rouges et des sujets tabous, de fermer des zones entières du territoire aux reporters. L'armée malienne est devenue une ennemie de la liberté de l'information », a conclu l'organisation. Une déclaration qui fait plutôt froid dans le dos quand on sait qu’hier encore, le Mali faisait figure de bon élève en matière de liberté de la presse. Dans ce climat plus que tendu, le journalisme apparait comme un véritable risque à ne pas prendre. RSF ne craint pas de parler d’une réelle dégradation des conditions de travail des journalistes et appelle l’Union africaine à prendre des mesures. Nul ne peut nier que le putsch est à l’origine ou a du moins précipité la chute des médias. Les descentes de militaires se sont ainsi multipliées dans les locaux des chaines de télévision. On en dénombre 3, uniquement au sein de Africable TV avec comme seul objectif d’imposer. Et l’investiture par intérim de Dioncounda Traoré, qui aurait pu apporter un semblant de stabilité pour le pays n’arrange rien. En avril, le nouveau chef d’État est ainsi victime d’une agression et d’une tentative d’assassinat. Dans un article d’analyse publié dans « le Point » exprime sa désolation face à ce qu’ils appellent une « régression » du pays. Un état qui pourtant apparaissait comme le plus stable du continent africain. Espérons que l’effet domino ne soit pas.

 

Nabila Hamdani