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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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L’élection présidentielle et la mise en place d’une assemblée nationale acquises et dépassées, le Sénégal s’achemine vers la perpétuation du sénat, qui avait été décrié et dénoncé comme une forfaiture par les mouvements sociaux et politiques. C’est dans cette situation que des leaders de l’alliance pour la république (APR) et leurs alliés s’illustrent de plus en plus dans le rejet et le mépris des Assises. Dés lors, le brouillage de repères impose, non seulement la nécessité de décrypter ces discours, mais surtout l’urgence de choisir son attitude et son camp car les revendications et les luttes sociales sont l’avenir immédiat.

 

Peut-on aborder la question du sénat sans rappeler que celui-ci est au cœur de la controverse et des stigmatisations depuis plus de dix ans ? En effet, cette institution adoptée en 1998 sous le régime du Président DIOUF était présentée par les partis de l’opposition et certaines forces sociales comme une institution dont la seule fonction est d’assurer les planques à une clientèle politique.

 

C’est ainsi que, consécutivement  à l’alternance de 2000 et au référendum pour une nouvelle constitution, le sénat est supprimé .Toutefois, cette institution est  rétablie en 2008 sans passer par une voie référendaire. Tout le monde avait crié à la forfaiture et depuis lors l’institution est dénoncée et combattue par les mouvements sociaux et politiques. Et, la plupart des nouveaux dirigeants étaient parmi les détracteurs. C’est dans cette mouvance que les Assises ont adopté la proposition d’un parlement monocaméral .Pourtant, et c’est le plus scandaleux, ceux qui rompent avec le plus de virulence le cordon ombilical avec les Assises, nous juraient, la main sur le cœur, entre les deux tours, d’en appliquer les propositions. S’agit du rejet de l’échelle après avoir escaladé ?

En plus, dans l’illustration de leur position, ces compatriotes prétendent que le président SALL est élu sur la base du programme « yonnu yokkute  » alors que les candidats des Assises auraient obtenu cumulativement   des scores inférieurs. Escroquerie intellectuelle ? De toute évidence, cette assertion d’apparence expérimentale n’a pas de fondement  sérieux. En effet, il faut rappeler qu’avant le premier tour de la présidentielle, les Assises n’avaient pas de candidat. La dernière réunion du comité national de pilotage(CNP) a été formelle sur cette question.

Par contre, plusieurs candidats (Macky SALL, Moustapha NIASS, Ousmane Tanor DIENG et d’autres) se réclamaient encore des Assises. C’est d’autant plus vrai que le Président SALL, dans son argumentaire devant le CNP entre les deux tours de la présidentielle, a déclaré s’être inspiré des Assises pour initier le programme  « yonnu yokkute ».Le disait-il par ruse ? En tout cas, d’autres candidats aussi avaient construit leurs programmes en s’inspirant des Assises. Il n’est donc pas juste de dire que les sénégalais n’ont pas voté pour les Assises.

Par ailleurs, certains font semblant  d’oublier que c’est bien le candidat Macky SALL qui, selon son propre aveu, a pris l’initiative d’aller vers les Assises entre les deux tours. C’est à cette occasion qu’il a affirmé « sa sincérité et son ambition de servir ». Or, la pratique actuelle jure d’avec l’engagement scellé devant le CNP. En effet, l’élaboration et l’adoption d’une nouvelle constitution sont repoussées à plus tard alors que les mesures adoptées dans la verticalité continuent les pratiques de l’ancien régime. Pourtant, le conseil constitutionnel, la constitution et d’autres fondamentaux  avaient  été contestés. Maitre Doudou NDOYE, réputé éminent juriste et candidat à la présidentielle de 2012 n’a-t-il pas soutenu publiquement que le Sénégal n’avait pas de constitution car celle qui existe  est celle de WADE ? Le sentiment d’obsolescence  de la loi fondamentale est, du reste, fort partagé par les forces politiques et sociales. Les responsables de Benno Siggil Sénégal n’avaient –ils pas dit qu’ils avaient élaboré un projet de nouvelle constitution ? Et, le Président SALL ne s’était-il pas engagé entre les deux tours dans l’élaboration d’une nouvelle constitution ?

Aussi, en reculant l’échéance du référendum sur la constitution on entretient consciemment ou inconsciemment le clair-obscur .Le fait-on pour construire et renforcer un pouvoir personnel ? Ce qui était reproché à l’ancien régime .De la même façon des revendications portées par les mouvements sociaux  autour desquelles le président SALL semblait s’engager sont rangées aux oubliettes .En guise d’exemple, que devient l’audit de la dette multilatérale ? Et les audits à initier par le régime actuel ?

En vérité, si les Assises n’avaient pas désigné un candidat au premier tour, force est de reconnaitre que Macky SALL est le seul qui ait été reconnu formellement candidat du comité national de pilotage des Assises même si ce choix n’est intervenu qu’au deuxième  tour et sur la foi des engagements que les nouveaux dirigeants sont entrain de renier .Leur pratique actuelle est donc pire que l’exécrable coté obscur du « wax waxeet » de l’ancien président.Certains nouveaux défenseurs du régime en place, dans leur quête d’alibis, poussent les artifices au point d’appeler le Président SALL à ne pas violer la constitution. Pourtant, en supposant établies la pertinence et la légalité de la constitution et des lois en vigueur, il est possible de citer des domaines d’application des thèses et  de la méthodologie des Assises qui interviendraient sans porter atteinte à la justice .En effet, si la constitution actuelle n’impose pas au chef de l’état de démissionner de la tête de son parti, elle ne le  lui interdit pas non plus.Ainsi en laissant la direction de son parti et des coalitions le président Macky  SALL ne violerait pas la constitution et aurait agi selon les orientations des Assises. De la même façon, aurait-il violé la loi en désignant un ministre de l’intérieur sans parti ? Le gouvernement aurait-il outrepassé ses prérogatives en soumettant la question du sénat à la sanction de l’assemblée nationale ? Comment de larges concertations seraient-elles en contradiction avec la loi fondamentale ? Pourquoi du reste, ces experts ne demandent-ils pas au Président SALL de désigner un vice-président ? Réserveraient-ils cette forfaiture à un autre moment ?

La vivacité des débats suscités par la conservation du sénat montre la gravité du tournant  que le Sénégal traverse et les enjeux dans la répartition des richesses et des privilèges. Garder le cap de la refondation et de la reconstruction ou se satisfaire de prébendes ? Les élites politiques et intellectuelles, les leaders et, peut-être, tous les citoyens sont appelés à choisir un camp. Evidemment, pour beaucoup le maintien du sénat ne serait rien d’autre  que le reniement des positions qu’ils ont défendu  dans les partis politiques  et dans les mouvements sociaux. Les Assises ne sont pas favorables au sénat et ses partisans trahiraient leur engagement  en s’en proclamant nouveaux défenseurs. Les élites gagneraient à se démarquer du « wax waxeet » afin de ne pas renforcer le recul de la catégorie politique, de la droiture et de la loyauté et éviter de construire leur discours sur leurs intérêts du moment. N’est-il pas temps pour les élites intellectuelles et politiques de renoncer à la course frénétique aux prébendes et aux privilèges et de faire preuve, d’abnégation et d’humilité ?

                                                                                                                             Alioune DIOP

                                                                                                                                     Président du CIMAC

E-mail :badadiop@hotmail.com

                                                                                                                     Tél : +221 76 680 08 23