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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Il s’appuie aussi sur ses mercenaires du Sahel. Des Toubous, des Goranes et des Arabes du Tchad ont été les premiers enrôlés parmi ceux qui vivaient à Sebha. La grande oasis du Sud libyen abrite des bases et d’immenses camps militaires, d’où sont parties toutes les invasions du Tchad

 

Malgré l’appui des chasseurs bombardiers français, l’offensive des insurgés sur le front ouest risque d’être longue avant la bataille de Tripoli, où ­Kadhafi a déployé sa 32e brigade. L’amiral Edouard Guillaud, le chef d’état-major de l’armée française qui conduit les opérations, attend de voir comment vont se comporter les Berbères quand ils atteindront le « plat », loin de leurs montagnes du djebel Nefousa. S’il confirme les livraisons d’armes légères aux rebelles de l’Ouest, l’état-major nie l’approvisionnement en missiles Milan. Selon Paris, c’est le Qatar qui les fournit aux insurgés, avec des manuels en arabe et non pas en français ! « Les militaires, les bateaux et les avions engagés dans ce conflit n’ont pas de problème de durée », affirme l’amiral Guillaud, même s’il ne conteste pas que se posera après la bataille la question de la régénération du matériel. Pour cause de « révision », le « Charles-de-Gaulle » restera à quai plusieurs mois. Citant volontiers le « brouillard de la guerre » cher au célèbre théoricien militaire Clausewitz, l’amiral Guillaud ne se risque pas à annoncer une date pour la fin des hostilités. Selon les renseignements français, « Tripoli est sous le boisseau » des services secrets de Kadhafi. Même si des émeutes éclatent la nuit dans différents quartiers, la capitale reste attentiste. En attendant le grand jour, les avions français effectuent 23 % des missions et 30 % des frappes. C’est beaucoup par rapport à la coalition, mais peu face à l’étendue du pays et à la dissémination des forces de Kadhafi. Mis à part les britanniques, les avions des autres pays européens décollent mais délivrent très peu d’armement. Depuis, en fait, l’arrêt des bombardements américains décidé par Barack Obama, l’Otan, amputée de son premier contributeur, a perdu sa puissance en Libye malgré près de 2 500 sorties en cent jours. Rien par rapport aux 37 465 effectuées au Kosovo en soixante-dix-huit jours !

 

Dans la banlieue de Misrata, Kadhafi pensait avoir trouvé la parade en ordonnant de cacher ses blindés au milieu des habitations. Pour éviter des dégâts collatéraux, les avions français revenaient de mission de plus en plus souvent avec leurs bombes. Le problème a été résolu par le Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM), installé sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan. Son travail : adapter, tester tous les matériels utilisés par l’armée de l’air. En trois jours, ils ont trouvé la solution en remplissant une bombe d’entraînement GBU-22 de 250 kilos avec de la résine lourde. Une fois détecté par le chasseur, le blindé libyen est « illuminé » par le laser de l’appareil qui « verrouille » la cible. L’ordinateur de bord calcule la trajectoire de la bombe, conduite, comme les autres, par le système de guidage Paveway III.

 

Les premières frappes surprennent les artilleurs de Kadhafi, qui s’imaginaient protégés derrière leurs boucliers humains. Aucune détonation, aucune flamme ni projection ne se produisent, mais les chars sont détruits un à un. En fait, ces bombes « inertes » agissent comme les boulets utilisés jadis par les armées du roi. Tirés à 4 000 mètres d’altitude, les 250 kilos de la bombe pèsent plusieurs dizaines de tonnes à l’arrivée. « C’est comme si l’équivalent d’une trentaine de voitures de type Mégane était projeté contre un mur à 950 km/h ! affirme un pilote à propos du Direct Accurate Guidage Urban Environment (Dague). Si toutefois la bombe rate sa cible, même d’un seul mètre, aucun dommage n’est à déplorer. Mais, si elle touche le char, il est écrasé comme une canette de bière par un coup de massue. »

L'argent est lenerf de la guerre.

 

Le problème, c’est que les miliciens de Kadhafi se sont adaptés à cette nouvelle donne. Pour semer la confusion vue du ciel, ils combattent à bord de pick-up identiques à ceux de la rébellion. La tâche des aviateurs n’est pas facile, d’où le renfort des hélicoptères Gazelle et Tigre qui décollent la nuit du BPC « Tonnerre » pour frapper ces « petits » objectifs mobiles. Kadhafi, lui, dispose d’une garde prétorienne de 5 000 fidèles encadrés par deux de ses fils : le colonel Moatassem et Khamis, qui commande les forces spéciales. Il s’appuie aussi sur ses mercenaires du Sahel. Des Toubous, des Goranes et des Arabes du Tchad ont été les premiers enrôlés parmi ceux qui vivaient à Sebha. La grande oasis du Sud libyen abrite des bases et d’immenses camps militaires, d’où sont parties toutes les invasions du Tchad. C’est ici que les populations du Tibesti viennent se ravitailler et chercher du travail. Des « proies » faciles pour les recruteurs du dictateur. Idem pour les jeunes Touaregs maliens et nigériens. C’est Aghali Alambo, l’ex-président du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la justice), qui coordonne depuis Tripoli ces groupes de Touaregs envoyés mater la rébellion. Destitué en 2009 par l’état-major de son propre mouvement parce qu’il était accusé d’être un « agent » de Kadhafi, il organise aujourd’hui le recrutement touareg pour son mentor. Ses hommes sont payés environ 5 000 dollars (3 850 euros) par mois, une solde très importante au Sahel.

 

Pour Kadhafi, dont les hommes se battent par intérêt et non par conviction, l’argent est le nerf de la guerre. Sauf qu’il commence cruellement à en manquer depuis que les comptes du fonds souverain Libyan Investment Authority sont gelés par les sanctions internationales. La solde des mercenaires, des soldats, des miliciens, l’adhésion des tribus, l’achat des armes et des munitions : Kadhafi est obligé de tout régler avec des malles d’argent liquide. Des montagnes de cash devenues l’un des objectifs prioritaires des avions alliés. Les banques, les réserves de billets disséminées dans les palais, les tunnels et les casernes sont bombardés. Des millions de coupures sont déjà parties en fumée. Idem pour les centres de commandement qui ne sont plus que des ruines. Plus de 600 ont été détruits. Idem pour 800 dépôts de munitions. Kadhafi n’est pas épargné. Il a déjà failli y passer début mai, quand un de ses fils, Saïf Al-Arab, et trois de ses petits-enfants sont morts dans une frappe de l’Otan. La demi-douzaine de souterrains partant du complexe de Bab Al-Aziziya, où résidait Kadhafi, ont été touchés. Chacun menait à un port, à une piste d’aviation, ou débouchait très loin dans le désert. Son bunker à Sebha a été soufflé de l’intérieur par des missiles Scalp tirés à plusieurs centaines de kilomètres par des Mirage 2000 D qui ont percé le béton avant d’exploser.

 

Pour échapper à la mort, Kadhafi se déplace en voiture banalisée et dort chaque soir dans une maison différente. Il n’apparaît plus à la télévision, et diffuse désormais ses rodomontades dans des messages audio. Comme Saddam Hussein avant la chute de Bagdad. Sans comprendre qu’en s’accrochant au pouvoir, il risque de subir le même sort.•

 

Source: Paris-Match