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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Les déballages du printemps arabe n’ont pas encore fini. Kadhafi ne serait pas la dernière victime. Contre toute vraisemblance, l’Afrique subsaharienne est plus exposée, particulièrement le Tchad, qui partage avec la Libye frontières et peuple (Toubou). Les répercussions seront imminentes et désastreuses car depuis presque deux décennies, les petro-dinars libyens ont servi le Tchad politique et économique. C’est presque toute l’Afrique qui a tiré profit, singulièrement l’UA dont le budget est financé à hauteur de 15 %. Que des infrastructures ont été entreprises afin de permettre aux peuples africains d’avoir une vie décente et peu confortable. Kadhafi a fait, gracieusement, dans le pré-carré français plus que l’Hexagone en 50 ans. Alors pourquoi cherche-t-on à le déloger ? Est- il moins démocratique que les gardes- chiourmes qui s’élisent haut la main et laissant leurs peuples se crever de faim et d’épidémies?

Selon l’IDH 2010 et le rapport de février 2011 de FMI, la Libye se porte bien. Plus bien même dans le continent africain. Le délogement de Kadhafi a un but économico- stratégique. Economique : les Occidents, en l’occurrence les français, anglais et américains, veulent avoir la main sur les ressources pétrolifères et gazières libyennes, surtout la réserve d’or de la Banque Centrale de Libye estimée à 143 tonnes (FMI). Pour le pétrole, la 1ère cargaison est arrivée déjà aux Etats- Unis le 8 Juin. Le deal du CNT aux Occidentaux est trop simpliste :chassez- nous Kadhafi et avons le pétrole pour vous rembourser. Seulement que la démocratie ne s’exporte pas. Celle qui s’exporte est une « une dictature internationale des marchés financiers », « une liberté incontrôlée du renard dans le poulailler1»,un pur label des multinationales, pour ne pas dire du capitalisme. Voilà à quoi doit s’attendre le peuple libyen ; lui qui était à l’abri des diktats des Occidentaux et autres prédateurs.Stratégique : l’accaparement des ressources n’est pas l’ultime but des Occidentaux. Plutôt ils cherchent à contrôler, de fond en large, l’espace Sahélo- saharien jugé trop acquis au guide. Pour les « démocraties » occidentales, Kadhafi était considéré depuis comme une gêne. Une épine qui leur empêche de marcher et d’user de l’espace sahélo- saharien. Le printemps arabe leur a donné le prétexte de le bouter et de détruire la Libye comme une certaine Iraq.

Les péchés mignons.Selon l’universitaire camerounais Jean Paul POUGALAS2, le guide est victime de sa générosité envers les Africains. Il a fait perdre au capitalisme occidental 500 millions de dollars/an en offrant à l’Afrique « sa première vraie révolution des temps modernes » : le satellite RASCOM.Et pour 2011, le guide a un projet pharaonique pour l’Afrique : il y a la création du Fonds Monétaire Africain doté d’un capital de 42 milliards d’euro, de la Banque Centrale Africaine (42 milliards) pour émettre une monnaie unique africaine et de la Banque Africaine d’Investissement. Que des institutions typiquement africaines (au service de l’Afrique) pour empêcher aux Occidentaux de sucer les économies africaines, déjà maigres et sclérosées.Entre temps dans la Jamahiriya, les libyens sont dans la douceur : eau et électricité à usage domestique gratuites, prêts bancaires sans intérêts, pas de TVA, enseignement supérieur gratuit et bourse à tout étudiant, allocations familiales sur présentation de livret, subvention des produits de base, chômage inexistant, etc. Les largesses de Kadhafi, malgré les dérives autoritaires de son règne, ont fait de son pays, le plus développé de l’Afrique avec un IDH dépassant celui de le Russie, du Brésil, de la Chine et de l’Inde (pays dits émergents faisant partie du fameux BRIC). S’agissant des dettes, la Jamahiriya ne doit à aucune institution financière occidentale. Alors, il y a de quoi à envier.

Les atouts du guide.Trois mois après le déclenchement des frappes des forces coalisées dirigées par la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis, le régime libyen n’a pas encore abdiqué. Selon Bernard Lugan3, même si le guide a perdu la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan sont toujours sous sa tutelle. Comme son autorité est ficelée sur des alliances tribales, Illui reste encore le soutien des Meghara, Toubous et autres.L’abandon des Warfala ne signe pas la fin du règne de la révolution d’Al Fatah. D’ailleurs, ce ne sont pas les insurgés – plutôt les mercenaires à la solde de l’étranger comme on aime dire au Tchad – qui perturberont le sommeil du guide.

Le guide ne mourra pas seul. L’imminente chute du guide peut entrainer plusieurs bouleversements dans le continent africain. Toutes les initiatives de développement entreprises par le guide libyen se stopperont. La communauté CEN SAD, la compagnie aérienne Afriqiyah, la BSIC seront les principales victimes et un tant soit peu traverseront une zone ombrageuse des crises. Tout est commandité et prévisible. La vraisemblable chute de Kadhafi entrainera plus des dégâts dans le pré- carré français, surtout dans les Etats fragiles comme le Tchad et la RCA. Cette réalité est connue à N’djaména du fait du soutien défectible au régime de Deby. Selon Acheikh Ibni Oumar «Deby perdra plus qu’un allié, il perdra un tuteur. Mouammar Kadhafi soutient financièrement le régime d’Idriss Deby, a fait même parfois la chasse aux opposants tchadiens4».Pour le Tchad, la perte de Kadhafi aura comme risque, « celui d’une contagion déstabilisatrice au Nord et l’Est5» du pays et pourrait changer sa diplomatie envers le nouveau régime. Autre nuage ou couac,sur le fond de la crise libyenne, Paris et N’djaména ne sont pas sur les mêmes longueurs d’onde : Paris soutient le CNT mais N’djaména le guide. Toutefois la dissipation de ce nuage dépend de la France qui détient le destin du peuple Tchadien, particulièrement celui du locataire du Palais Rose. Un règlement de compte sera-t-il prévisible ? Wait and see. En fait, un autre couac pourrait s’ajouter à ce nuage, la  probable relation entre le CNT et les politico- militaires tchadiens. Une relation qui fera plus du mal à N’djaména que les soubresauts de 2006 et 2008 et plongera entièrement le désert tchadien dans un autre cycle guerrier et infernal.

Les solutions.Trois mois après les frappes - avec plus de 9000 « sorties », le leader libyen est toujours au pouvoir et les insurgés n’ont pu progresser au-delà de la région de Cyrénaïque. Rien n’est gagné pour les deux camps. Des solutions. Il y avait la solution de  l’Union Africaine, de la Ligue Arabe qui repose sur la préservation de la souveraineté du pays et un règlement par la voie pacifique et celle de SAIF AL ISLAM préconisant l’organisation des élections sous les observations de l’UA, UE, ONU et de l’OTAN. Mais toutes ces solutions sont rejetées en bloc par le CNT et les Coalisés. Alors que veut-on ? Kadhafi ou le remodelage de l’Afrique ? Selon un rapport de l’International Crisis Group,  le départ préalable de Kadhafi n’est pas une solution à la crise. La priorité est d’assurer un cessez le feu et les négociations sur une transition vers un ordre post- Kadhafi. Un autre rapport des experts va plus loin. Selon eux, le CNT « n’offre en conséquence aucune garantie pour l’avenir6» et  l’intervention de l’OTAN « risque fort de déstabiliser toute l’Afrique du Nord, et le Sahel et de favoriser l’émergence d’un nouveau foyer d’Islam radical, voire de terrorisme, en Cyrénaïque ». Et d’après les câbles de Wikileaks, la Cyrénaïque était le 1er exportateur au monde des djihadistes en Iraq. Ainsi, il n’est pas tard d’en procéder à une période transitoire que de confier la destinée de la Libye à des nostalgiques de la monarchie senoussiste (le drapeau arboré le prouve).

Chercher à comprendre « le but sans but » de l’intervention franco- anglaise ramène à dire que ce sont les grandes puissances qui restent la vraie menace pour la paix et sécurité internationales. Tellement qu’elles sont maladroites et aveuglées par leurs intérêts primaires (le pétrole et l’or). Ces puissances commettent plus de maux qu’elles ne les réparent. Une seule réalité, depuis quand en Afrique, la France est du côté des opprimés ? De Tunis à Brazzaville, de N’djaména à Lomé,  sa politique africaine – par nature  familiale – ne repose que sur l’affairisme.  Le concept de la « responsabilité de protéger » s’avère comme un prétexte pour envahir un Etat souverain et indépendant. En dépit des frappes aveugles, La capitulation du régime libyen n’est pour demain. Parce qu’en ce moment, les choses se compliquent pour l’OTAN, particulièrement pour les coalisés. En France, dans quelques semaines, Sarkozy aura affaire au Parlement conformément à la constitution française7, pareil pour Obama auCongrès selon la War Power Resolution8. De même, la facture commence à être salée. L’abandon des frappes n’est pas aussi loin.

Hassana Djidda Abdoulaye

 

 

 

 

1. Stephan HESSEL, indignez- vous !,page 11, 2010.

2. J -P POUGALAS, Les mensonges de la guerre contre la Libye, palestine-solidarite.org, 31 mars.

3.La crise libyenne, aspirations démocratiques ou éclatement des alliances tribales, bernardlugan.blogspot.com, février 2011

4.Sonia Rooley, Kadhafi, l’ami encombrant des Tchadiens, slate.com

5.La crise libyenne vue par N’djaména, crisisgroup.org, 8/06/2011

6.Libye : un avenir incertain, compte- rendu de la mission d’évaluation auprès des belligérants libyens, Mai 2011, cf2r.org

7. Article 35 : « lorsque la durée de l’intervention excède 4 mois, le gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement ».

8. Selon la War Power Resolution, le Président de la République ne peut poursuivre une guerre après le délai légal de 60 jours sans l’autorisation du Congrès.