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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

LE GÉNÉRAL BABA LADDE CRÈVE L’ABCÈS

L’opposant tchadien, le général Baba Laddé, est, depuis son audience avec le ministre d’Etat Cyriaque Gonda, l’objet de toutes les attaques les plus virulentes et des supputations qui ont parfois masqué la vérité. Dans une interview exclusive au journal Le Confident, le général Baba Laddé rétablit la vérité sur l’origine de ses relations conflictuelles avec l’APRD qui ont débouché sur sa diabolisation. L’opposant tchadien évoque également les démarches officielles qu’il a entreprises depuis son arrivée en Centrafrique afin d’éviter des situations conflictuelles entre le Tchad et la République Centrafricaine.  Baba Laddé est peulh et dénonce la marginalisation de son ethnie. Certains le disent proche des zaraguinas ainsi que des Ougandais de la LRA.



Le Confident : Qui est le général Baba Laddé pour nos lecteurs ?
Baba Laddé :
Je suis le général Baba Laddé, de nationalité tchadienne, gendarme de formation. Je suis entré en opposition politico-militaire en 1999 contre le régime du président Idriss Deby. Ce qui m’a amené à créer cette rébellion est d’abord les mauvais traitements infligés à la population tchadienne en général et la communauté peuhle en particulier. Dans l’opposition, j’ai effectué des périples dont la dernière étape était le Darfour. Durant cette période, j’ai acquis un certain nombre d’expériences. Et dans ma réflexion profonde, j’ai eu la ferme conviction que la lutte armée est certes bonne, mais la paix est la meilleure.

Depuis quand êtes-vous sur le territoire centrafricain ?
Je suis arrivé sur le territoire centrafricain en septembre 2008 sur invitation des frères de l’APRD qui m’ont demandé de me rapprocher de leurs bases et sur leurs propres termes d’intégrer leurs positions. J’ai trouvé l’offre convaincante, surtout que l’APRD a fait des mains et des pieds pour que j’accepte leur offre. Alors, l’alliance avec ce mouvement rebelle a été très rapidement conclue.

Dans quelle zone de commandement de l’APRD vous avez positionné vos troupes ?
Dans la zone de la préfecture de Nana-Gribizi. J’étais d’abord à Koundara, tout près d’une zone à l’intersection de Ouandago, là où j’ai stationné mes hommes. Le besoin se faisant, l’APRD a voulu que nous soyons sous son ombre. Mais notre nationalité ne nous permet pas d’être APRD. Nous avons gardé notre originalité et le sens premier du combat pour lequel nous nous étions engagés. Cela ne nous a pas empêché de donner un coup de main fort à l’APRD. Nous avions eu pour mission hors de leur zone d’influence, les zaraguinas, c’est-à-dire les coupeurs de route qui infestaient la zone et rendaient la vie très difficile aux populations civiles autochtones. C’est ainsi que nous avons aidé l’APRD.

En ce moment, vos relations avec l’APRD ne semblent pas être au beau fixe !
C’est vrai ! Nous avons des problèmes avec l’APRD. Dès notre arrivée en septembre 2008, les responsables de ce mouvement politico-militaire voulaient que notre mouvement et nos hommes soient intégrés à l’APRD. En faisant cette proposition, je crois qu’ils n’ont pas compris le bien-fondé de notre lutte. Quand le processus de démobilisation, désarmement et réinsertion a commencé à prendre corps, l’APRD nous a demandé de faire recenser clairement nos hommes pour le compte de l’APRD , comme si nos hommes étaient des combattants à part entière de l’APRD. Nous n’avons pas compris le sens de cette exigence et nous avons répondu de manière sage aux responsables de l’APRD que nous sommes Tchadiens, car notre mouvement tire son essence au Tchad. Et s’il faut accepter un processus DDR, nous le ferons au Tchad. Voilà le début de la pomme de discorde et la mésentente avec l’APRD.

Vous parliez de votre mouvement. C’est lequel ?
Notre mouvement, c’est le Front populaire pour le redressement (FPR). Un mouvement politico-militaire.

En ce moment, combien d’hommes avez-vous sur le territoire centrafricain ?
Il y a une dynamique qui fait que le mouvement continue de faire ses recrutements. Les jeunes, convaincus de la noblesse de notre lutte, viennent renforcer nos rangs. Et nous comptons plus de 600 hommes dans nos positions actuellement sur le terrain.

Général Baba Laddé, quelles sont vos relations actuellement avec les autorités centrafricaines ?
Lorsque l’APRD nous a demandé de faire chemin ensemble avec eux pour le DDR et que nous avons répondu par la négative, les responsables nous ont signifié qu’après leur départ, si le DDR venait à
aboutir, est-ce que le gouvernement centrafricain acceptera notre position sur son territoire ?
Conscients, nous leur avons répondu que ce ne sera pas possible. Mais nous faisons un travail qui va dans l’intérêt de la population et de la sous-région en général. Le gouvernement centrafricain, soucieux et très actif dans les solutions pour la recherche de la paix, ne pourra pas nous rejeter, si nous leur annonçons que nous sommes sur le territoire centrafricain pour mener une lutte sans merci sur le territoire centrafricain contre les zaraguinas. Sur ce point, nous avons pris le soin et la précaution d’adresser une lettre au ministre de l’Intérieur que j’ai pu rencontrer personnellement à Kaga-Bandoro au camp de la MICOPAX. C’est là que j’ai officiellement remis la lettre au ministre pour le gouvernement centrafricain en vue de l’informer de notre présence et des tâches que nous avons pu mener jusques-là. Nous avons aidé la République Centrafricaine aux côtés de l’APRD en combattant activement les zaraguinas de la zone. Lorsque nous étions arrivés, compte tenu de l’activisme des coupeurs de route, les postes de l’APRD étaient dans les champs. Les populations avaient désertés les villages et se trouvaient dans les champs avec tout ce qu’ils possédaient ou ce qui leur restait après les razzias des zaraguinas. C’est pour cela que nous nous sommes investis contre ces malfrats sans foi ni loi. En le faisant, nous nous n’avons seulement pas aidé l’APRD, mais le pays et toute la sous-région, car le phénomène zaraguina est un crime transfrontalier. Ils opèrent au Tchad, en Centrafrique et au Cameroun. La sagesse du gouvernement centrafricain s’est exprimée à travers le ministre de l’Intérieur qui a reconnu l’intérêt du travail que nous avons abattu sur le terrain et il l’a exprimé en présence de toutes les autorités à Kaga-Bandoro lors de notre rencontre à la MICOPAX.

Vous avez été également reçu par le ministre d’Etat Cyriaque Gonda ?
C’est à ce moment que nous avons exposé les difficultés qui étaient les nôtres au gouvernement centrafricain. D’ailleurs, nous l’avons fait auparavant en écrivant au ministre de l’Intérieur les difficultés que nous avions exposées n’avaient pas été rapidement prises en considération. Nous avons évoqué le problème des braconniers soudanais qui menaçaient nos positions. Nous avons également les problèmes avec les rebelles du FDPC d’Abdoulaye Miskine. Les éleveurs peuhls que nous réussissions à désarmer pour éviter toute nuisance, sont pris en otage par les éléments de Miskine.

Ces éleveurs peuhls prétendent qu’en les désarmant, nous les exposons à d’autres rebelles centrafricains. Nous avons des problèmes avec l’APRD tout simplement parce que nous avons refusé d’être enrôlés dans le DDR pour le compte de l’APRD. Ce refus incite l’APRD à causer toutes les tracasseries à nos communautés dans la zone. Les comptes rendus de tous ces incidents ont toujours été adressés au ministre de l’Intérieur mais sans suite. Lors du séjour du ministre d’Etat Cyriaque Gonda dans la Vakaga dans la zone, il avait donné des instructions au préfet de Kaga-Bandoro qu’il avait besoin de moi en toute urgence à Bangui et c’est pourquoi je suis là.

Général Baba Laddé, votre présence en Centrafrique ne pourra-t-elle pas affecter les relations avec le Tchad?
Avant de prendre contact avec le gouvernement centrafricain, j’avais d’abord écrit une lettre de pardon au gouvernement de mon pays. Dans cette lettre, j’ai expliqué que je suis prêt à aller vers la paix. Cette lettre a été transmise officiellement par le gouvernement centrafricain à celui du Tchad. Là où je suis, je ne cesse de parler de paix et de dialogue avec les autorités de notre pays. Les démarches ont été limpides et je ne puis comprendre qu’il puisse avoir des problèmes diplomatiques entre le Tchad et la République Centrafricaine.

Si on vous demandait de repartir au Tchad négocier aujourd’hui avec le gouvernement tchadien, accepteriez-vous ?
J’ai écrit une lettre au président Idriss Deby. J’en ai tenu informé le ministre d’Etat Cyriaque Gonda. Cela veut dire que l’expérience a fait de moi un homme de paix.


Vendredi 25 Septembre 2009