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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

C’est avec beaucoup de peine. Il existe même des gens qui estiment déjà que la démocratie dans un pays pauvre est une galère. Et s’il fallait l’aborder dans le même ordre d’idée. Est-il possible de l’instaurer en toute honnêteté dans un pays qui vit une pauvreté extrême de son histoire ? C’est réalisable si les dirigeants qui tiennent le pays s’arment d’une grande volonté en vue de rehausser, sur tous les plans, le niveau de vie des populations.

 

Pour permettre la naissance d’un espace où tout le monde se sentirait égal en droits et en devoirs. Là où les flammes de la nation éteindraient celles de l’injustice et de la dictature. Là où les gens seraient suffisamment vainqueurs face aux acheteurs de consciences. En effet, tout le monde sait aujourd’hui que l’on ne peut jamais être un bon président de la République et en même temps imposer une forte dictature aux populations avec des violences partout dans le pays, suivi de pratiques injustes bien pointues qui déstabilisent le rythme des pauvres citoyens. Car, les violences ou les tortures, les assassinats odieux ou sanguinaires, les enlèvements des opposants, les brutalités à l’égard des journalistes ou d’autres pratiques inhumaines comme ce qui se passe par exemple au Tchad, en Érythrée, en Éthiopie, en Somalie, en République centrafricaine, dans les deux Congo ou ailleurs, ne sont pas compatibles aux valeurs de la démocratie. En termes très simples, parler d’une démocratie dans un pays vraiment pauvre, c’est perdre des heures à réfléchir dans le vague.

 

C’est exactement comparable au comportement d’une personne qui organise une pêche aux poissons dans une rivière qui ne contient que des crapauds. Que sortirait-il de meilleur ? On peut aussi le comparer à un homme qui tient à gagner une course de chevaux, mais qui ne dispose que d’un âne. Réussira-t-il son pari ? Disons-le de façon sincère et honnête, une vraie démocratie ne peut être réelle dans un pays que s’il règne une autosuffisance alimentaire, le partage équitable des ressources pour permettre aux populations de dépasser ce stade de faim et aborder ensuite l’aspect critique de la vie humaine. Contrairement à cela, que remarquons-nous dans beaucoup de pays d’Afrique ? Ce n’est qu’une minorité de populations qui monopolise toutes les richesses du pays avec tout ce qui va avec, poussant la majorité à adopter une vie de rat. Que va être finalement la principale activité de cette majorité ? Tout ce qu’elle aura à faire, c’est de penser au ventre et à la gorge lorsqu’il s’agit de l’eau simple, pas même potable.

 

Autrement dit, un peuple affamé ne peut pas consacrer une grande partie de ses heures de la journée aux activités politiques et militantes ou à des manifestations d’éducation et de prise de conscience. S’il organise des grèves perlées ou fortes pour obliger le gouvernement à changer de politique, c’est toujours lui le perdant. Pendant tout ce temps là, il n’aura pas de quoi se mettre sous la dent. Il risquerait même de perdre son salaire du mois au cas où le gouvernement décide de sanctionner les grévistes. Même pour gérer un parti politique de l’opposition, il faut de l’argent et beaucoup de billets de banque. Autrement dit, un parti politique créé par un homme ou une femme pauvre, disparaitra du jour au lendemain. Ce sont des choses réelles qui ont déjà eu lieu et qui se passent quotidiennement en Afrique. On ne parlera que d’une démocratie stable et palpable que si le  niveau des populations qui peuplent un même territoire est très élevé partout.

 

Une vraie démocratie, ce n’est pas celle que nous lisons à travers les livres ou celle que l’on voit à travers des documents ou des documentaires montés de toutes pièces par la presse officielle ou présidentielle pour masquer les abus du régime. Ce n’est pas aussi celle que l’on entend à travers les beaux discours des chefs d’État ou autres hommes politiques de la majorité. Mais c’est celle que nous lisons à travers les visages et les yeux des personnes qui habitent dans ce pays. Celle que nous voyons à travers les soins médicaux des populations, les paniers de nos mères ou autres femmes quand elles reviennent avec grand sourire du marché, à travers l’éducation de nos enfants.

 

C’est aussi le respect de l’autre et de ses biens, sans y oublier le respect de tous les biens de l’État. Enfin, on ne parlera que d’une vraie démocratie que si le progrès économique de ce pays profite à tout le monde. Voilà le nez du vrai problème. Est-ce que toutes les personnes partageant la même nationalité dans un pays comme le Tchad, le Soudan du Sud ou le Nord Soudan, la République centrafricaine, la République Démocratique du Congo, le Rwanda, le Niger, le Nigéria ou d’autres pays ont-ils à leur portée les mêmes soins médicaux ? Arrivent-elles facilement à inscrire leurs enfants dans des grandes écoles et universités privées ou publiques du pays ou à l’étranger ?

Se nourrissent-elles mieux tant en quantité qu’en qualité ? Combien se définit la parité entre les riches et les pauvres ? Tout le monde peut-il facilement critiquer le gouvernement en place sans y vivre des représailles ? Existe-t-il une vraie opposition ? Quel est son impact dans l’éducation en masse de sa population ? Tous les éléments de l’armée du pays sont-ils traités au même niveau que ceux qui sont issus de l’ethnie du président de la République ? Toutes les régions sont-elles traitées au même niveau en termes de partage de ressources du pays ?

 

Quel est le niveau de la corruption et de la criminalité dans ce pays ? Quelles sont les vraies sources de la criminalité et de la corruption dans ce pays ? Les corrompus et les corrupteurs, les voleurs de deniers publics sont-ils tous punis de façon sévère par la justice ? Voilà encore une autre série de questions essentielles qui circulent dans les mêmes veines que les premières et qui nous démontrent bien qu’il est facile de parler de la démocratie. Mais, en réalité, c’est beaucoup plus simple d’instaurer la dictature que la démocratie.

 

De toutes les façons, la majorité de pays africains subit encore des dictatures incroyables et qui sont renforcées par une pauvreté impardonnable. Malgré la mauvaise gouvernance qui bat son plein, cela n’a jamais empêché ces groupes de présidents à parler de la démocratie lors de leurs visites politiques ou privées en occident ou ailleurs loin du continent. Même au sein de leurs territoires, quelle mouche les empêchera à proclamer haut et fort un état démocratique, sans tarder par contre de corriger sévèrement un groupe des activistes ou une quelconque révolte dès qu’ils terminent leurs discours bourrés de démagogie ?

 

Qu’est-ce qu’une vraie démocratie qui ne favorise pas de façon juste toutes populations partageant un même territoire en matière de libertés et de partage de toutes les ressources appartenant à tout le monde ? C’est comme si vous rassemblez des centaines de cyclistes au hasard pour une compétition qui se déroulera le même jour. Mais avant leur départ, nul ne saura le premier, ni le dernier du groupe. Car, chacun se réclamera certainement meilleur cycliste de son quartier, village, ville ou pays. Il faudrait que la compétition ait lieu pour permettre de juger la force de chaque sportif. C’est exactement ce qui se passe en Afrique.

 

On vous parle partout de la démocratie en sachant que vous n’aurez pas de possibilités de réaliser des enquêtes libres pour vérifier auprès des populations l’efficacité de leurs discours. Mais, si par hasard vous y parvenez, vous constateriez de vous-mêmes le grand écart qui existe entre les dires de ces présidents et la réalité sur le terrain. Vous saurez finalement que ceux qui croient instaurer dans ce continent la démocratie en appliquant des pratiques non démocratiques sont nombreux. Cependant, vous remarqueriez que les vraies démocrates d’Afrique sont comme une goutte d’eau dans la mer. Mais l’étendue de la pauvreté  qui couvre le territoire reste plus grande que les océans. En conclusion, ceci revient à nous dire qu’il faudrait que les Africains luttent tous contre la pauvreté d’abord pour arriver à une autosuffisance alimentaire avant de parler de démocratie. Mais jamais l’inverse. Ne dit-on pas souvent qu’un ventre affamé n’a point d’oreilles ? Et, si tel est le cas, la pauvreté ne figure-t-elle pas parmi les raisons qui empêchent les pays africains à se démocratiser réellement ? 

 

Ahmat Zéïdane Bichara/Prix Lorenzo Natali pour Regards d’Africains de France.