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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad-Alimentation pics 390

La mauvaise gouvernance des organisations paysannes et des ONG, une des causes de l’insécurité alimentaire au Tchad

 

Par Vourboubé Pierre

 

Mak, bonjour !

 

Ce matin, Rfi, la radio mondiale, a fait un mini-reportage sur le Kanem, en focalisant l'attention sur la situation alimentaire qui y prévaut. Je n’ai pas besoin de te dire que c’est la famine qui domine l’actualité là-bas. Quelques blogeurs en ont parlé.

De ce reportage, bref mais édifiant, j’ai retenu que les enfants, nos futurs responsables, ne veulent pas de l’agriculture ! En plus, les prix des denrées alimentaires ont triplé dans cette région du Tchad, et nous ne sommes qu’en avril ! Les acteurs peuvent, certes, intervenir en vue de redresser la situation. Mais, il y a quand même lieu de s’inquiéter quand on sait que seule une faible proportion de l’aide alimentaire arrive à destination, chez les bénéficiaires réelles je veux dire.

Quand il y a distribution gratuite sous nos cieux, on commence à en donner à des gens qui n’en n’ont pas besoin. Quand il y a vente subventionnée ici, c’est la même chose. Après, la grande partie des denrées alimentaires subventionnées ou gracieusement octroyées se retrouve sur le marché à des prix élevés, hors de la portée des pauvres. Parfois, ce sont les dignitaires installés à N’Djaména qui envoient prendre d’importantes quantités pour les villages qui n’en ont pas besoin, dans le souci de jouer sur leur côte de popularité auprès des électeurs.

Toutefois, dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, on recense mille ONG, groupements, associations, etc. Mais, on parle très peu de leurs bilans. Que font-ils exactement ? Pourquoi la famine persiste-t-elle sous nos cieux malgré les importantes sommes d’argent que les partenaires investissent dans la lutte ?

Quand on suit la plupart de ces ONG, groupements, associations, etc., on est horrifié par leur gestion. Sur le fond, la majorité de gens qui dirigent les organisations paysannes ne doivent rien reprocher au gouvernement : leur gouvernance reflète bien celle du pays. Comme les gens du gouvernement, ils roulent dans des grosses cylindrées, dorment dans de belles villas, courent les jupons, mangent plusieurs fois par jour, se marient à cent femmes, etc. Certains sont abonnés aux grands restaurants de la capitale. D'autres ont cent "deuxièmes bureaux" qu'ils entretiennent avec cet argent ! Les engins mis à leur disposition pour le travail sont plus utilisés dans le cadre privé, servant madame à se rendre au marché, chez ses parents, amies et autres connaissances. Avec ce comportement, comme nos ministres et autres responsables étatiques, les dirigeants des organisations paysannes au Tchad, oublient les pauvres aux noms desquels ils demandent et reçoivent l’aide. Généralement c’est juste pour convaincre les bailleurs qu’ils acceptent les femmes dans les bureaux des instances de gouvernance. En réalité, dans ces instances, seules une ou deux personnes, propriétaires de l’OP, s’imposent réellement, et quand elles sont absentes, la machine est crispée, aucun autre membre ne pouvant donner une seule information sur l'organisation ! Certains peuvent asseoir une machine parallèle d’enrichissement de sorte que le président du comité de gestion est fictif, une marionnette que le vrai propriétaire de l’OP  manipule en le taisant avec quelques pauvres billets de banque. Ne parlons pas du contexte que la plupart ignore bigrement !

Souvent, les OP ne collaborent pas entre elles, faisant du saupoudrage en envoyant le^même rapport à plus d'un bailleur. Ces fonds servent à renforcer, au près des électeurs, l’image des présidents, coordonnateurs de ces organisations qui veulent conquérir des mandats électifs. Pour d’autres, c’est une subvention issue d’un effort personnel qu’ils distribuent aux paysans. Comme tel, ils le distribuent dans leur cercle familial pour la belle vie et les résultats sont connus de tous : la persistance de la pauvreté.

Ces auteurs de détournement des fonds destinés aux pauvres agissent en complicité avec les agents des institutions bailleresses et le personnel de la direction générale des ONG, une machine qui partage les notes suivant ce que ses fonctionnaires reçoivent des dirigeants des OP.

Même les organisations à vocation religieuses ont versé dans ces bassesses qui entretiennent l’insécurité alimentaire. Les audits, les évaluations et les suivis reflètent rarement la réalité, ces responsables des OP corrompant les cabinets et les personnels ayant les missions de réaliser ces activités.

Dans cet environnement, on s'entretue pour être seul capitaine à bord. Parfois, la guerre est ouverte entre les membres à cause des strapontins. Beaucoup de présidents refusent d'organiser l'assemblée générale s'ils sont sûrs qu'on va les débouter.

C’est ainsi que les fausses images de la situation dans nos campagnes sont présentées aux bailleurs.

Les responsables des OP accaparent aussi les terres ou, souvent, ils aident les riches dans ce phénomène identifié comme étant l’une des causes probables de la famine. Ils ne se soucient que leur existence, rien que leur existence, exacerbant le malheur des paysans. Parmi eux, on recense des gens incapables de rédiger un rapport, des semi-lettrés incapables de dire quels sont les objectifs et les stratégies de leur OP. Mais, ils s’arrogent quand même le titre de coordinateur. Ils recrutent des agents sur la base du copinage et des considérations qu’ils décrient pourtant quotidiennement, de sorte que ces agents ne peuvent rien s’ils sont torturés pour les maigres salaires. Parfois, ce sont leurs cousins, cousines, petits frères ou petites sœurs, copines,… aussi abrutis qu’eux qui ont la charge d’animer la vie de l’organisation.  

Certains jours, les bidons d’huile du PAM inondent le marché de N’Djaména, comme si cette institution du système des Nations unies possède une unité de production et de commercialisation de cette denrée alimentaire. A Mao, les produits destinés à être distribués gratuitement aux enfants sont vendus dans les boutiques comme de la friandise !

Dans ces conditions, il est tout à fait normal que l’insécurité alimentaire ne puisse plus quitter le Tchad, non ?