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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

tordjom

L’Europe, dans le souci d’harmoniser l'architecture de son système d'enseignement supérieur, a fait sienne l’architecture du cursus universitaire en vigueur dans les pays anglo-saxons (USA, Royaume Uni). Ce système a été lancé le 25 mai 1998 à l'occasion du 800° anniversaire de  La Sorbonne par les ministres de l'enseignement supérieur des 4 grands pays européens, Allemagne, Angleterre, France, Italie.  Le système LMD a été adopté en 1999 à Bologne (Italie) par 29 ministres de l'éducation européens.

En rappel :

: Licence Correspond au BA (Bachelor of arts) délivré dans les pays anglo-saxons quatre années après le bac. 

: Master.  Correspond au MA "Master of arts", équivalent du Bac+5.

: Doctorat (Bac + 8).  C’est le PhD, sanctionné par le titre de "Docteur".

Parmi les objectifs que vise ce système, on peut citer :

 

-         la concurrence avec les universités américaines en attirant les étudiants du monde entier,  et, particulièrement, dans un premier temps, les étudiants d'Amérique du Nord et  de l'Asie ;

-          favoriser la mobilité des étudiants européens et leur assurer une reconnaissance européenne de leur diplômes et cela quelque soit les universités qu'ils ont fréquentées ;

-          rendre possible et "rentable", pour l’étudiant européen, la circulation dans toute l’Europe et dans le monde; ce qui ne peut que favoriser la fécondation des idées notamment dans le cadre de la recherche, comme la constitution de marchés du travail européens et la démultiplication de la meilleure offre diplômante adaptée à chaque étudiant en quête du ou des diplôme(s) idéal à ses yeux pour se réaliser personnellement et professionnellement. Ce qui serait tout au bénéfice de la qualification et de l’emploi des populations européennes actives, comme de la croissance et de la compétitivité en Europe.

 

Pour ce système, la formation se fait en semestres et en unités d’enseignement. Le nombre de crédits nécessaires pour valider le cursus licence est de 180 (6 semestres de 30 crédits), et celui du cursus master de 120 crédits supplémentaires (4 semestres de 30 crédits). Les Unités d'enseignement sont créditables et capitalisables dans ce sens que sur avis du jury, l’étudiant passera en année supérieur tout en entrainant avec lui les matières à valider. Toutes les activités d’enseignement sont concernées par ce système de crédits y compris les stages, mémoires, projets...

 

Cependant ce système n’est pas apprécié dans beaucoup de pays, notamment les Etats européens. Des grands mouvements de contestation estudiantins naissent un peu partout pour dénoncer cette reforme en  proposant des méthodes alternatives.

En 2003, les syndicats d’enseignants et d’étudiants français ont accusé le gouvernement de livrer l’université au Medef. Les alter mondialistes, quant à eux, ont fait plusieurs critiques pour cette reforme. Ici, en Afrique, on assiste à une vague de contestations au Togo et en Algérie.

Chez nous, au Tchad, on note une inexistence totale en ce qui concerne la sensibilisation et l’information en direction des principaux acteurs de l’enseignement supérieur qui sont nos enseignants et nous-mêmes étudiants. Beaucoup de gens pensent que c’est le système qui vise à alléger la souffrance des étudiants. Ils pensent qu’il s’agit d’une potion magique qui viendra résoudre tous les problèmes que nous avons. Nous entendons parfois certaines autorités dire qu’avec le système LMD aucun étudiant ne reprendra son niveau et qu’il n’y aura plus d’année blanche. Certaines personnes plus pessimistes pensent que c’est une énième astuce des Blancs visant l’amoindrissement de la compétence du tchadien. Ce qui pose la question de la faisabilité et de l’efficacité de ce système en médecine.

Je me pose la question de savoir si ceux qui sortent des écoles qui fonctionnent selon cette architecture sont-ils compétents ? Ou au Tchad on ne peut pas s’en passer de ce système de formation actuel calqué sur le modèle français pour appliquer la méthode des pays anglo-saxons ?

Il y a de cela 2 ou 3 ans, on dirait que le conformisme s’est emparé soudainement de notre administration universitaire. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur a instruit par une note les différentes facultés de la mise en place de la reforme LMD pour ne pas rater le train au risque de courir à la catastrophe.  

Tout se passe comme si l’enseignement supérieur n’est pas une priorité pour notre gouvernement. Pourtant le Président de la république, dans son discours à la nation, disait rêver d’une jeunesse qui ose, qui a de l’audace. Mais ces qualités ne s’achètent pas au marché ni ne peuvent être comme de la manne à ramasser. On ne peut pas faire un tel rêve pour une jeunesse qui, pour paraphraser HEWARD, est envoyée habiter sur l’avenue du désespoir. Une jeunesse qui a pour voisins la frustration et le désespoir. Ces qualités ne découleront que d’une éducation de qualité car ne dit-on pas que l’éducation est la condition sine qua none de développement non seulement économique mais aussi humain et social ?

Notre université est secouée ces dernières décennies d’une crise profonde qui l’empêche d’assumer ses fonctions.

La capacité d’accueil y est très réduite. En exemple, l’effectif de tous les étudiants à la faculté de médecine du Tchad ne vaut pas l’effectif es étudiants d’un seul niveau dans une fac de médecine ailleurs. Alors que le nombre de candidats au baccalauréat au Tchad est nettement au dessus de ceux de certains pays d’Afrique. 

Nul n’ignore que l’enseignant est le premier acteur de l’enseignement supérieur. Cependant nous avons une carence notable en ce qui concerne le corps enseignant. Le ratio d’encadrement qui est d’un enseignant pour 15 étudiants, selon les normes de l’UNESCO, est très  loin de la réalité nationale. La sous qualification de la plupart de nos enseignants-chercheurs n’est pas non plus à perdre de vue.

Les programmes de formation sont de moins en moins en adéquation avec les besoins essentiels du tissus social et ceux à long terme et les orientations stratégiques du pays. La recherche n’est que théorique chez nous. La transmission de connaissances pose elle aussi de sérieux problèmes. Peu d’enseignants actualisent leurs cours. Ce sont les mêmes cours qui sont dispensés d’année en année. Il y’en a qui au pire de cas ne font que dicter les cours qu’ils ont reçus étant encore étudiants ou dictent le contenu des livres à la virgule près. La pédagogie est très peu renouvelée.

Bref notre temple de savoir est devenu une véritable machine qui produit de l’échec et des chômeurs.

La jeunesse trouve aujourd’hui la reforme indispensable. Mais nous avons besoin d’une reforme qui fera vraiment de notre université une université publique performante au service du bien être de la population. Une université qui forme des ressources humaines compétentes et qui contribuent efficacement à la production du savoir par la recherche et que ce savoir soit un bien public planétaire.

A l’ère de la globalisation, nous avons besoin d’une université vraiment compétitive sur le marché mondial.

Et pour cela, que l’étudiant doit être pleinement associé à la mise en place de toute reforme. Qu’on lui reconnaisse la place qui est la sienne en tant que acteur libre de sa formation. C’est à lui de choisir son cursus pour être ensuite choisi par la société.

Et pour atteindre ces objectifs ci-dessus énumérés, il va falloir procéder par la reforme de l’administration universitaire en premier. Cette reforme ne pourra être que la responsabilisation des administrateurs se fasse par les voies des urnes. Il faut une administration élue. Nous avons besoins d’une véritable démocratisation de la gestion de l’université. Nous n’avons plus besoin de la bureaucratie universitaire avec des recteurs cooptés par le pouvoir. Nous avons besoin des recteurs et des doyens qui sont élus sur la base de leur compétence, de leur honnêteté et sur la base de leur sens de patriotisme. Ceci leur conférera une certaine légitimité pour négocier en force. Et que les syndicats des étudiants soient impliqués dans ces consultations électorales.

Nous avons besoin que le statu de l’Enseignant-Chercheur soit revalorisé. Rien n’empêche aussi à l’Etat de mettre à notre disposition des enseignants compétents, qui aiment leur métier et s’y adonnent réellement. Pour un début, rien n’empêche aussi à l’Etat d’avoir recours aux enseignants d’autres pays d’Afrique, d’Europe ou d’Amérique pour former les étudiants et ré encadrer les enseignants qui n’ont pas le profil requis pour dispenser les cours.

Avant qu’une reforme ne soit mise sur pied, nous avons besoin que les différents acteurs s’asseyent pour faire le bilan de l’ancien système mis sur pied depuis la création de l’université jusqu’à nos jours.

J’ose espérer qu’avec la tenue de la prochaine Rencontre Internationale des     Etudiants Tchadiens, ses préoccupations seront prises en compte.

 

 

 

 

 

DINGAMTOLOUM TOBROME