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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak



Les moutons ? On les adore !

Les Sénégalais et leur mouton, c’est une grande histoire d’amour. A en croire la relation d’affection et à voir l’investissement de leur personne pour ces sympathiques bêtes, un étranger (Occidental) croirait avoir affaire un canidé ou autre félin. Loin de là : plus la bébête est grande, lourde, avec de solides attributs virils et des cornes à double révolution, plus sa cote au foirail ou à l’enclos du quartier est élevée. Il fait, en tout lieu et tout temps, l’objet de toutes les attentions. Mais à la veille de la Tabaski, sa cote atteint des sommets inversement proportionnels à la crise. Allez comprendre….
Star cathodique
C’est un fait latent dont s’est emparée une célèbre émission de télé réalité aux couleurs locales qui met en scène…des moutons ! Un phénomène désormais en prime time sur une des chaînes les plus regardées. Sans rire, des guest star à quatre pattes, de préférence benn melo , à l’œil vif et au poil brillant se défient à travers leur maître pour savoir quel sera le mouton de la saison, et ce, sous le regard de spectateurs excités digne des arènes de gladiateurs. Ceux qui n’ont pas la chance de vivre le spectacle en live, un public, qui se compte tout de même en millions dans un si petit pays, s’émoustilleront devant ces joutes d’un nouveau genre, le nez collé à l’écran. Le grand gagnant ? Le mouton ? Son maître ? Pas du tout ! Les concepteurs qui se frottent les mains grâce à ce génial concept (il fallait l’inventer…) et voient défiler une armée de sponsors et d’annonceurs qui font sonner le tiroir-caisse. Si c’est pas du spectacle !
Affaire-là, c’est pas business seulement !
Pendant qu’ailleurs on se balade avec son toutou ou son minou au bout d’une laisse, au Sénégal, l’objet de tous les kiffes est une bête à poil, haute sur patte, à la tête effilée, à l’œil globuleux et dont le chant mélodieux dérange nos siestes. C’est tellement incompréhensible qu’il serait temps qu’un sociologue se penche sur la question…
En effet, quel Sénégalais n’a pas dans son arrière-cour un enclos avec un voire plusieurs moutons qu’il élève à l’année comme le énième membre de la (déjà nombreuse….) famille ? Mboté Ndiaye (ou Diop, ou Fall, rayez la mention inutile) sera ainsi l’objet de tous les soins, les dimanches, jours fériés ou autres jours intentionnellement chômés. Grassement nourri de délices naturelles ou industrielles (merci aux manutentionnaires pour la ration de cartons « Made in China »), il aura le poil lustré, l’œil vif et bêlera de gratitude. Pour ceux, de plus en plus nombreux en ville, qui ont la malchance de vivre en appartement, le gardien de l’immeuble, le voisin d’en face ou le cousin au village feront aussi l’affaire. C’est certes un plan B, mais qui permet à notre concitoyen au moins de continuer à vivre cette relation psycho-mystico-affective par procuration.
Joindre l’utile à l’agréable
Qui a dit que l’affect et le business ne font pas bon ménage ? Je ne sais pas qui, mais il a tout faux ! Dans le xarmat habituel du Sénégalais, l’« Opération Tabaski » est un temps fort au calendrier. Outre la perspective de se faire quelques (beaucoup de…) sous sans coup férir (grâce à une clientèle captive pour cause de prescription divine), c’est l’occasion de faire une expédition en brousse profonde voire plus loin chez nos voisins transfrontaliers. L’objet du déli(re) ?Acquérir la marchandise sur patte, la wakhalé au prix faible, la charger comme des sardines (désolée pour la métaphore ovipare pour un si noble mammifère) dans des grands camions jaunes, de jouer tout le chemin au gendarme-voleurs avec les hommes en bleu (quand je vous dis que c’est ludique !) et finir, quelques centaines de kilomètres plus loin, avec des béliers désormais citadins dont le prix au kilo s’est enchéri de 1000F par kilomètre.
Mais tout chouchouté qu’il soit, ça n’empêchera notre sympathique-animal-domestique-préféré de passer le jour J, de nos enclos à nos estomacs, via un convivial wadj familial, sans scrupule ni culpabilisation et en rêvant, en se léchant les babines la prochaine Tabaski pour recommencer les opérations.
Les moutons ? On les adore ! A tel point de souhaiter au moins deux Tabaski l'an !