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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Sans-titre.jpgLa Coopération Suisse :

 

Les Amigos de l’aide au développement

 

 

           

Le bureau de la Coopération Suisse au Tchad est synonyme de laisser-faire, des irrégularités financières et de népotisme. Mais la personne  responsable de ce chaos est encore en fonction à la Direction du Développement et de la Coopération (DDC). Von Kurt Pelda.

 

 

Piste construite par la DDC. Photo : Von Kurt Pelda

 

Une fonctionnaire d’un ministère africain se donne des grands airs et se comporte dans son royaume comme un despote. Un jour, un de ses amis tue une personne dans un accident de circulation avec sa voiture officielle, alors elle tente de couvrir l’ami et prend son chauffeur comme bouc émissaire. Malgré tout, l’affaire tombe entre les mains de la police qui n’est pas connue pour ses sensibilités. On apprend plus tard que l’infortuné a été torturé pendant sa séquestration. Dans un autre cas, la fameuse dame a réussi à trouver un bon poste de travail à une amie au sein de son service et comme cela ne suffisait pas, notre dame aide son amie à monter une entreprise privée. Celle-ci profite des bons de commande et d‘autres ressources émanant de son service. D’aucuns prétendent même que la dame aurait tiré des profits financiers par rapport à l’entreprise de son amie. Les bruits courent comme quoi les deux femmes ont des rapports très étroits. Simple rumeur ? Cette question importe peu. L’important est que ces problèmes finissent par trouver une oreille attentive chez les autorités. La fonctionnaire a été retirée de son poste et a été promu à un autre. Par contraste son amie tchadienne a été  virée un peu plus tard. 

 

 

 

 

Des circonstances comme en Afrique

 

Il a fallu un long temps de répit, avant que le contrôle financier de l’Etat ne rédige et envoie un rapport sur les irrégularités du ministère concerné, qui devait prendre en compte les mesures de redressement. Mais rien n’a été fait dans ce sens, comme dans bien des cas en Afrique. Le patron de la fonctionnaire citée ci haut est la bête noire de la ministre titulaire. Il est remplacé par un homme de confiance qui doit réorganiser l‘administration. La réorganisation a fait de la fonctionnaire récemment mutée sa première victime. Elle sera affectée ailleurs mais pas licenciée ni suspendue. 

 

Il en est suivi un deuxième contrôle financier. La maison est en feu maintenant. Mme la Ministre ordonne un contrôle et le Ministère de la Justice s’implique. Malgré les graves reproches faites à l’endroit de l’amie fonctionnaire, celle-ci garde toujours son poste.

 

En Afrique les cas de corruption, de népotisme, d’abus d’autorité et de malversations financières sont fréquents. Qui devrait s’irriter devant tout cela ? La particularité de cette histoire est qu’elle s’est déroulée en réalité dans un pays de l’Afrique centrale qu’est le Tchad. Mais le capricieux personnage principal n’est pas une africaine, mais une femme suisse du nom Sabine Schenk. Cette dame a été recrutée depuis des années à la Direction du Développement et de la Coopération (DDC). Elle était pendant environ dix ans la cheftaine du Bureau de la Coordination (BuCo) dans la capitale tchadienne, N’djaména. Un si long séjour  même à la DDC est une chose inhabituelle. En outre, Mme Schenk assure aussi la fonction de Consul de la Suisse. En fait, Mme Schenk a un penchant pour un copain d’origine Burkinabé, qui a occasionné avec sa voiture officielle un accident mortel, de même elle exprime une grande sympathie pour certaines ethnies tchadiennes. Les parents de certaines tribus auraient d’une manière surprenante été embauchés au bureau de la coordination. Ainsi, d’après les anciens travailleurs du BuCo, beaucoup d‘employés ont des liens de parenté entre eux. Il s’agit là du pur népotisme. Un autre employé ajoute que les affaires consulaires ont été gérées par une tchadienne qui était connu pour sa largesse quant à l’octroi des visas suisses à ses parents et ses amis. 

 

Le BuCo s’est fait une renommée à travers l’entretien des pistes rurales dans le désert du nord-est du Tchad où il n’y a pas de routes asphaltées praticables toute l’année. A la frontière avec le Soudan, vivotent près d’un demi million de réfugiés originaires du Darfour, ainsi que des déplacés tchadiens dans cette zone semi-désertique. Les convois d’approvisionnement des camps des réfugiés ainsi que les caravanes commerciales utilisent quasiment les pistes reconstruites par la DDC. Le BuCo se basait sur les projets régionaux qui étaient déjà bien ancrés au sein des populations locales.

 

La DDC s’était donnée comme mission l’introduction d’une approche innovatrice. Il s’agit d’un côté d’employer une grande partie de la population illettrée et de l’autre côté de ne pas se contenter à restaurer les pistes rurales. Cela consiste surtout à protéger les pistes contre l’érosion éolienne en plaçant des deux côtés de la voie une chaîne de morceaux de pierres. Bien que la région se situe dans une zone semi-désertique, il se forme rapidement une végétation qui contribue largement à la lutte contre l’érosion. Un phénomène particulier se produit pendant la saison de pluie. Les ouaddis asséchés se transforment en un fleuve torrentiel. Vu le coût exorbitant pour la construction d’un pont, la traversée du fleuve se fait par des passages constitués de cailloux et renforcés avec du ciment.

 

Comme le niveau de ces passages de fortune se trouve en saison de pluie sous la masse d’eau, la DDC a érigés des passerelles supplémentaires pour faciliter la traversée. Ce dispositif n’a pas seulement diminué l’effet dévastateur des eaux, mais a toutefois retenu l’humidité ambiante et a permis aux villageois d’y aménager leurs jardins.

 

Mais l’espoir de la DDC que ces pistes seraient maintenues par les autochtones sans l’appui financier suisse s’avère illusoire. Certaines voies de communication étaient dans un état catastrophique après seulement quelques années. De même, l’état tchadien a abandonné l’entretien des routes, dans l’espoir de voir apparaître un nouveau bailleur généreux. D’ailleurs, personne n’aurait pensé que ces pistes ne serviraient que pour des besoins humanitaires et de paix. Lors des séries des guerres civiles à l’est du Tchad, aussi bien l’armée nationale que les insurgés tchadiens ont utilisé ces pistes. Même les rebelles du Darfour se sont ravitaillés par ces routes.

 

La promotion comme mesure disciplinaire

 

C’est toujours inconnu, qui a eu cette idée de constituer au sein du Bureau de Coordination une équipe de constructeurs de pistes, pour ensuite la transformer en une société privée. A cette question, il est de notoriété que Mme Khadidja Bouchra Youssouf de nationalité tchadienne est la représentante de Mme Sabine Schenk. D’après un ancien employé «Mme Sabine entretien des relations très étroites avec Mme Khadidja». Le chef de l’équipe des constructeurs de pistes n’est nul autre que M. Tidjani Salah., l’époux de Mme Khadidja, un homme à tout faire. Ainsi avec l’appui de Mme Schenk, la société  dénommée «Etudes Conseils Assistance Technique» (ECAT) a vu le jour en 2002.  Et qui se trouve dans l’équipe dirigeante de cette société?  Le couple Tidjani-Khadidja. Oui, afin que tout reste au sein de la famille. Certaines voies tchadiennes s’élèvent pour reprocher à Mme Schenk qu‘elle a utilisé l’argent des impôts suisses pour la création de la société ECAT. D’autres observateurs voient à travers la cheftaine du BuCo, la principale actrice de la société ECAT, et qu’elle profiterait même des bénéfices de ladite société. Cette hypothèse ainsi que bien d’autres incriminations n‘ont pas été vérifiées devant un tribunal. Pour l’instant, Mme Schenk profite de la présomption d‘innocence.

 

La société ECAT a obtenu du BuCo des véhicules, parmi lesquels un bulldozer et huit camions vendus à vil prix ou alors simplement gratifiés, apprend-on par des sources concordantes. De même un consultant externe confirme avoir vu des matériels du BuCo auprès de l’ECAT. Mais ce dernier ne connait pas comment ces équipements étaient entrés en possession de l’entreprise. Dans les autres rapports, il en ressort que pendant l’administration de Mme Schenk, la société ECAT serait entrée en jouissance des contrats lucratifs du BuCo, et cela d’une manière outrancière, sans appel d’offre officiel. 

 

La pratique de passation des marchés à l’amiable était monnaie courante à la DDC, bien qu’il y avait une restriction de concurrence, comme l’a si bien souligné le Contrôle Fédérales des Finances (CDF) de la Suisse dans son rapport de 2005. A ce propos, le CDF recommanda à la DDC de soumettre désormais les marchés sous forme d’appel d’offre international. Mais la DDC répondit qu’il n’y avait pour l’instant aucune raison valable pour modifier la procédure de passation des contrats.

 

Toujours, pendant la période de l’administration de Mme Schenk au Tchad,  plus de 100 millions de francs suisses de la DDC ont été dépensés par le BuCo. Ainsi, le Tchad est pour la coopération suisse un partenaire privilégié, bien que cet Etat du Sahel exporte du pétrole depuis 2003. Par exemple, dans l’année 2008 le Tchad a exporté du pétrole pour une valeur de 4,2 milliards de francs suisses. Ce qui représente environ 500 fois l’aide qu’apportait la Suisse. Par conséquent, ce pays pourrait financer l’entretien de ses routes et n’aurait même pas besoin de l’aide financier de Berne.

 

La relation étroite entre Sabine Schenk et son adjointe Khadidja, ainsi que le réseau clandestin de la cheftaine du BuCo - qualifié par certains collaborateurs comme «Mafia-Schenk» -, ne peut pas être caché des responsables de la DDC à Berne. D’après un haut fonctionnaire du Département Fédérale des Affaires Extérieures (DFAE) , la dame se comporte comme une autiste, et n’était pas qualifiée pour un poste de direction. Puis il ajoute que en tant que cheftaine du programme Tchad, Mme Schenk était insupportable. Cela devait déjà à l’époque pu mettre la puce à l’oreille de la DDC.

 

A un moment donné, Mme Schenk disparaît du Tchad et fait son apparition en 2005 à Berne au siège de la DDC. Malgré ses déboires à N’djaména, elle obtient une promotion et est nommée directrice de la section Afrique de l’ouest. Ainsi, elle est la hiérarchie supérieure de N’djaména. D’après certains connaisseurs, Mme Schenk continue d’intriguer depuis Berne contre certains collaborateurs au Tchad qui ne relèvent pas de son réseau. Une fois aussi, un logisticien tchadien de la DDC a subit des tracasseries à outrance de la part de la «Mafia-Schenk». A la suite desquelles, il a craqué et est parti suivre des soins psychologiques au Cameroun voisin. Apres sa reprise de service, il a du démissionner suite aux comportements vexatoires de la «Mafia-Schenk». 

 

Part du gâchis était aussi le désordre financier. A cet aspect, le premier rapport du 2006 du Contrôle financier suisse a tiré sur la sonnette d’alarme, en faisant des recommandations afin de remédier aux imperfections. Négligence ou simple oubli de la part de la DDC? Ces recommandations n’auraient pas été transmises à la Ministre des affaires extérieures, Mme Micheline Calmy-Rey, se déplora le département des affaires extérieures. Il est assez bizarre qu’un ministre ne prenne pas connaissance des déficiences décelées par le contrôle financier supérieur de l‘Etat.

 

Mme Sabine Schenk devrait avoir au sein de la DDC un réseau des «Amigos», sinon comment est-ce possible qu’elle ait occupé un poste de leader à la direction pendant des années? Un observateur averti que des gens comme Mme Schenk connaissent bien les cadavres dans le placard de leurs collègues, et c‘est pourquoi on ne leur fait pas du mal, c‘est pourquoi on n‘a pas pu virer cette dame. Sans protection par l’ancien patron de la DDC, M. Walter Fust, une si longue carrière comme celle de Mme Schenk est une chose impensable. Au comportement du patron de la DDC, un fonctionnaire du Ministère des affaires extérieures dit: M. Fust voulait que la crise se résolve d’elle-même, comme il l’a fait après le désastre de la DDC au Ruanda. En somme au Ruanda, la DDC a pendant longtemps soutenu financièrement un conseiller de l‘extrémiste Hutu et Chef de l’état Habyarimana. Cette aide n’a cessé que quelque mois avant le début du génocide en avril 1994.

 

 

Qui est passible d’une peine ?

 

En juillet 2007, la ministre des affaires extérieures, Micheline Calmy-Rey, entreprend un voyage à travers l’Afrique et arrive pour une visite de travail au Tchad. M. Walter Fust, chef de la DDC et Sabine Schenk étaient aussi présents. C’est à cette occasion que Mme Calmy-Rey a été avertie - probablement par hasard - des problèmes du BuCo. Suite à cela, les personnels cadres chargés du programme Tchad ont été remplacés, comme le Département Fédéral des Affaires Extérieures (DFAE) avait répondu aux questions posées par l‘hebdomadaire suisse «Die Weltwoche». Et pourtant, Mme Schenk reste sur son fauteuil comme chef de section de l‘Afrique de l’ouest sans être inquiétée. Quant à sa protégée tchadienne Mme Khadidja, elle sera virée. Celle-ci n’accepte pas le verdict et porte plainte pour licenciement abusif.

 

Les problèmes au BuCo à N‘djaména n’était pas d’inconvénients pour Mme Calmy-Rey parce que M. Fust est devenu trop indépendant et influent. En 2007, le chef de la DDC gérait un budget annuel de plus de 1,3 milliard de francs suisse.

 

En septembre, quelques mois après la visite de Mme Calmy-Rey au Tchad, M. Fust annonce sa démission. Il est nommé PDG d’une organisation basée à Genève, le Forum humanitaire mondial, supporté par le gouvernement suisse. Cette organisation suspend ses activités en mars 2010 à cause des difficultés financières.

 

Le successeur de M. Fust à la DDC, M. Martin Dahinden ne comprend pas grande chose en matière de l’aide au développement, mais il sait combattre le désordre et les irrégularités au sein du DFAE. M. Dahinden veut réorganiser la DDC, et une des premières victimes est bien sûr Sabine Schenk. Celle-ci perdra son poste de chef de section et sera mutée à un poste sans grand pouvoir. Environ un an après la visite de Mme Calmy-Rey au Tchad elle assumera des fonctions subalternes. 

 

Entre-temps arrive un nouvel administrateur à N’djaména, en la personne de M. Farouk D. Celui-ci est venu dans le but de traduire en acte les recommandations émanant du rapport du contrôle financier de 2006. Le nouvel administrateur semble moins intéressé par son travail proprement dit, mais beaucoup plus préoccupé par des relations amoureuses. Ce comportement a même fait l’objet d’un rapport dans le quotidien suisse  Nouvelle Gazette de Zurich (NZZ). Est-ce à dire que la DDC a intentionnellement envoyé un collaborateur inexpérimenté pour la mise en œuvre des recommandations du Contrôle Fédérale des Finances? Après tout c’est la première mission de Farouk D. à l’étranger.

 

Au mois d’août 2009, le contrôle des finances présente un deuxième rapport. Résultat: les recommandations issues du premier rapport ne sont suivies que d’une manière incomplète. Enfin, les choses bougent à la DDC. Quatre ans après le départ de Sabine Schenk du Tchad, Mme Calmy-Rey ordonne un contrôle administratif à l’encontre de la DDC. Il a été constaté par le DFAE qu‘il y avait des graves problèmes au Tchad et des insuffisances de la gérance à Berne. Il y aurait des défauts au BuCo en matière du personnel et des finances, un gros nombre de comptes en banque et de transfères d‘argent, et un employé aurait même commis des actes punissables. De qui s’agit-il, on ne le saura pas officiellement.

 

D’après les résultats du contrôle interne, le DFAE a pris des mesures disciplinaires contre différents employés de la DDC. Le procureur fédéral a commencé une enquête mais la voie vers une inculpation est encore longue, si jamais cela arrive.

 

Sollicitée pour être entendu, Mme Schenk répond par écrit: «Je ne peux pas commenter l‘enquête en cours. J’ai donné devant le DFEA ma position par rapport aux faits qui me sont reprochés et j’ai réfuté toutes les reproches.» Vraiment? C’est ainsi que Sabine Schenk est toujours assise à la DDC à son nouveau poste et voyage pour des conférences en Afrique aux frais généreux, c'est-à-dire sur le dos des contribuables.

 

Si elle avait été une fonctionnaire d’un ministère africain, les pays donateurs auraient depuis longtemps demandé sa suspension. Mais la Suisse ne se trouve pas en Afrique.

 

 

Traduction officielle (version allemande) de l’article du journaliste Kurt Pelda paru dans le hebdomadaire suisse «Die Weltwoche»  du 30.06.2010